Musique numérique : les producteurs ont du mal à exploiter le potentiel

Mobilité

Selon l’IFPI, le marché a pesé deux milliards de dollars en 2006. Au Midem
qui ouvre ses portes, les approches novatrices seront scrutées.

Alors que le Midem, le grand salon des professionnels de la musique, ouvre ses portes dimanche à Cannes, l’International Federation of the Phonographic Industry (IFPI) vient de diffuser son rapport annuel 2006 sur la musique numérique. “Le secteur entier de la musique évolue vers une logique numérique voire carrément vers un business” , estime John Kennedy, Président et CEO de ce club mondial des producteurs phonographiques.

En 2006, la vente de musique numérique a représenté un marché de 2 milliards de dollars, soit 10% des revenus globaux du secteur. D’ici 2010, ce segment de business pourrait atteindre 25% du marché global de la musique. L’Europe (essentiellement les marchés en Allemagne, Royaume-Uni, Italie, France et Espagne) génère à elle seule 20% des ventes ” e-musique”.

Difficile pour les producteurs de ne pas être attentifs aux dernières tendances numériques et ne pas prendre en compte l’essor des terminaux portables de divertissement : en 2006, 120 millions produits de ce type ont été écoulés (+ 43% en un an). Le contexte d’évolution des réseaux télécoms n’est pas non plus à négliger : la montée du haut débit mobile, comme l’introduction du HSDPA en France par les opérateurs mobiles, pourrait favoriser l’adoption des services de musique à partir des téléphones portables multimédia.

Hausse de 89% des téléchargements légaux

Fort de son duo iTunes (logiciel et boutique en ligne) – iPod (baladeur numérique), Apple reste finalement le meilleur ambassadeur de cette révolution. Pour le trimestre de sa nouvelle année fiscale, la firme de Steve Jobs vient d’annoncer qu’elle a écoulé 21 millions de baladeurs. En attendant l’arrivée de l’iPhone, qui surfera également sur la vague de la musique sur mobile, mais aussi de l’épanouissement du terminal portable Zune de Microsoft. A l’occasion du récent MacWorld Expo, Steve Jobs avait révélé que deux milliards de titres avaient été vendus via iTunes Music Store depuis son lancement en avril 2003.

Selon le décompte de l’IFPI, 795 millions de fichiers de musique ont été légalement téléchargés dans le monde courant 2006 (en hausse de 89% par rapport à l’année précédente). Mais cette explosion dans les téléchargements se reflète moins dans le nombre d’internautes abonnés à un service payant de musique en ligne : on en recense 3,5 millions dans le monde (contre 2,8 millions en 2005) malgré une effervescence de l’offre (presque 500 services de musique en ligne répartis dans 40 pays dans le monde).

Les causes de ce rendez-vous manqué entre consommateurs et les acteurs de la musique (artistes, producteurs et distributeurs) peuvent s’expliquer de plusieurs manières : influence persistante du piratage, des opérations marketing et offres commerciales menées par les services légaux encore trop timorées, un catalogue online à compléter (4 millions de titres maximum disponibles), manque d’enthousiasme pour “dompter” le P2P pourtant très populaire auprès des internautes…

Plusieurs pistes novatrices

Pour cette édition 2007 du Midem, les nouveautés à commenter dans le domaine de la musique ne manquent pas : les majors s’associent à des services aux modèles économiques novateurs dans le secteur comme l’écoute gratuite en streaming ou en téléchargement financé par la publicité (à suivre le cas de SpiralFrog aux Etats-Unis soutenu par Universal Music), des services d’écoute illimitée de musique sur Internet comme FnacMusic.com en France voire de téléchargement illimité comme MusicMe sont mis en place. Autre initiative qui commence à prendre du poids : les distributeurs de musique veulent déverrouiller les fichiers en vue de faciliter l’interopérabilité sur les différents supports d’écoute (PC, baladeur, téléphone…). En France, VirginMega et FnacMusic lancent simultanément une offensive sur ce sujet.

Mais, face au développement du marché légal de la musique sur Internet, les producteurs maintiennent aussi une pression considérable sur les auteurs de piratage. L’IFPI a lancé 30 000 actions en justice dans ce sens. En 2006, elle a même obtenu un règlement de 115 millions de dollars de la part des exploitants de Kazaa pour mettre un terme aux poursuites judiciaires. Une bataille gagnée mais pas la guerre.


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