Marché des processeurs : le bras de fer se poursuit

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Alors qu’IBM a annoncé le rapprochement de ses divisions Systèmes et Technologies, Intel devrait présenter un processeur x86-64 en février. Du pain béni pour Apple ?

La bataille du silicium reprend : dans un mouvement d’une rare intensité, IBM tente de renforcer ses synergies face à Intel. Objectifs non affichés : consolider ses activités autour de son architecture de processeurs Power et faire lâcher son activité Itanium à Intel. Big Blue vient d’annoncer le rapprochement de ses divisions Systèmes et Technologies. La première produit les lignes de serveurs du géant de l’informatique, tandis que la division Technologies décline l’architecture des processeurs Power, des puces destinées aux gros systèmes des entreprises. Les motivations de cette fusion sont essentiellement techniques : elle devrait permettre à la firme une meilleure intégration du travail de ses équipes. IBM a déjà montré que ses deux divisions étaient capables de travailler ensemble sur des produits performants : les serveurs construits autour du processeur Power4. Ni les activités processeurs, ni les activités serveurs d’IBM ne devraient en pâtir : la firme prévoit ainsi le développement d’un serveur Xeon à 64 processeurs pour l’année prochaine, tout autant que des machines fonctionnant sur Power5 et ses futures variantes (voir édition du 18 février 2003). En même temps, l’adoption de l’Opteron d’AMD (voir édition du 17 novembre 2003) montre l’attachement d’IBM à proposer des solutions sur l’ensemble des puces pour serveurs disponibles.

Reste que cette annonce intervient au moment où se prépare un revirement important d’Intel : le fondeur s’apprête à présenter des processeurs Xeon et Pentium fonctionnant en 64 bits, une alternative aux processeurs x86-64 développés par AMD (voir édition du 23 septembre 2003). Le leader mondial des puces devrait présenter sa technologie, intitulée CT, à sa conférence des développeurs qui se tiendra du 17 au 19 février prochains à San Francisco. Cette présentation devrait rassurer les observateurs sur la stratégie du constructeur pour la plate-forme x86 : l’absence de soutien d’Intel sur les jeux d’instructions x86-64 posait question quant au devenir de l’architecture. Mais l’annonce pourrait également hypothéquer l’avenir de l’Itanium (voir édition du 14 janvier 2004), dont 100 000 pièces ont été vendues en 2003. Pour ne pas lui faciliter la tâche, IBM a déjà annoncé qu’il prévoyait que seules deux plates-formes technologiques resteraient, à terme, en compétition : les processeurs basés sur Power et les processeurs issus de x86.

Un choix cornélien pour Intel

Dans cette lutte entre IBM et Intel, rien n’est joué. Pour le moment, Big Blue semble avoir l’avantage, malgré sa position de challenger. IBM est en mesure de faire progresser les performances de ses processeurs plus facilement qu’Intel, grâce à son brevet sur la technologie SOI (Silicon on Insulator ? silicium sur isolant). Intel se trouve confronté de son côté aux limites physiques de l’augmentation de la fréquence de ses processeurs, et risque de perdre son avantage face à son concurrent AMD sur les ordinateurs de bureau. Selon MacBidouille, SOI permet de gagner 20 % de fréquence supplémentaire sur les puces produites. La technologie – dont Motorola a souscrit une licence – a permis durant ces derniers trimestres de faire monter en puissance le G4, utilisé dans les Macintosh d’Apple. AMD et nVidia disposent également de licences pour son utilisation. Big Blue aurait proposé des conditions financières drastiques à Intel pour lui permettre d’utiliser sa technologie : 500 millions de dollars, plus 45 dollars par processeur fabriqué. Un choix cornélien s’offre à Intel : perdre des mois en recherche et développement sur une technologie équivalente au SOI, ou proposer ses processeurs à des prix plus élevés. Conséquence pour l’industrie : le marché des puces pour PC pourrait se rééquilibrer en faveur d’AMD. Si IBM tient cette ligne, Apple pourrait profiter de puces beaucoup plus véloces que celles des PC dans quelques mois. Enfin, dernier effet : en contraignant Intel à abandonner son Itanium, IBM resterait le seul constructeur de processeurs pour serveurs. Le choix de rapprocher les deux divisions se révèlerait alors d’autant plus judicieux.


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