Nouvelle crise en vue pour Apple ?

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Rien ne va plus ! Perte de plus de 50 % de sa valeur boursière la semaine dernière, des ventes qui ne sont pas aussi bonnes que prévu, des processeurs qui ne suivent pas la cadence imposée par la concurrence, des produits trop chers, fissurés, des couleurs qui changent tout le temps, des revendeurs en colère, des clients mécontents… La liste des difficultés rencontrées par la firme de Cupertino s’allonge, et marque le début d’un virage stratégique qui n’ira pas sans heurts.

Apple trébuche ? Bien sûr le profit warning de la semaine dernière a eu quelques conséquences catastrophiques sur la valeur boursière de la Pomme. Mais la crise est plus profonde que cela et mérite un éclaircissement. En réalité, nous sommes au milieu d’une phase de transition initiée par Apple : la modification de son modèle économique vers une utilisation massive de l’Internet. Tout y passe : les produits qui sont tous tournés vers l’utilisation en réseau, les logiciels, qui intègrent de plus en plus les fonctions disponibles en ligne, QuicKTime qui cherche à devenir le roi de la diffusion directe, les ventes qui sont orientées de plus en plus vers l’Apple Store (voir notre édition du 19 septembre 2000)

Plusieurs problèmes se sont toutefois fait jour cet été. La puissance des machines d’abord (voir notre édition du 29 septembre 2000). Les fréquences offertes par les puces de Motorola n’atteignent toujours pas les sommets prévus et font piètre figure face au gigahertz en standard qui commence à apparaître dans le camp Intel/AMD. Certes, Apple préfère compter en gigaflops, autrement plus éloquents, mais dans l’esprit de l’acheteur potentiel, le « sur-place » à 500 MHz qui dure depuis près d’un an frappe les esprits. Pour effacer la différence, Apple a bien mis deux processeurs dans ses machines, mais la firme l’a fait sur les modèles haut de gamme, afin d’éviter de perdre des professionnels qui se tourneraient vers le monde Wintel par manque de puissance. Et Motorola ne semble pas prêt de s’approcher du gigahertz pour le moment.

Dans le même temps, le ralentissement des ventes d’iMac, confirmé par un ralentissement conjoncturel des ventes au mois de septembre, indiquerait-il la disparition de l’effet de mode iMac ? Il est encore trop tôt pour le dire, surtout avec la saison de Noël sur le point de s’ouvrir. Mais ce point reste à surveiller de près, car l’iMac représente une bonne part des revenus d’Apple. Les autres machines inquiètent également : le PowerBook n’a pas été véritablement changé depuis 2 ans, le PowerMac G4 est difficilement utilisable dans sa configuration actuelle (deux processeurs) avec MacOS 9 et le G4 Cube, une très belle machine soit, est sans doute un peu cher et souffre, selon ses détracteurs, de son manque de baies d’extensions et de ses lignes de moulage (voir notre édition du 22 septembre 2000), considérées comme inesthétiques ! Enfin, MacOS X a besoin de 128 Mo de mémoire au minimum pour être utilisé à plein. Autrement dit, l’installation en standard de MacOS X sur toutes les machines à la Pomme à partir de janvier prochain risque d’en faire encore augmenter les prix. Les clients vont-ils suivre ?

Les canaux de distribution aussi souffrent : Apple se désolidarise clairement de ses revendeurs pour se tourner vers l’Apple Store. Mais la rumeur de l’ouverture d’une chaîne de magasins pilotés depuis Cupertino a enflé, pour être peu à peu confirmée. Pourquoi une telle stratégie ? Se séparer de professionnels qui connaissent les besoins de leurs clients par coeur et se trouvent à leur portée, pour les remplacer par des espaces de vente qui mettront du temps à s’imposer ? Dans ces conditions, on peut comprendre le mouvement de colère des revendeurs d’Europe (voir notre édition du 13 septembre 2000) et désormais des Etats-Unis.

A la même époque l’année dernière, Apple avait déjà rencontré quelques difficultés. Motorola n’avait pu fournir les fréquences annoncées par Apple et les clients qui avaient commandé un G4 à 500 MHz s’étaient vu finalement livrer des G4 à 450 MHz… pour le même prix (voir notre édition du 15 octobre 1999) ! Apple mépriserait-il ses clients ? C’est en substance le terme qui revient de plus en plus sur les lèvres de la communauté des utilisateurs, des revendeurs et des partenaires d’Apple. Un discours qu’on penserait plutôt entendre dans la bouche d’utilisateurs de la plate-forme Wintel !

Alors que faire ? Prier et attendre ? Espérer que le « dos d’âne » rencontré par Apple ce trimestre ne soit en fait qu’un tremplin qui lui permettra de se rendre compte de ses errements vis-à-vis de ce qui fait sa force, ses fanatiques ? Ou bien encore espérer qu’elle accélérera sa phase de transition pour devenir la société qu’elle entend devenir, une entreprise totalement raccordée au Web, de la vente au support (voir notre édition du 2 août 2000) ? Pour l’heure, Cupertino est au milieu du gué.