Linus Torvalds contraint de développer un gestionnaire du noyau Linux

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Sur fond de divergences entre pionniers du Libre, les programmeurs perdent l’outil de suivi des développements du noyau Linux. Avec des risques de retard à la clé.

Au développement du noyau Linux, une nouvelle tâche majeure vient d’incomber à Linus Torvalds, le créateur du système d’exploitation open source. Celui de programmer un outil de gestion de développement du noyau libre. Une tâche à laquelle s’est récemment attelé le développeur, qui a pourtant d’autres projets cruciaux à traiter, faute de pouvoir continuer à utiliser l’outil jusqu’alors exploité : BitKeeper. En effet, BitMover, l’éditeur de BitKeeper, a annoncé qu’il arrêtait le support de son application à partir du 1er juillet 2005.

Petit retour en arrière. En 2002, Linus Torvalds adopte BitKeeper pour optimiser les développements de Linux. Comme il l’affirme lui-même sur le site de l’éditeur, “BitKeeper a été une bénédiction pour le noyau dans la mesure où il nous a montré comment mieux travailler”. Sauf que BitKeeper est une application propriétaire. Son éditeur, l’américain BitMover, a accordé une licence gratuite aux développeurs de la communauté du libre en échange des retours utilisateurs particulièrement indispensables dans le développement du produit. Deux versions de BitKeeper circulent, donc : une version “pro” commercialisée comme un logiciel propriétaire traditionnel; et une version “free” dédiée à la communauté open source. C’est cette version qui disparaîtra début juillet.

Développer un environnement libre à l’aide d’une application propriétaire fait mauvais genre. Du moins pour un certain nombre de développeurs purs et durs du libre dont Richard Stallman, le mentor de la licence GPL. Pour tenter de remédier à cette situation, Andrew Tridgell, un autre développeur influent (c’est notamment l’auteur du serveur de fichiers Samba), a cherché à développer une version libre de BitKeeper en effectuant un reverse engineering (procédé qui consiste à retrouver le code d’une application par des méthodes d’analyse de celle-ci). Une initiative qui plait moyennement à BitMover. Lequel entame des négociations qui n’aboutiront qu’à l’annonce de l’abandon de l’accord de licence gratuite entre la communauté des développeurs Linux et l’éditeur.

Bonjour l’ambiance

Conséquence, Linus Torvalds et les développeurs du noyau Linux n’ont pas d’autre choix que de se payer une licence (inconcevable) ou développer leur propre outil de gestion. Ce qu’a fait le père de Linux en créant Git, à contre-coeur. Il paraît que la tension est montée entre Linus Torvalds et Andrew Tridgell au point que le premier aurait accusé le second d’avoir finalement plus nuit à la communauté que lui avoir rendu service. Pour l’anecdote, les deux hommes travaillent au sein de l’Open Source Development Labs (OSDL), un consortium à but non lucratif chargé de développer des fonctions professionnelles sous Linux (voir édition du 20 juin 2003). On imagine l’ambiance dans les couloirs de l’OSDL.

Seulement, aussi utile soit Git, il n’est pas aussi abouti que BitKeeper et plus complexe à utiliser, aux dires de son auteur en personne qui s’est focalisé sur le développement d’un outil propre à ses besoins. Du coup, les développements et correctifs du noyau Linux pourraient s’en trouver ralentis. Pour l’heure, Linus Torvalds n’est pas en mesure d’estimer les retards qui risquent de découler de ce contre temps. Il existe évidemment d’autres outils de gestion de développement sous licence GPL, notamment CVS, mais le père de Linux les juge trop lents pour être exploitables au quotidien. Bon prince, BitMover a cependant développé une version cliente de BitKeeper. Cette application, accessible librement, permet de suivre les différents projets de développement hébergés sur Bkbits.net.


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