Propagande Daech : les opérateurs satellites entretiennent le flou

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Comment l’Etat islamique exploite l’Internet par satellite depuis la Syrie ? Une enquête du Spiegel dévoile des positions troubles des opérateurs (SES, Eutelsat et Avanti).

On le sait : l’Etat islamique exploite de manière approfondie tous les canaux de diffusion numérique pour diffuser leur propagande.

Dans une enquête réalisée par SPIEGEL ONLINE, un focus a été réalisé sur les services d’accès Internet par satellite susceptibles d’être exploités par Daech en Syrie.

Des opérateurs européens qui fournissent des ressources de capacités de transfert de données par satellite comme Eutelsat ou SES sont concernés en premier lieu et ils pourraient potentiellement coupés les relais d’accès Internet suspects.

Mais la situation semble plus compliquée que cela.

L’enquête du Spiegel démontre que la frontière entre la Turquie et la Syrie est spongieuse et qu’il existe au niveau local un trafic d’antennes satellites mobiles difficile à contrôler.

Même si les tarifs Internet par satellite sont onéreux, des milliers d’antennes sont déployées dans la région turque d’Antakya (Antioche), à proximité de la Syrie.

Elles sont précieuses pour la population locale mais cet équipement peut tomber dans les mains de djihadistes.

Dans les zones occupées par Daech en Syrie, les accès Internet son strictement contrôlés par le commandement djihadiste.

La gêne des opérateurs satellites

Les principaux opérateurs satellites concernés restent prudents sur le sujet sensible. C’est mieux quand c’est dit : ils assurent ne pas disposer de Daech comme client direct.

Ils ont comme interlocuteurs classiques des opérateurs de bouquets audiovisuels diffusés par satellite ou des fournisseurs d’accès Internet qui achètent des volumes de transmission data en gros.

Basé au Luxembourg, SES déclare que les prestations de services ne sont proposées qu’à des clients importants clairement identifiés sur ses marchés phares. Et la Syrie n’en fait pas partie.

Si la société avait connaissance d’une moindre connexion par satellite fournie à l’Etat islamique, elle couperait aussitôt les canaux, assure-t-elle.

Egalement sollicité, le groupe français Eutelsat (dans lequel l’Etat français est actionnaire à hauteur de 26% via la Caisse des Dépôts) déclare ne pas disposer de services en propre en Syrie et « ne pas avoir accès aux clients finaux ».

De son côté, l’opérateur Avanti d’origine britannique est encore moins disert sur ce sujet.

Mais on peut imaginer une certaine gêne. Il est évident que les opérateurs satellites sont en mesure de couper les éventuels équipements satellites exploités par Daech et de localiser n’importe quelle position GPS d’émission et de réception de data.

Ils disposent de l’expertise technique pour interrompre toutes les transmissions si les autorités d’un pays de la coalition anti-Daech ordonnent de le faire.

Mais SES, Eutelsat et Avanti doivent mesurer leurs propos car il faut prendre en compte l’activité camouflée des services de renseignement des pays qui traquent l’organisation terroriste.

Ces signaux actifs par satellite sont autant de renseignements à exploiter sur les positions acquises par Daech en Syrie.

Par conséquent, la tentation d’effectuer des écoutes électroniques sur ces canaux électroniques paraît plus judicieux que de couper la transmission.

L’enquête du Spiegel n’aborde pas un autre angle qui mériterait une certaine attention au regard des cellules de cyber-djihadistes dont dispose Daech : comment pirater les liaisons satellite ?

(Crédit photo : Shutterstock.com – Droit d’auteur : Photoraidz)


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