Nokia et Alcatel-Lucent vont discuter fusion à l’Élysée

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François Hollande reçoit ce mardi les dirigeants de Nokia et d’Alcatel-Lucent pour faire le point sur la fusion envisagée des deux groupes.

Rendez-vous est pris pour ce mardi vers 15 h 15 à l’Élysée. Rajeev Suri et Michel Combes seront reçus par François Hollande.

Le P-DG de Nokia et le directeur général d’Alcatel-Lucent s’entretiendront avec le président de la République au sujet des « discussions avancées » officialisées par les deux équipementiers télécoms en vue d’un rapprochement.

Cette fusion pourrait prendre la forme d’une offre d’échange en actions de Nokia sur son concurrent. Le rachat pourrait porter sur la totalité d’Alcatel-Lucent, valorisé à 12,7 milliards d’euros selon les estimations d’analystes compilées par Bloomberg.

Les rumeurs autour d’un tel rapprochement animaient depuis plusieurs années le secteur des télécoms. Mais il se murmurait que Nokia s’intéressait uniquement à l’activité mobile d’Alcatel-Lucent, aujourd’hui valorisée à 4,7 milliards d’euros.

Le communiqué publié ce jour a déclenché une vive réaction à la Bourse de Paris : en début d’après-midi, le titre Alcatel-Lucent cote près de 14 % au-dessus de son niveau d’ouverture à 3,86 euros. Celui de Nokia est stable, à 8,30 euros.

Nokia aura-t-il les moyens d’absorber l’ensemble du groupe Alcatel-Lucent, partagé entre la France et les Etats-Unis ? La revente, en 2014, de sa division mobile à Microsoft pour 5,4 milliards d’euros, lui a permis de gonfler sa trésorerie. Et la cession de l’activité HERE – des négociations seraient en cours – pourrait rapporter 2 milliards supplémentaires.

Vers un colosse européen ?

En cas d’absorption globale, le nouvel ensemble se positionnerait comme le numéro deux mondial sur le marché des télécoms, derrière le Suédois Ericsson, mais devant le Chinois Huawei.

Cette acquisition permettrait justement à Nokia de renforcer ses positions sur le marché chinois, où Shanghai Bell (filiale d’Alcatel-Lucent) fournit deux des trois principaux clients d’un pays qui compte 1,3 milliard de clients.

Nokia entrerait aussi au catalogue des deux premiers opérateurs américains (AT&T, Verizon), qui comptent aujourd’hui pour 25 % du chiffre d’affaires d’Alcatel-Lucent. Lequel dispose par ailleurs d’une offre coeur de réseau IP et d’une activité de déploiement de câbles transatlantiques.

Aux termes du communiqué, il n’existe, à ce stade, « aucune certitude quant à l’issue des discussions et à la conclusion d’un quelconque accord ou transaction ». D’autant plus que le gouvernement, qui détient 3,58 % du capital d’Alcatel-Lucent à travers la Caisse des dépôts, devra donner son feu vert à l’opération, conformément aux dispositions du décret « Montebourg » de mai 2014 sur les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques.

L’Élysée attend que « les détails du projet lui soient présentés au plus vite ». Ses inquiétudes portent plus particulièrement, selon Reuters, sur l’avenir des quelque 6000 personnes qu’Alcatel-Lucent emploie en France (sur un peu plus de 52 000 collaborateurs dans le monde).

Plus de 700 postes ont déjà été supprimés dans l’Hexagone au gré du plan de restructuration Shift, lancé en 2013 avec l’arrivée de Michel Combes. Tandis qu’Alcatel-Lucent s’est recentré sur le très haut débit et les technologies IP, Nokia avait, dès 2011, réorienté sa stratégie sur l’activité mobile. Bilan : alors que le premier accuse une perte de 118 millions d’euros sur l’année 2014, le second affiche un bénéfice net de 1,2 milliard.

Si le ministère de l’Économie promet d’être « très attentif » aux conséquences d’une telle fusion sur l’emploi et la filière des télécoms en France, du côté des syndicats, on s’inquiète surtout pour l’avenir de la R&D. Laquelle « travaille sur des produits qui vont entrer directement en concurrence avec les produits actuellement détenus par Nokia », selon le représentant CFDT Christophe Civit, repris par Reuters.

Crédit photo : Netfalls – Remy Musser – Shutterstock.com


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