Processeurs 64 bits : la fin du mythe du mégahertz ?

Mobilité

Si la fréquence des ordinateurs est aujourd’hui leur principal argument de vente, la mention “64 bits” semble devoir la remplacer sous peu. Apple peut-elle prendre l’avantage ?

La pression sur Intel monte : le fondeur a implicitement admis avoir loupé le coche du 64 bits en annonçant l’arrivée prochaine de puces Xeon 64 (voir édition du 18 février 2004). Faute avouée à moitié pardonnée ? Pas si sûr : selon William Siu, le responsable du centre de profit des puces pour ordinateurs personnels d’Intel, interrogé par Reuters, les puces 64 bits pour ordinateurs grand public ne deviendront nécessaires que vers 2006. S’il y a donc bien un retournement de stratégie consistant à rendre coup pour coup aux Opteron d’AMD, Intel campe sur ses positions pour ce qui concerne le grand public. Une version du système d’exploitation Windows capable de gérer certaines des capacités 64 bits apparaîtra au second semestre 2004, selon Vnunet.com. Des délais qui émeuvent la communauté des fans d’AMD, déjà fortement touchée par l’absence de ce système en avril 2003, au lancement de l’Opteron. Pire encore, le vrai système Windows 64 bits ne serait autre que Longhorn, attendu au mieux pour 2005. Mais le peu d’empressement d’Intel risque fort de se retourner contre lui : à la dernière conférence ISSCC (International Solid State Circuit Conference), tous les fabricants ont admis que leurs recherches actuelles s’orientait plus vers la maîtrise de la consommation d’énergie et l’optimisation de la puissance des puces. De fait, ce n’est donc plus la fréquence qui risque d’être mise en avant mais la plus grande capacité de traitement des puces 64 bits. Et la religion des grands constructeurs n’est plus d’utiliser exclusivement les puces du principal fondeur : IBM ou encore HP se sont tournés résolument vers l’Opteron (voir édition du 27 janvier 2004).

AMD s’est déjà engagée dans cette voie : la maîtrise de l’énergie est en tout cas recherchée sur ses six nouveaux processeurs Opteron présentés cette semaine. La puce pour serveurs consomme entre 30 et 55 watts à 1,4 et 2 GHz contre 80 à 90 watts pour la génération précédente. La course à l’optimisation de la consommation et à la limitation de la dissipation thermique s’avère cruciale. Intel n’est vraiment pas à l’aise dans ce domaine, ce qui permet de mieux décrypter son message marketing. Sur les derniers Pentium, près de 30 % de l’énergie consommée disparaît en fuite de courant, selon l’aveu même de Joseph Schutz, l’un des responsables du premier fondeur mondial. La firme ne dispose pas de la technologie capable d’éponger ces pertes. Pour l’instant, le message d’Intel devrait donc rester centré sur la fréquence de ses processeurs.

Un avantage pour Apple ?

La lutte que se livrent les deux principaux fournisseurs de puces pour PC se présente comme du pain béni pour Apple. Son utilisation des puces d’IBM (voir édition du 17 février 2004) devrait lui permettre de proposer un message clair, à l’inverse des fournisseurs de PC. L’introduction de puces 64 bits dans les gammes d’ordinateurs de la majorité des constructeurs ne va en effet pas faciliter la démarche commerciale des vendeurs. Que choisir ? Haute fréquence, synonyme de vitesse, ou traitement 64 bits, synonyme de puissance ? Si Apple parvient à faire migrer rapidement une grande partie de ses lignes de produits sur le PowerPC 970 et ses dérivés, la firme bénéficiera d’un avantage sur ses concurrents englués dans la comparaison de gigahertz et de gigaflops. L’introduction du PowerPC 970FX est d’ailleurs intéressante à plus d’un titre, si elle permet à Apple de mettre à jour en quelques mois plusieurs de ses gammes d’ordinateurs : Xserve, PowerMac et éventuellement iMac et PowerBook (voir édition du 10 février 2004). Ainsi, plus rapidement la firme de Cupertino sera capable de fournir matériel et système d’exploitation 64 bits, plus longtemps elle pourra se démarquer des autres constructeurs. Le fait qu’Intel insiste sur l’introduction de puces 64 bits dans les ordinateurs personnels vers 2006 signifie qu’Apple peut espérer disposer d’un créneau de quelques années sans véritable message marketing cohérent du côté des acteurs du monde PC. Reste une question piège : la firme à la Pomme sera-t-elle suffisamment réactive pour en profiter ?


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