MySQL entre dans le giron de SAP

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SAP jouera-t-il vis-à-vis de la base de données Open source MySQL le rôle joué par IBM vis-à-vis de Linux ? Cela semble bien être son objectif. La face du monde des bases de données ne manquera pas d’en être bouleversée.

Peut-être n’est-il pas inutile de revenir sur l’accord de coopération et de développement passé entre le n°1 des PGI, l’allemand SAP, et MySQL AB, distributeur suédois d’une base de données relationnelle éponyme. Cet accord, annoncé la semaine dernière, est en effet susceptible de donner un sérieux coup de pouce à MySQL, contribuant à en faire dans quelque temps une alternative crédible aux produits des leaders de ce marché. Un peu sur le modèle de ce qui s’est passé avec Linux. Le soutien d’un poids lourd de l’informatique, en l’occurrence IBM, a en effet considérablement crédibilisé aux yeux des entreprises ce qui pouvait passer dans un premier temps pour une utopie libertaire. Par ailleurs, MySQL a reçu en début de semaine un apport financier, provenant de fonds de capital-risque, d’un montant de 19,5 millions de dollars. D’ores et déjà, MySQL est une incontestable réussite avec plus de quatre millions d’installations dans le monde et 30 000 téléchargements quotidiens. Mais pour le moment, il est surtout utilisé dans le cadre de projets simples comme le développement de sites Web, souvent en association avec d’autres logiciels libres : Apache, PHP et Linux.

Une situation scabreuseOr, lors de la première conférence des utilisateurs de MySQL (voir édition du 15 avril 2003), qui s’est tenue il y a deux mois à San Jose, les dirigeants de MySQL AB ont affiché d’autres ambitions pour leur produit, en particulier celle de l’immiscer plus intimement dans le système d’information des entreprises. Non pas dans les centres de données qui requièrent des fonctionnalités qui font encore défaut à MySQL – et qui sont l’apanage des Oracle et IBM – mais à sa périphérie, pour des applications non critiques qui se contentent d’un SGBD plus basique. Mais pour donner corps à cette ambition, on sentait bien qu’il lui manquait encore l’appui de grands éditeurs d’applications. C’est chose faite grâce à l’accord passé avec SAP, lequel affirme contrôler environ 54 % du marché des progiciels de gestion. L’éditeur a en effet l’intention de faire de MySQL la base de données de référence des prochaines versions de son produit phare, le PGI R/3. La motivation de SAP est évidemment de s’affranchir d’Oracle et de Microsoft. En effet, un PGI ne pouvant fonctionner sans base de données, SAP, lorsqu’il vend ses solutions, contribue à développer l’activité d’Oracle ou de Microsoft, lesquels sont par ailleurs ses concurrents sur le marché des PGI !

Le salut par l’Open source

Pour se sortir de cette situation, l’éditeur allemand avait déjà lorgné du côté du modèle Open source il y a trois ans, en rachetant à Software AG les droits de la base de données Adabas D et en la transférant sous licence GNU sous le nom de SAP DB. L’objectif étant de mobiliser la communauté des développeurs libres afin qu’ils en assurent les évolutions. Or cette stratégie n’avait pas vraiment abouti. L’accord avec MySQL a donc pour objectif de lui apporter le soutien des développeurs libres, à moins que ceux-ci ne se détournent de MySQL du fait précisément de son alliance avec un éditeur traditionnel, à forte tendance hégémonique. De son côté, MySQL AB, dont le produit est moins sophistiqué que SAP DB, bénéficiera de l’avance technique de ce dernier, ce qui lui permettra d’effectuer rapidement et à peu de frais un saut qualitatif le rapprochant des meilleurs SGBD du marché.


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