Motorola, l’ange déchu du silicium ?

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Le géant des semi-conducteurs, vanté pour l’architecture de ses processeurs, va-t-il jeter l’éponge ? Après avoir annoncé un déficit de près de 2,7 milliards de francs pour le deuxième trimestre 2001, Motorola met son activité de fondeur à l’épreuve. Faute de bénéfices, la branche pourrait tomber ! De quoi inquiéter Apple, surtout si IBM était le seul repreneur !

381 millions de dollars de déficit , plus de 2,7 milliards de francs (419 millions d’euros) ! La branche semi-conducteurs de Motorola n’y va pas avec le dos de la cuillère quand elle réalise des pertes ! Conséquence immédiate, la maison mère de la firme aux ailes d’argent a indiqué qu’elle se séparerait de cette division si des résultats tangibles n’étaient pas atteints dans le courant d’une période qui n’a pas été révélée, mais qu’on peut supposer relativement courte. Certainement plus d’un trimestre, mais vraisemblablement moins d’un an ! “Tous les segments de la compagnie doivent contribuer à la valeur [apportée] aux actionnaires”, a indiqué Ed Gamm, le directeur des relations avec l’actionnariat à nos confrères de Computerwire. “Il n’y a pas de vache sacrée”, a-t-il ajouté, faisant référence au statut quasi “intouchable” de la division depuis le milieu des années 70. Cette division de Motorola a en effet participé énormément à la progression de la firme notamment grâce aux séries de processeurs 68000 dans les années 80 et avec d’autres puces et transistors auparavant. Un processeur de Motorola avait été utilisé par l’équipe d’IBM travaillant sur le premier PC, avant d’être abandonné en faveur du 8088 d’Intel.

La division de Motorola est confrontée à une concurrence vive et se trouve dans le collimateur du public depuis de longues années (voir édition du 5 juillet 2001). La firme a perdu de nombreux ingénieurs qui ont été recrutés par Intel depuis le milieu des années 90. Depuis, les rumeurs concernant les processus de décision au sein de la division ont quelque peu bousculé le mythe qu’elle s’était forgé. Mais les utilisateurs de Mac ont plus encore à lui reprocher : Motorola n’a pas été en mesure d’améliorer les performances de ses puces pendant plus d’un an et demi, obligeant Apple à des contorsions marketing particulièrement difficiles depuis l’introduction du processeur G4 en 1999.

Un rachat par IBM ?

Les contraintes de résultats imposées par les actionnaires aux sociétés sont généralement comprises entre un trimestre et un an, en fonction des mesures envisagées pour retrouver la voie des bénéfices. La division semi-conducteurs de Motorola dispose sans doute d’une échéance similaire, à un moment particulièrement difficile de récession sur les marchés où elle dégage habituellement son chiffre d’affaires. Les solutions de la division seront sans doute lapidaires et risquent fort de toucher le personnel ou les unités de production. Il pourrait être question de vendre certains sites, comme celui de Dresde en Allemagne, dont elle est propriétaire avec AMD. Au terme indiqué, la division pourrait être considérée comme non profitable. Son destin pourrait alors se retourner complètement, allant du démantèlement par lots à la vente pure et simple. Les commentateurs penchent déjà pour un probable rachat par IBM en raison des synergies possibles. Mais AMD serait aussi sur les rangs. Une autre possibilité serait que la division vole de ses propres ailes. Les demandes spécifiques d’Apple, qui représentent la partie la plus visible de l’activité du géant, rendent probable un autre scénario : la mise sur pied d’une équipe chargée de concevoir les puces utilisées par la firme de Cupertino et une forme de sous-traitance concernant la fabrication des processeurs. Cette formule permettrait à Apple de faire entrer AMD comme fabricant alternatif. La firme concurrente d’Intel paraît en effet fort intéressée par certaines des technologies développées ou maîtrisées par Motorola et que pourrait acquérir la Pomme. Mais la plupart des cas de figure évoqués aujourd’hui ne sont que pures conjectures qui devront être revues en fonction des futurs résultats de la division. Reste que le délai se réduit désormais comme une peau de chagrin…


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