MPEG-4 : vers la gestion numérique des droits ?

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Veillée d’armes sur le marché des lecteurs audio/vidéo numérique : après le coup de force de Microsoft, l’ISMA, Real Networks et Apple tentent de fournir une solution de gestion des droits des oeuvres numériques. Les enjeux sont de taille puisqu’il s’agit de fournir une solution réclamée par l’industrie cinématographique.

MPEG-4 contre Windows Media 9 ! La bataille pour le marché des format et des lecteurs audio/vidéo numériques se poursuit sur tous les fronts. Après la question des droits de licence, le format ouvert MPEG-4, destiné à être adopté par l’industrie, se trouve confronté à la question de la gestion numérique des droits (Digital Rights Management ou DRM). L’ISMA (Internet Streaming Media Alliance) fait des pieds et des mains pour sécuriser ce format retenu et doit fournir d’ici quatre mois un standard de gestion de droits. C’est Apple et d’autres acteurs de cette organisation, comme RealNetworks, Philips, Sony, Dolby, Panasonic ou IBM, qui poussent à la roue pour disposer, dès que possible, de quoi contrecarrer les plans de contrôle d’accès aux contenus numériques élaborés par Microsoft. “S’ils n’obtiennent pas rapidement la gestion des droits dans le MPEG-4, les gens du cinéma et de la télévision ravaleront leur fierté et se tourneront vers Microsoft, même s’ils préfèrent les standards ouverts”, a indiqué un proche du dossier à nos confrères de PC Pro. L’absence de DRM dans le standard MPEG-4 vaut à Apple de se retrouver confrontée à une forte résistance de la part des grands studios. Pourtant, la Pomme dispose d’un arsenal de produits destinés à ce marché : QuickTime, QuickTime Streaming Server, Xserve, les écrans plats Cinema, Final Cut Pro, FireWire, Cinema Tools ou encore DVD Studio Pro et Shake. Problème, QuickTime, la pierre angulaire de la stratégie d’Apple auprès des studios, souffre de l’absence de gestion de droits sur la partie MPEG-4, que la compagnie soutient fermement.

Un système à toute épreuve

L’enjeu est d’importance puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de fournir à Hollywood – et plus largement à l’industrie du film à travers le monde – les moyens de distribuer leurs oeuvres audiovisuelles en toute sécurité par le truchement de la Toile. Une méthode qui aurait de multiples avantages, parmi lesquels la baisse sensible des coûts de distribution, l’augmentation de la consommation de films via la vidéo à la demande, avec peut-être comme effet également de faciliter l’accès au cinéma d’auteur. La route est encore longue avant d’atteindre de telles perspectives. Mais la manne que représenterait une telle évolution fait rêver. Reste que pour éviter le piratage, les majors et les gestionnaires des droits des oeuvres cherchent un système de cryptage et de gestion des autorisations à toute épreuve. Le format de Microsoft, Windows Media 9, intègre déjà une technologie maison de protection et de cryptage contre la copie (voir édition du 7 janvier 2003). Ensuite, le géant vient de lancer en parallèle son système d’exploitation Windows XP Media Center (voir édition du 29 octobre 2002) tout spécialement conçu pour simplifier l’accès du grand public aux productions numériques.

L’éditeur ne s’arrête pas là puisque son DRM doit emménager dans presque tous ses produits courant 2003, de la suite Office 2003 jusqu’au Windows Media Server 2003. Reste que l’industrie n’est pas prête à accepter si facilement l’adoption d’une solution propriétaire qui lui interdirait de faire jouer la concurrence. RealNetworks a déjà proposé sa technologie de DRM en janvier dernier : Helix DRM. Cette solution ouverte gère de nombreux formats et non plus, comme auparavant son prédécesseur Media Commerce Suite, les seuls RealAudio et RealVideo. A ce duo, Helix DRM ajoute les MPEG-4, MP3, H.263 vidéo ou encore AAC et Narrowband AMR audio. Un spectre bien plus large que le simple format Windows Media qui, d’ailleurs, pourrait être lui aussi supporté à l’avenir. Mais en avançant des tarifs attractifs, en consolidant Windows Media dans son système d’exploitation et en étant le premier à fournir un système de DRM, Microsoft entend bien se poser en chevalier blanc capable d’éradiquer le pillage systématique des oeuvres diffusées. Une activité qui est, aujourd’hui encore sur Internet, simple comme bonjour.


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