Numericable-SFR : les premiers pas consolidés du nouveau groupe télécoms à nuancer

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Le groupe Numericable-SFR présente ses premiers résultats trimestriels avec des indicateurs pro forma rassurants mais sur fond de tensions internes, de concurrence féroce et d’action de groupe.

Si l’on met de côté le poids de l’endettement, le groupe Numericable-SFR montre déjà une certaine capacité à relever la tête à en croire les éléments exposés pour la présentation des résultats trimestriels. Pour ce type d’exercice de communication financière, c’est une première pour l’ensemble qui a fusionné.

Certes, sur le premier trimestre 2015, la nouvelle entité consolidée affiche un chiffre d’affaires en baisse de 4,6% à 2,74 milliards d’euros par rapport à la même période précédente (indicateurs financiers pro forma*).

Le résultat net se situe à 816 millions d’euros en raison “d’effets positifs” ponctuels (notamment liés à l’apport de fonds de Vivendi qui se désengage vraiment).

Autre bonne nouvelle sur le front de l’EBITDA ajusté, qui est en hausse de 21% à 930 millions d’euros. Ce qui tend à démontrer que la gestion au jour le jour du nouvel ensemble permet déjà de dégager des bénéfices : la marge EBITDA s’élève à 34% du chiffre d’affaires.

C’est toujours bon à prendre car la fusion officielle ne remonte qu’à novembre 2014. Mais les tensions demeurent en interne selon Silicon.fr : le pôle technique de l’opérateur était en grève la veille de la publication des résultats du groupe, multiplication de départs individuels de collaborateurs (250 depuis la fusion selon la CFDT, sans compter 1300 intervenants extérieurs écartés), grogne avec les fournisseurs (les relations avec SFR se sont détériorées en raison de la volonté de l’opérateur de tirer les prix des prestations des sous-traitants vers le bas)…

Sur ce dernier volet, Eric Denoyer, Directeur général du groupe, assure que la situation tendrait à s’améliorer. “Nous avons fait la chasse aux inefficacités dans les coûts”, estime Eric Denoyer.

L’art de présenter la manière de réduire les coûts d’exploitation au maximum. Mais la question du poids de l’endettement va desservir le nouveau SFR-Numericable pendant longtemps (dette nette de 10,7 milliards d’euros).

L’investissement dans la modernisation des réseaux THD ou l’extension des réseaux de nouvelle génération (4G) se poursuit. Le duo SFR-Numericable a consenti un effort de 400 millions d’euros sur le trimestre (+27% par rapport au premier trimestre 2014).

Le groupe télécoms compte aligner 7,7 millions de prises THD disponibles d’ici la fin de l’année (avec un objectif à 12 millions à l’horizon 2017) en exploitant des déploiements FTTB (fibre jusqu’aux bâtiments) et FTTH (fibre à domicile).

Au regard des tensions concurrentielles, il ne serait guère étonnant que les opérateurs se battent devant la justice sur la dimension sémantique de la fibre et déterminer dans quelle mesure on peut parler de l’accès à la fibre dans les campagnes de publicité…Des différences d’appréciation qui provoqueraient déjà des tensions entre Free et Numericable/SFR.

Que se passe-t-il en termes de déploiement 4G ? Le couple SFR-Numericable a pris du retard face à Orange et Bouygues Telecom. Mais il compte atteindre un niveau de 70% de la population d’ici la fin de l’année. Alors que les deux autres concurrents sont déjà à ce stade voire au-dessus.

Sur le front commercial, le groupe télécoms souffre surtout sur le volet mobile. La base clients mobiles (héritage de SFR) a baissé globalement de 2,5 % en un an (22,4 millions de clients). La chute est forte sur le segment des particuliers : -5,7% soit 15,8 millions de clients mobiles). Celle concernant les forfaits est contenue : – 2,1% (à 12,8 millions de clients). Mais le pré-payé s’effondre (19%).

“Nous pensons qu’il est plus important d’être dans la valeur que dans le volume”, commente Eric Denoyer, cité par Silicon.fr lors de la présentation des résultats du premier trimestre qui s’est déroulée mardi 12 mai. “Maintenant que nous avons stoppé cette dynamique négative de baisse des prix, nous repartons dans la course au volume.”

Sur le volet du très haut débit, Numericable-SFR tient à garder son emprise. Alors que le marché des abonnements ADSL tend à s’affaisser selon les statistiques de l’ARCEP.

Le groupe télécoms, dirigé par Eric Denoyer, recense 48 000 nouveaux clients Fibre sur le seul premier trimestre (alors que le groupe Numericable en avait conquis un total de 68 000 sur l’année 2014). Sa base globale de clients THD est évaluée à 1,59 million de clients. Tandis que celle de ses abonnés haut débit tend à diminuer : – 4% (à 4,9 millions de clients ADSL).

Vagues de nouvelles offres télécoms et une mauvaise surprise rurale

Simultanément, de nouvelles offres commerciales apparaissent : côté THD, on note la Box TV Fibre de SFR, SFR Access Max pour les entreprises en janvier 2015 et RED Fibre sortie en avril 2015).

Sur le volet mobile, SFR vient de dégainer une nouvelle offre mobile destinée à ses clients Fibre : un forfait incluant 40 Go de data (Power 40 Go) avec des contenus “premium” pour un prix de 25,99 euros par mois (bien lire les CGV comme toutes les offres des opérateurs).

Parallèlement, l’exploitation de la marque Virgin Mobile se poursuit. En revanche, l’exploitation de Joe Mobile (offre MVNO) sera stoppée d’ici mi-juin.

Sur les déconvenues en justice, Numericable/SFR sera marqué par la première action de groupe dans le secteur des télécoms. Après une mise en demeure, l’association Familles Rurales accélère et porte plainte sous forme d’action class à la française contre l’opérateur pour “information trompeuse” sur son offre 4G.

Les faits remontent à fin 2013, souligne le communiqué de l’association : SFR était accusé de léser les consommateurs en promettant dans sa communication un accès à son réseau 4G alors que la réalité sur le terrain était différente. Hier, lors de la conférence de presse, Eric Denoyer affirmait n’avoir pas reçu d’assignation dans ce sens.

Le nouvel ensemble SFR/Numericable compte également peser sur le marché des entreprises. Numericable-SFR compte simplifier ses offres très haut débit pour le segment des PME. “La dissymétrie de marché est importante entre Orange et nous”, commente Eric Denoyer.

“Nous souhaitons retrouver une part de marché plus proche de nos part dans le mobile” (soit 30%). Avec une part de marché BtoB estimée à 25%, l’exercice pour ré-équilibrer sera moindre.

Rappelons qu’avec le désengagement de Vivendi, le groupe télécoms est désormais une propriété de la holding luxembourgeoise d’investissement Altice de Patrick Drahi (bientôt détenteur de 78% du capital).

*définition pro forma : “Se dit de comptes qui ont été retraités pour permettre une comparaison réaliste entre deux ou plusieurs exercices d’une entreprise. Une société ayant subi des modifications dans son périmètre d’activités (cession, acquisition…) pourra établir des comptes proforma dans l’objectif de permettre une comparaison objective de l’évolution des comptes sans tenir compte de ces éventuels changements de périmètre.” (source EduBourse.com)


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