Offensive en règle contre les successeurs de Napster ?

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Alors que les services légaux – et payants – de musique en ligne clament être sur le point d’arriver, l’industrie du disque, alliée à celle du cinéma, lancerait une offensive contre Kazaa, Music City (Morpheus) et Grokster. Les Majors affronteraient ainsi pour la première fois des systèmes de peer-to-peer sans serveurs centraux. Un nouveau défi technique et juridique.

Il fallait bien que cela arrive un jour : l’industrie du disque et celle du cinéma s’attaquent aux successeurs de Napster. L’information est publiée sur le site américain Cnet dans un article daté du 2 octobre, sans que les sources soient spécifiées. Pour sa part, Dotcom Scoop publie ce qui serait un courrier interne de la RIAA ainsi qu’un e-mail envoyé par Hilary Rosen, la présidente de l’association. Ces deux documents annoncent la préparation d’une offensive. La Recording industry association of America (RIAA) et son homologue du cinéma, la Motion picture association of America (MPAA) auraient donc déposé plainte ce mardi 2 octobre contre KaZaa, Music City (Morpheus) et Grokster. Les trois logiciels de peer-to-peer (P2P) utilisent en fait les mêmes protocoles, leur code source provient de FastTrack.

“Il est temps de se montrer coordonnés et agressifs avec la nouvelle vague de services de peer-to-peer, noterait ainsi Hilary Rosen, la présidente de la RIAA, dans ce que Dotcom Scoop présente comme un e-mail adressé aux responsables de l’industrie. On remarque parmi les destinataires Jerry Yang, l’un des fondateurs de Yahoo, “robg@real.com”, comme Rob Glaser le PDG de RealNetworks et président de MusicNet, ou encore Michael Bebel de PressPlay. Ceux-là mêmes qui clament qu’ils vont prochainement lancer des services payants et légaux de distribution de musique en ligne. “Avec le lancement imminent des services d’abonnement légaux, nous devons récupérer nos clients”, réclame Hilary Rosen avant d’expliquer que “la RIAA ne peut soutenir la contrainte toute seule”. Finalement, elle demande de l’aide (“Aidez-moi à vous aider”) avant de convier les intéressés à “une réunion à la RIAA en octobre”. Le sujet des discussions est résumé en trois points : “la détection et/ou les moyens d’interdire les systèmes existants de peer-to-peer (éventuellement en ajoutant des messages promotionnels au sujet du lancement de différents nouveaux systèmes)”, “une campagne de relations presse” et enfin “un point sur les dernières stratégies de la RIAA et ses différentes options”.

Collecte de “preuves” à la RIAA

Par ailleurs, Dotcom Scoop, qui a interrogé la RIAA et n’a pu obtenir ni confirmation, ni infirmation de l’authenticité des documents, publie également ce qu’il présente comme un “mémo interne” de la RIAA. Le document aurait été préparé par le département juridique de l’association afin de réunir des éléments contre KaZaa. C’est bien FastTrack qui est visé, KaZaa étant présenté comme “la première application utilisant le code de FastTrack”. “FastTrack a ensuite licencié son code à MusicCity (MusicCity a lancé son système Morpheus) et Grockster”, souligne le mémo. Ce dernier est détaillé, il décrit en partie le système de KaZaa avant de lister des raisons de le poursuivre en justice et ce qu’il présente comme des “preuves” de son illégalité. “Nous possédons de solides arguments contre FastTrack, MusicCity et Grockster de responsabilité légale indirecte pour violation du copyright”, clame la dernière partie intitulée “recommandation”. Celle-ci précise : “Nos arguments seraient certainement renforcés par une meilleure connaissance de la désignation des ‘supernoeuds’ [des serveurs dispersés qui centraliseraient les requêtes, Ndlr] et du contenu des communications au sein du système.” On apprend surtout que la RIAA prévoirait de négocier : “FastTrack désire vendre la société et la technologie, ou signer un accord de licence”, note le document qui poursuit : “Nous avons également appris que MusicCity cherche à entrer dans une procédure en justice et souhaiterait que nous les poursuivions.”

La RIAA et la MPAA ont déjà attaqué en justice Naspter, Scour (voir édition du 21 juillet 2000) ou encore Aimster (voir éditions du 25 mai et du 5 juillet 2001), mais ces nouvelles plaintes marquent une étape dans la lutte contre les échanges illégaux de fichiers sur Internet. Car si Kazaa, Morpheus et Grokster partagent le même code source, ils ont non seulement été ensuite mis au point par des développeurs répartis dans plusieurs pays, mais surtout ils ne nécessitent pas de serveur centraux. Tandis qu’un accord vient d’être trouvé entre Napster et la MPAA (voir édition du 25 septembre 2001), le procès intenté par la RIAA en décembre 1999 contre le logiciel d’échange se poursuit toujours.

Des adversaires en pagaille

Reste que le combat risque d’être long, tant les successeurs de Napster son nombreux. Ainsi, quand on jette un oeil sur les logiciels les plus téléchargés sur Download.com, par exemple, on est saisi par la place qu’ils occupent : Morpheus 1er, KaZaa 2e, suivi d’Audiogalaxy, puis d’iMesh à la 6e place, LimeWire à la 9e tandis que BearShare est 10e. Il faudra du courage à la RIAA et aux Majors dans cette lutte pour les systèmes de distribution de musique sur Internet.


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