L’Internet a du mal à descendre dans la rue

Mobilité

Deux sociétés françaises, AllMedia et Cyberdeck, se sont spécialisées dans la fourniture et l’exploitation de bornes d’accès gratuit à Internet ou au réseau d’une entreprise. Alors que le marché professionnel semble preneur, l’implantation de bornes pour le grand public apparaît plus difficile.

L’accès gratuit au Net par l’intermédiaire de bornes installées dans des lieux publics prend forme, même si l’on est loin du raz-de-marée. Lancée à l’été 1999, la société Cyberdeck, autrefois connue sous le nom de Pacific Digital Telecom, s’est spécialisée dans l’implantation de telles bornes dans des lieux à forte fréquentation. Ces bornes sont totalement gratuites : le passant peut les utiliser pour surfer sur la Toile ou consulter son courrier électronique sans débourser un centime. De même, les lieux et autres magasins d’accueil ne paient aucune location. On leur demande simplement de mettre à disposition un emplacement bien visible où transitent le maximum de personnes. Ces bornes existent déjà dans des stations de RER à Paris, à l’aéroport d’Orly (voir édition du 21 décembre 1999), mais aussi en province, dans des grandes surfaces (Auchan, Cora) ou dans les stations Elf par exemple.

La société Cyberdeck a su gagner la confiance d’investisseurs. Elle a récolté environ 17 millions d’euros lors de différents tours de table depuis le début de l’année et prépare une introduction en Bourse le 20 juin 2000. L’opération devrait lui rapporter 65 millions d’euros. Pourtant, l’expansion de Cyberdeck sur le terrain n’est pas à la hauteur des ambitions affichées à l’automne 1999. La société prévoyait d’installer 2 000 bornes d’ici à la fin mars 2000 (voir édition du 1er septembre 1999). Fin 1999, seuls 35 sites étaient équipés. Aujourd’hui, selon une porte-parole de la société, plus de 120 sites disposeraient de bornes. Leur nombre est variable, oscillant de 1 à 4 machines disponibles par site. Les objectifs ont donc été revus à la baisse : 500 sites seront équipés d’ici la fin de l’année 2000, la plupart des contrats ayant déjà été signés, nous a-t-on garanti.

Cyberdeck assure toutefois que ses bornes connaissent un succès certain. Le temps de connexion variable oscillerait de 4 à 12 minutes par utilisateur. La société revendique même un taux d’utilisation élevé pour ses équipements (80 %, c’est-à-dire un peu plus de 19 heures par jour !). Mais sur le plan économique, tout reste à faire. Les bénéfices ne sont pas attendus avant 2002. Le modèle repose majoritairement sur la publicité, avec actuellement une vingtaine d’annonceurs. Par exemple, dans un aéroport, une compagnie aérienne peut commander l’affichage sur la borne de tarifs promotionnels pour un vol aller/retour. Pariant sur l’essor de la publicité en ligne, Cyberdeck mise sur un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros d’ici trois ans, avec une marge d’exploitation de 30 %. Un résultat que seules savent atteindre les grandes sociétés comme Microsoft ou Intel ! On sait également que la publicité en ligne n’est pas extensible et que de nombreuses sociétés misent également sur cette source de revenu, tel le fournisseur d’accès gratuit Oreka (voir édition du 23 mai 2000). Cela risque de se bousculer au portillon.

Aux antipodes de Cyberdeck, la société Allmedia s’est, elle, tournée exclusivement vers les entreprises et les collectivités locales (voir édition du 28 janvier 2000). Plus modeste sur ses résultats, Allmedia vend ou loue ses bornes par l’intermédiaire de distributeurs. “Nous écoulons une cinquantaine de bornes par trimestre pour la seule vente”, indique David Calligaris, directeur commercial de la société. Plus d’un millier de bornes auraient été placées en cinq ans d’activité. En plus des PME/PMI et des grands comptes, une dizaine de start-up se sont manifestées comme clients. Selon David Calligaris, les ventes se sont brusquement tournées vers des modèles à écrans plats. “Le passage à l’an 2000 et l’aspect hi-tech de l’écran plat ont représenté un effet de levier. Alors que les prix n’ont pas changé, les ventes de bornes à écran LCD sont passées de 15 % du volume total à environ 60 % aujourd’hui”, explique le responsable. Ici, les résultats économiques sont directement liés au nombre de bornes vendues ou louées, avec un tarif unitaire qui peut dépasser 50 000 francs. Des projets sont en cours pour équiper des clubs sportifs de remise en forme ou implanter des bornes d’aide au choix des vins dans les rayons de supermarchés.

Même si Cyberdeck détient les fonds nécessaires pour financer son déploiement, le pari du “tout publicitaire” semble plus risqué. Face au modèle “payant” du monde des entreprises, le “gratuit” du grand public n’a pas encore fait toutes ses preuves.

Pour en savoir plus :

* Cyberdeck

* Allmedia


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