Mac OS X Panther : prédateur ou proie ?

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Hasard des noms de code des produits d’Apple et de Microsoft, la prochaine version du système d’exploitation d’Apple fait référence à un félin (Panther), quand celle de Windows porte le nom d’une vache, Longhorn ! Tout un symbole, alors que les relations entre les admirateurs des deux camps ont souvent été à couteaux tirés. Mais à la différence de Longhorn, Panther n’est pas prisonnier d’un calendrier tirant vers 2005 : il doit apparaître avant la fin de l’année.

Annoncé à la WWDC en début de semaine (voir édition du 24 juin 2003), Panther, version 10.3 de Mac OS X ne sera pas lâché avant la fin de l’année. En partie optimisée 64 bits, cette version embarque de nouvelles fonctionnalités qui l’amènent au niveau de Windows XP dans nombre de domaines. Surtout, Apple renforce considérablement son effort sur une version dite orientée utilisateur de son système d’exploitation (OS). Un voeux pieux chez les éditeurs de logiciels en général. Mais chez Apple, la concentration du constructeur sur l’expérience utilisateur semble vraiment se renforcer peu à peu. Il s’agit d’un pas en avant d’une grande importance : l’interface graphique étant devenue un passage obligé, autant qu’une référence pour la firme. Les premières réactions à chaud le montrent : « Panther est rapide, très rapide. La différence avec Jaguar est assez sensible. Et les fonctionnalités ajoutées sont incroyables. Tout bonnement incroyables. Le passage d’une session à une autre par menu déroulant est vraiment bien pensé. Et la plupart de ce sur quoi j’ai déjà pu jeter un oeil est comme cela, pensé de bout en bout », précise un développeur depuis la WWDC sur un forum de fanatiques américains. Il faut dire que la partie de la présentation de Steve Jobs où les programmeurs ont le plus souvent réagit favorablement reste la démonstration de Panther ! Les « oh » et les « ah » se sont succédés à l’envi, tandis que le patron d’Apple se complaisait à démontrer des fonctionnalités dont il apparaît qu’elles ont été librement inspirées de suggestions faites par la clientèle d’Apple ! Ainsi la réintégration des familles, disparue depuis Mac OS 9. La très grosse amélioration du Finder, réputé incompréhensible pour la plupart des utilisateurs de Mac, d’avant Mac OS X ! Ou encore l’introduction d' »Exposé », qui permet de clarifier le bureau d’un geste, d’un clic de souris ou d’une touche de fonction.

Devancer les besoins des utilisateurs

Et ce n’est pas fini : Panther embarque également une sécurisation renforcée des données, avec des clés de 128 bits ; un effacement des fichiers vidés de la corbeille en les recouvrant de données aléatoires ; une authentification automatisée utilisée par toutes les applications au cours d’une session ; ou même une demande de mot de passe quand l’ordinateur sort du mode veille ! Bref de quoi répondre aux atermoiements actuels en matière de sécurisation, tout en devançant les besoins des utilisateurs. Autre requête dont on se demande encore pourquoi Apple n’a pas accédé plus tôt : les télécopies ! Une vieille technologie pourtant ! Dans Panther, la fonctionnalité est utilisable de manière identique à une impression quand il s’agit d’une émission de fax. En réception, le Mac peut au choix, imprimer automatiquement, ranger dans un dossier, ou transmettre par mail la pièce. Un apport réel pour les entreprises, ou les indépendants. Et Panther n’a pas fini de vous étonner : évidemment, il faut compter Mail, Preview et iChat au rang des nouveautés, mais il faudra aussi prendre en compte de nombreuses perles, cachées au détour du système. Notez par exemple la très nette amélioration de l’intégration aux réseaux hétérogènes : il sera possible de visualiser des sous-réseaux Windows (impossible dans Jaguar), d’imprimer sur le protocole SMB, ou d’authentifier des clients Windows (version serveur de Panther). Passons sur l’amélioration d’Active Directory, d’Open Directory ou d’IPv6 et VPN, pour la création des réseaux virtuels (des connexions à distance sécurisées pour un réseau d’entreprise). Panther en version serveur fournira aussi un serveur de mail supportant plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs, de meilleures performances, ainsi qu’une administration améliorée et plus simple.

Cette réponse d’Apple aux demandes de sa clientèle semble devoir être le second jalon de la WWDC. Une conférence qui décidément pourrait bien avoir vu la firme adopter une nouvelle attitude, beaucoup plus réceptive aux attentes de son marché. En travaillant à nouveau sur son OS, la firme a mieux intégré ce qui lui était reproché : la déconnexion de son offre aux besoins des utilisateurs. L’interface de son système joue ici un rôle majeur en tant que levier pour l’adoption des nouveaux Mac par les migrants (switchers) issus de Mac OS 9, de Windows ou d’Unix/Linux. Surtout, Panther auquel il faudra ajouter les différents Mac commercialisés par Apple à partir de cet été, apparaît comme un très important challenger à Longhorn, qu’on n’attend pas avant 2005 selon le Seattle Times. Les deux systèmes d’exploitation de référence pour les ordinateurs personnels se retrouvent désormais renvoyés dos-à-dos. Avec l’avènement de l’informatique sur 64 bits, la partie n’est pas gagnée sur PC : Microsoft va devoir entretenir plusieurs stratégies en parallèle (en raison des choix différents d’AMD et d’Intel), donc plusieurs versions de son OS et ses coûts pourraient bien exploser, à l’heure où les bénéfices de l’adoption de machines 64 bits n’apparaissent pas clairement sur cette plate-forme. Ces atermoiements laissent entre 2 et 4 ans à Apple pour regagner du terrain en utilisant Panther et le PowerMac G5 (voir édition du 24 juin 2003) comme points de départ. Mais s’en donnera-t-elle les moyens ?


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