PC et Mac dans la course aux 64 bits

Mobilité

Pourquoi passer à des processeurs 64 bits ? Quelles applications en tirent bénéfice ? Et pourquoi Apple s’y précipiterait-elle plus tôt que ses concurrents ? L’émergence d’applications temps réel explique en partie cette urgence.

Que ce soit côté serveurs ou côté postes de travail, les processeurs 64 bits paraissent prêts à entrer dans l’entreprise beaucoup plus vite que prévu. Même si peu d’applications quotidiennes sont susceptibles d’en avoir besoin, il n’en reste pas moins que tant les communautés Windows que Mac se préparent à une migration vers cette génération de puces. Les professionnels du Mac espèrent une initiative d’Apple en ce sens (pour les Power Mac et/ou Xserve) à compter du 23 juin. Pour le monde PC, c’est à l’automne qu’AMD fournira ses premières puces pour les machines de bureau. Pourquoi tant de précipitation ? “On n’en n’aura pas besoin avant la fin de la décennie”, temporise en effet, auprès de nos confrères de Newsfactor, Barbara Gymes, porte-parole d’Intel. Il faut dire que côté “Wintel”, le passage aux 64 bits s’avère passablement compliqué : pour le leader Intel, les puces 64 bits sont essentiellement réservées aux grosses machines et aux serveurs. L’Itanium, son fer de lance du “64 bits computing”, est un processeur récent, devant résoudre encore quelques bogues (le dernier lui fait faire des erreurs de calcul lorsqu’il tourne à plus de 800 MHz…) et pour lequel seules quelque 300 applications ont été optimisées. Evidemment, on y trouve quand même des poids lourds, comme les logiciels Oracle 9i ou SQL Server, ainsi que différentes versions de Linux. Mais cela ne suffit pas à constituer une logithèque complète, il faudrait par exemple pour cela les applications professionnelles de SAP ou de Siebel. Car le problème est bien là : côté Windows, pour passer aux 64 bits, il faut réécrire tous les logiciels, en raison de la présence de nouveaux jeux d’instructions. Ce n’est pas totalement vrai pour le concurrent d’Intel, AMD, qui en lançant l’Opteron et l’Athlon 64 propose une solution pour garder l’actuelle logithèque 32 bits et l’étendre grâce à un jeu d’instructions 64 bits supplémentaire. Mais cette manoeuvre, qui offre un palier de transition intéressant et surtout rassurant pour les clients, n’empêchera pas le coût prohibitif de transition à des machines 64 bits, dont ils n’auront pas l’utilité de prime abord. En réalité, en dehors des bases de données, il n’y a pas de besoins réels largement exprimés dans le monde Windows. Sauf pour ce qui concerne le domaine du calcul en temps réel, qui permet aux entreprises de disposer de résultats et de les analyser aussitôt que possible.

Temps réel et calculs intensifs

C’est justement sur ce terrain que Microsoft a présenté les dernières versions 64 bits de Windows Server 2003 (voir édition du 6 mai 2003). Premiers exemples : l’utilisation des processeurs 64 bits pour l’analyse en temps réel d’images satellite (une démonstration d’une image de 11 Go traitée par un Itanium 2) et la création sous Maya et MentalRay de décors pour la production de films sur une préversion de l’AMD Opteron (voir édition du 22 avril 2003). Le temps réel tout autant que les calculs intensifs risquent fort d’être mis en avant par Apple pour justifier son passage aux 64 bits. Cette adoption précipitée s’explique de deux manières : le traitement de l’image et du son (applications types du temps réel) sont deux de ses domaines de prédilection. Et la perception publique de son retard en matière de processeurs 32 bits pousse la firme vers de nouveaux processeurs susceptibles de redorer son blason sur le terrain de la puissance. Il faut dire que depuis le milieu des années 90, Apple n’est plus en mesure de justifier la pertinence de son utilisation des processeurs RISC, ceux-là mêmes dont elle disait qu’ils étaient deux fois plus rapides que des Pentium à fréquence similaire ! Du coup, nombre de commentateurs parient sur l’adoption de l’architecture PC, x86. Mais les puces RISC 64 bits peuvent avoir pour Apple et ses clients un intérêt primordial : montage vidéo, traitement d’image, traitement du son (voir édition du 17 janvier 2002), effets spéciaux, applications scientifiques et techniques, calculs intensifs, services Web, Maya, Final Cut Pro (voir édition du 23 novembre 2001), Shake, Logic, DVD Studio Pro? et les autres. L’éventail d’applications utilisées par la communauté des professionnels du Mac est plutôt large. Et la possibilité de traiter plus d’informations en temps réel devrait ouvrir la voie à de nouvelles fonctionnalités, voire à des logiciels encore inédits.

Des processeurs 64 bits grand public

Reste le cas des machines grand public. N’y a-t-il vraiment pas d’applications qui leur soient destinées ? En fait, il y en a beaucoup plus qu’on ne le pense : mis à part la suite de logiciels iLife, l’adoption de processeurs 64 bits pourrait donner à Apple et aux éditeurs l’opportunité de faire du Mac une excellente machine de jeux sous Mac OS X (voir édition du 22 octobre 2001). En effet, l’architecture retenue par la firme depuis le début des années 90 fait que tous les titres 32 bits resteront compatibles, tandis que certaines applications pourront tourner nativement sur 64 bits. Le dernier salon E3 (Electronic Entertainment Expo 2003) a ainsi vu un soutien encore plus important des éditeurs pour la plate-forme, ainsi que la mise en ordre de bataille d’Aspyr Media, l’un des principaux acteurs sur Mac. Celui-ci, en choisissant Glenda Adams (voir édition du 6 mai 2002) comme directrice du développement PC et Mac, jette un sacré pavé dans la mare : à l’en croire, d’ici quelques dizaines de mois, elle commercialisera côte à côte les versions Mac et PC ! De quoi alimenter l’adoption de Mac 64 bits non seulement dans les entreprises, mais aussi dans les chaumières !


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