Orange intègre Bouygues Telecom : les points chauds à suivre

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En se rapprochant de Bouygues Telecom, Orange veut rassurer les parties concernées : gouvernement, collectivités et consommateurs.

C’est officieux depuis fin 2015 et officiel depuis hier: Orange veut intégrer Bouygues Telecom.

Si ce projet aboutit, il va remodeler le paysage des télécoms en France. Interpellé sur de nombreux points liés à ce rapprochement (risque de hausse des tarifs des offres, impact sur l’emploi, baisse des investissements…), Stéphane Richard a tenté d’atténuer les craintes.

Hier, invité de RTL, le P-DG du groupe Orange a expliqué qu’il voulait faire vite pour boucler cette alliance avec Bouygues Telecom. Une affaire de « quelques semaines », estime-t-il.

Le patron d’Orange justifie ce rapprochement par la volonté d’apporter « la meilleure connectivité possible à tous les Français » et a écarté les risques d’augmentation des tarifs.

Une manière de répondre aux critiques en provenance des associations de défense des consommateurs comme UFC-Que Choisir ou CLCV qui craignent un retour de manivelle avec le retour d’un schéma à trois opérateurs dans le paysage télécoms français.

Ces deux organisations interpellent (chacun de leur côté) le gouvernement.

Elles demandent « des garanties aux consommateurs » pour éviter qu’une concentration de grande ampleur du secteur des communications électroniques « ne se fasse pas au détriment de l’intensité concurrentielle, propre à assurer aussi bien la continuité des investissements (gages d’un large accès au très haut débit), que des tarifs attractifs ».

Le maintien de l’emploi dans la configuration du futur groupe fait partie des sujets à suivre. Sur ce point, Stéphane Richard se veut rassurant sur RTL : « Orange ne s’engagera jamais dans une opération qui ne soit pas socialement irréprochable. […] Il n’y aura absolument personne au bord de la route, ni du côté de Bouygues Telecom et, a fortiori, ni du côté des salariés d’Orange. »

Le gouvernement évaluera le dossier sur des critères simples

Le gouvernement (actionnaire du groupe Orange) scrute évidemment ce dossier du rapprochement.

En marge d’une visite officielle pour l’ouverture des soldes, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, a déclaré que le projet de rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom sera évalué en prenant des « critères simples » comme « l’investissement, l’emploi, la protection des intérêts des consommateurs ».

Tout en précisant que, dans la nouvelle configuration, l’Etat demeurera « un actionnaire de référence ».

Pour sa part, l’AVICCA, un club qui réunit les collectivités qui s’engagent dans l’aménagement numérique du territoire, a interpellé l’ARCEP et l’Autorité de la concurrence.

L’organisation se montre inquiète de l’évolution de la position de l’opérateur historique, propriétaire du réseau cuivre (France Telecom devenu Orange en l’occurrence).

« Au moment où Orange vient une nouvelle fois d’êtres sanctionné pour ses pratiques anticoncurrentielles, nous ne pouvons que nous alarmer des conséquences d’une telle opération pour nos réseaux publics, en concurrence avec ceux d’Orange. »

L’AVICCA met en avant le passage au très haut débit (« enjeu politique majeur ») alors qu’Orange est accusé de pratiquer du lobby auprès des collectivités pour tenter « d’infléchir les projets de collectivités en faveur de la modernisation du réseau cuivre en simple montée en débit ».

Une manœuvre qui tendrait à ralentir le développement d’un réseau de fibre à domicile (FTTH) au niveau national. Pour éviter les risques d’étranglement des projets THD, Patrick Chaize, Président de l’AVICCA, préconise des « mesures conservatoires impératives » si le rapprochement Orange – Bouygues Telecom se concrétisait.

Ce projet d’intégration du premier et troisième opérateurs de France va concerner l’ensemble des acteurs (Iliad-Free d’un côté et SFR de l’autre).

Les autorités de régulation qui seront appelées à étudier ce rapprochement seraient susceptibles d’édicter certaines mesures (ventes de fréquences, d’antennes mobiles, de lignes de fibres optiques ou encore des cessions d’abonnés selon UFC – Que Choisir) pour ré-équilibrer le champ concurrentiel.


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