Mobiles et antennes-relais : quels risques pour la santé ? (volet 2)

Mobilité

La récente table ronde “Téléphonie et santé” a permis aux associations de consommateurs et opérateurs mobiles de s’exprimer.

La table ronde sur “l’incidence de la téléphonie mobile sur la santé”, organisée le 8 décembre à l’Assemblée nationale dans le cadre des 3e Rencontres parlementaires “Santé et Environnement”, a permis de présenter les points de vue de différents acteurs. Après avoir donné la parole aux experts scientifiques (voir volet 1 de l’enquête), Daniel Raoul, sénateur PS du Maine-et-Loire, a laissé les associations de défense des consommateurs et les opérateurs mobiles prendre la parole.Implantation sauvage des antennes-relaisDepuis le milieu des années 90, l’association “Consommation, Logement et Cadre de vie” (CLCV) a suivi l’évolution de la pénétration de la téléphonie mobile dans la société française et l’installation des antennes-relais dans les quartiers. Un déploiement qui n’a pas été réalisé sous le signe de la transparence. “Ces dernières années, nous avons assisté à un arrivage massif des antennes sur les copropriétés et les résidences HLM sans avertir les locataires. Cette attitude doit être révolue vis-à-vis de la population”, déclare Alain Chosson, secrétaire général de CLCV.Depuis, des efforts ont été réalisés dans ce domaine. Ainsi, l’Agence Nationale des Fréquences (ANF) a établi une cartographie de l’implantation des antennes-relais disponible sur Internet (www.cartoradio.fr, tandis que CLCV a élaboré un modèle de charte sur les conditions d’implantation sur un mode de concertation. Autre bataille avec les constructeurs de terminaux mobiles et les opérateurs : la surfacturation des kits oreillettes. Sur ce point, l’Association française des opérateurs mobiles (Afom) assure avoir fait des efforts en mettant en place les accessoires de kit piéton dans tous les coffrets dès 2000.Cas troublants de cancers sur des enfants vivant à proximité d’antennes-relais Dans la catégorie franc-tireur, Janine le Calvez, présidente de Priartem (1), se veut plus alarmiste. “L’incertitude est une notion essentielle. Le principe de précaution est à adopter de toute urgence”, considère-t-elle en citant quelques exemples troublants tirés de l’actualité. Fin novembre, SFR a débranché une antenne située à proximité d’une école de Ruitz, un village du Pas-de-Calais, afin d’apaiser la tension au niveau local alors que deux enfants de quatre et six ans qui ont fréquenté cet établissement scolaire sont affectés par des cancers.Autre fait plus récent : Priartem, appuyée par l’association “Agir pour l’Environnement”, exprime son inquiétude sur un nouveau cas de tumeur cérébrale chez une fillette de quatre ans résidant dans un appartement situé directement sous une antenne et qui fréquente une école exposée à cette même antenne, à Tulle en Corrèze. Une enquête sanitaire est en cours.Le guide “Mobile et Enfant” de l’Afom : une “provocation” selon PriartemOutre la question des antennes-relais, la représentante de Priartem n’hésite pas à décocher des flèches visant directement les opérateurs mobiles. La récente publication d’un guide de l’Afom intitulé “Votre enfant et le téléphone mobile” est perçue comme une “provocation”. “Sous couvert d’acte pédagogique, cette initiative est un appel commercial juste avant Noël”, balance Janine le Calvez. Celle-ci précise que les questions de santé sont effectivement abordées dans le guide “à la page 18 et en rappelant uniquement les positions rassurantes de l’Afom”.Autre cible de prédilection : le cas du Babymo, ce terminal mobile destiné aux enfants, construit par le fabricant chinois CK Telecom et distribué en France par la société ITT. Malgré la suspension de sa commercialisation par de grands distributeurs, le produit “reste en vente sur Internet”, déplore Priartem. Les projets de développement de terminaux et de services mobiles estampillés Disney et Barbie pour couvrir le marché européen inquiètent également la représentante de Priartem.Face à tous ces éléments jugés troublants, l’association apporte son soutien à la proposition de loi relative à la réduction des risques pour la santé publique des installations et des appareils de téléphonie mobile, déposée en juillet 2005 par huit députés dont Pierre Goldberg. Le député de l’Allier (groupe Communistes et Républicains) était absent de la table ronde malgré l’annonce de sa participation à la table ronde. Ce texte propose notamment d’interdire l’usage des mobiles par les élèves dans les enceintes des écoles (écoles primaires, collèges, lycées).”Ils ne nous appartient pas de remettre en cause la règlementation”Dernier contributeur de la table ronde, Emmanuel Forest, directeur général adjoint de Bouygues Télécom, se trouve dans une position parfois inconfortable pour représenter l’Afom. Il a rappelé la position du club des opérateurs mobiles, qui comprend les trois principaux acteurs (Orange, SFR et Bouygues Télécom) mais aussi des nouveaux entrants comme Debitel, M6 Mobile, Breizh Mobile (Phone House).Trois principes sont mis en avant : la prévention, la précaution et l’attention. “Ils ne nous appartient pas de remettre en cause la règlementation (…) Si des mesures de précaution doivent être prises, cela doit uniquement être fait sur la seule base des connaissances scientifiques”, estime Emmanuel Forest.Les antennes-relais ne représentent pas un risque, estime l’Afom. “Elles ne sont pas dangereuses pour les riverains car les niveaux d’exposition aux ondes radio sont trop faibles”, assure le représentant de l’association. “La vigilance doit être maintenue sur ce sujet et cela nécessite la poursuite des travaux scientifiques”, concède-t-il.Concernant les critiques portant sur le guide publié par l’Afom, Emmanuel Forrest assure que les opérateurs membres n’ont aucune velléité mercantile derrière cette initiative. Ils s’engagent d’ailleurs à ne pas lancer d’opérations marketing visant les enfants et à ne pas les associer aux campagnes de publicité.A l’instar du député Daniel Raoul qui a présidé cette table ronde, l’Afom se déclare favorable à une communication concernant le niveau de débit d’absorption spécifique ou DAS (2) des terminaux mobiles sur les points de vente à destination des consommateurs.(1) Priartem : Pour une règlementation des implantations d’antennes relais de téléphonie mobile(2) DAS : Quantité d’énergie absorbée par le corps humain, exprimée en watts par unité de masse (Watt par kg). Les normes fixées par le décret du 3 mai 2002 préconisent un DAS inférieur à 0,008 W/kg pour le corps entier et 2W/kg pour la tête et le tronc.


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