QuickTime doit-il sortir du giron d’Apple ?

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La firme de Cupertino dispose de nombreux logiciels très performants. QuickTime, vu par les professionnels comme la solution de référence, iTunes et iMovie, considérés comme des succès logiciels à part entière, Mac OS inutilisable ailleurs que sur Mac, AppleScript, une technologie propriétaire… Des voix s’élèvent pour qu’Apple considère la possibilité de se séparer de certaines de ces applications et surtout de QuickTime. Mais où retrouverait-on alors la valeur des produits de la firme ?

Très bonne question, posée par Dennis Sellers de MacCentral, qui relaye les idées de Randall McCallum, l’ex-PDG de Totally Hip Software : ne faudrait-il pas détacher les activités QuickTime de l’influence d’Apple pour voir sa part de marché augmenter ? Cette réflexion sonne comme une réponse du berger à la bergère : si les responsables d’Apple se la posaient, les développeurs leur mettent les points sur les i. La création d’une entreprise indépendante maîtrisant QuickTime apparaît ainsi d’un coup comme étant la solution au problème de perte de parts de marché du logiciel face à ses deux autres concurrents, Real et Windows Media Player. Pour McCallum, Real est en tête car il est perçu comme un format indépendant de toute entreprise. Il serait possible de faire la même chose avec QuickTime.

Un logiciel de référence dans la vidéo“La plupart des gestionnaires de réseaux de PC n’utiliseront pas des technologies Apple – même la meilleure solution comme QuickTime – parce qu’ils ont peur de ce qui arriverait si Apple faisait faillite”, souligne McCallum. Toujours selon lui, la plupart des développeurs de solutions tournant autour de QuickTime le savent, ainsi que les dirigeants d’Apple. “En levant cette hypothèque, une société QuickTime Inc. serait en mesure d’attirer plus d’entreprises et d’institutionnels (?). QuickTime ne serait plus vu comme une solution uniquement Apple. Il serait perçu comme la meilleure technologie pour livrer des contenus interactifs riches à des millions de clients à travers le monde.” Le raisonnement de McCallum se tient : QuickTime est déjà considéré par la plupart des professionnels du secteur de la vidéo comme la solution de référence. Mais les freins à son adoption sont dans les mains des responsables informatiques, qui soit ne connaissent pas (ou ne reconnaissent pas) les qualités du logiciel, soit ont peur du fait qu’il s’agisse d’une solution uniquement Apple. L’adoption d’une solution Real (payante) ou Microsoft (gratuite mais propriétaire), se révèle donc souvent le choix par défaut.

Mais Apple peut-elle vraiment se séparer de tout ou partie de ses activités logicielles à l’instar d’un QuickTime ? La maîtrise complète de la chaîne de valeur informatique, du matériel au logiciel le faisant fonctionner, est la raison d’être de la firme, qui ne croit pas à leur séparation. Selon elle, le matériel doit être piloté par le logiciel, conçu spécifiquement pour lui. Ce raisonnement a tenu jusque dans les années 90 et la sortie de systèmes d’exploitation Microsoft mieux finis. Aujourd’hui, l’avance d’Apple dans le domaine est plus ténue, bien que nombre d’utilisateurs et d’analystes pensent que la plate-forme Windows reste peu compatible avec elle-même, la détection de ports et l’installation de nouveaux périphériques ou de nouvelles cartes n’étant pas toujours à la portée du premier venu.

En dehors d’Apple, mais pas sans Apple

Reste que dégager l’activité logicielle des entrailles de Cupertino ne serait pas la panacée pour toutes les applications développées par Apple, car la firme s’appuie sur la valeur ajoutée de ses logiciels et maintenant du Web. Mac OS X en est un exemple frappant. Ainsi également pour iTunes, qui fait poser à chaque utilisateur Windows l’ayant vu fonctionner la question : “Pourquoi Apple ne propose-t-elle pas ce logiciel sur PC ?” La réponse est évidente et n’échappera pas à votre sagacité… De même pour iMovie qui est adopté également sans restriction par le fidèle du PC qui l’aura essayé. En revanche, QuickTime pourrait bien être le levier manquant à Apple pour accélérer ses ventes de machines : externaliser cette activité, c’est influer sur son adoption et pousser à l’acquisition de matériels Apple. FileMaker, qui est déjà une activité indépendante d’Apple, vole ainsi de ses propres ailes. Et ses logiciels fonctionnent aussi bien dans les deux mondes. Il y a donc bien une vie pour QuickTime en dehors d’Apple, mais pas sans Apple.


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