Presse en ligne : les journaux font le pari de la gratuité

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Après le New York Times, c’est au tour du Financial Times de rendre l’ensemble de ses contenus en ligne gratuits.

Par Cécile Grégoriadès

Le quotidien The Financial Times s’apprête à lever les obstacles qui empêchent la lecture de son contenu en ligne. Le quotidien britannique aux pages saumon a annoncé qu’il permettra la lecture gratuite de 30 articles par mois par personne à partir de mi-octobre 2007. Au-delà de 30 articles, le lecteur se verra proposer un forfait de 110 euros par an pour satisfaire sa curiosité d’informations économiques et financières.

Outre l’accès gratuit à 30 articles par mois, l’équipe du Financial Times en ligne promet de remodeler le site, en y incluant davantage d’éléments multimédias comme des graphiques interactifs et des vidéos. Le site envisage aussi d’ouvrir sa plateforme à une série de blogs consacrés à l’actualité politique et économique.

La démarche du Financial Times intervient alors que de profonds changements affectent le modèle économique des journaux en ligne. Le 18 septembre dernier, le New York Times a décidé d’interrompre les contenus payants : “les prévisions de croissance de notre base d’abonnés étaient basses, comparées à celles de la publicité en ligne“, expliquait Vivian Schiller, responsable du NYTimes.com, dans un communiqué paru sur le site.

L’abonnement, un modèle économique caduque

Les revenus générés par la publicité en ligne n’ont en effet jamais été aussi élevés pour les journaux. Ces revenus ont été multipliés par trois entre 2003 et 2007, pour atteindre aujourd’hui plus de 795 millions de dollars (564 millions d’euros), d’après des chiffres de l’Association des Journaux nord-américains (NAA), une organisation représentant environ 2 000 journaux américains et canadiens.

Cette évolution des tendances publicitaires a bousculé le modèle traditionnel de la souscription payante, qui ne réservait l’essentiel du contenu qu’aux abonnés, limitant par là le nombre total de pages vues. En misant sur le tout-gratuit, les sites augmentent leur trafic, et donc leurs revenus publicit aires. Une évolution constatée par le Financial Times, dont les recettes publicitaires générées par le site ont augmenté de 40 % au cours des 12 derniers mois.

Plus encore que les recettes, le changement de stratégie du quotidien britannique se justifie par une concurrence de plus en plus féroce. Son principal rival dans le domaine des informations financières est le Wall Street Journal qui compte, lui aussi, abandonner l’option abonnement sur son site.

1 million d’abonnés payants

Récemment racheté par le magnat des médias Rupert Murdoch, le quotidien américain dispose d’un nombre d’abonnés en ligne – près d’un million – dix fois supérieur à celui du Financial Times. La nouvelle direction du Wall Street Journal a fait savoir lors d’une conférence sur les médias en septembre qu’elle souhaitait repenser la gestion jusque-là conservative du contenu en ligne du quotidien, et rendre son contenu gratuit.

L’indexation et le référencement sont aussi de forts générateurs de trafic pour un site. Or, les moteurs de recherche ne recensent que les pages en libre accès. De même, les blogueurs n’ont pas intérêt à renvoyer leurs lecteurs vers un site dont le contenu est soumis à souscription.

Une remise en question qui touche pour l’instant les grands journaux en ligne anglo-saxons, mais qui risque de faire des émules.


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