Pour Napster la copie de musique est légale

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Poursuivie en justice en Californie, la société Napster défend son logiciel de partage de fichiers musicaux. Et de proclamer que la copie de musique n’a rien d’illégal, pouvant même améliorer les ventes des maisons de disques.

Opposée de longue date en Californie aux maisons de disques réunies au sein de la Recording Industry Association of America (RIAA), la jeune société Napster vient de déployer un nouvel argumentaire pour défendre l’échange de fichiers à l’aide de son logiciel. Pendant longtemps, Napster se cachait derrière l’idée qu’elle n’était que prestataire technique. Aujourd’hui, la société développe des arguments juridiques censés la blanchir face aux accusations de la RIAA, qui la considère comme incitant au piratage.

D’abord, Napster espère profiter de l’interprétation de plusieurs textes fondateurs. Ainsi, aux Etats-Unis, un texte dénommé “Audio Home Recording Act” permet de créer une copie de titres musicaux, et de les transférer sur différents supports numériques à partir du moment où l’on bannit toute utilisation commerciale. On pourra rétorquer qu’a priori, un tel geste est limité à un usage personnel.

Ensuite, rebondissant sur l’affaire Diamond, Napster considère que son logiciel étend les possibilités d’un baladeur, par exemple en permettant de récupérer ses fichiers depuis n’importe quel endroit. On se souvient que, accusé de faciliter la copie et la diffusion de titres, le baladeur numérique Rio de Diamond avait finalement été autorisé à la vente après bien des remous (voir édition du 18 juin 1999).

Napster n’hésite pas à faire appel à un autre pan de l’Histoire de l’électronique grand public, les cassettes pour magnétoscope Betamax. Accusé en 1984 de faciliter le piratage audiovisuel (bien avant d’être écrasé par le standard VHS), le Betamax avait été blanchi parce qu’il permettait de copier des séquences vidéo personnelles. Idem pour la cassette audio, capable de retranscrire aussi bien un album qu’un discours lors d’une conférence. A l’époque, certains juraient que ces cassettes tueraient le marché du film ou du disque… Même si, à l’époque, la copie n’était pas d’une qualité numérique et d’une diffusion si facile.

Troisième point, les utilisateurs se servent parfois du logiciel pour écouter des échantillons d’un album avant d’en acheter certains titres. Napster va même plus loin en indiquant que l’échange sur le réseau est analogue au prêt d’un ami. Du coup, tout le monde a des millions d’amis. Napster veut convaincre la RIAA que son logiciel sert à goûter avant d’acheter, pour 84 % des utilisateurs d’après ses chiffres.

Un argument supplémentaire repose sur le double jeu des éditeurs comme Sony, inquiet de l’essor du MP3 mais qui commercialise pourtant un baladeur VAIO Music Clip. Napster espère retourner la dénonciation du piratage contre ces éditeurs, en tentant d’en démontrer les contradictions. Enfin, Napster fait appel à la défense des libertés individuelles, notamment la liberté d’expression. Et pour son dernier argument, la société en arrive à expliquer que les éditeurs ont besoin d’elle. Elle s’appuie sur des études indiquant que les ventes de musiques profitent de l’échange de fichiers, qui fait connaître des artistes ou des titres. En obligeant les logiciels comme Napster à disparaître, les maisons de disques perdraient, à terme, une source de revenus…

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la RIAA n’a pas publié de réponse aux arguments de Napster.

Pour en savoir plus :

* Napster

* Recording Industry Association of America (RIAA)


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