Rendezvous : protocole de communication universel ?

Mobilité

La technologie Rendezvous est issue de l’IETF, mais surtout d’un homme en particulier, Stuart Cheshire, “chargé de mission” à Apple et président du groupe de travail Zeroconf. A l’origine de Zeroconf, une volonté : rendre IP aussi simple à utiliser qu’AppleTalk. Et un objectif : tendre vers la convergence des ports d’entrée-sortie.

Les premiers développements de Zeroconf, le protocole de gestion de réseau simplifié de l’Internet Engineering Task Force (IETF), prennent leur racine sur le Net en 1997. Les membres d’une mailing-list intitulée “net-thinkers” (les penseurs du Net) pointaient du doigt la complexité d’utilisation du protocole de réseau IP, et surtout l’absence de fonctionnalités telles que celles disponibles avec le sélecteur AppleTalk, pour permettre la navigation parmi les services disponibles sur un ordinateur distant. La première proposition de solution, faite par Stuart Cheshire, l’un des intervenants, consistait donc à utiliser une partie du protocole AppleTalk et à en faire une couche de communication reposant sur UDP Multicast, une solution permettant d’envoyer des messages électroniques à de multiples récepteurs. La proposition, discutée en décembre 1998 à l’IETF, n’est pas viable : il n’aurait pas été simple de faire accepter l’introduction d’AppleTalk par cet aréopage d’ingénieurs. Mais une autre solution est envisagée, qui repose sur l’enrichissement du format de paquet DNS. Aussitôt dit, aussitôt fait : en mars et juillet 1999, deux réunions de remue-méninges et de présentation sont organisées. Elles sont coprésidées par Stuart Cheshire et un collaborateur de Microsoft. L’intérêt de la solution naît de telle sorte qu’un groupe de travail est monté officiellement et nommé “Zero Configuration Networking”. Son existence date de septembre 1999. Entre-temps, Cheshire entre chez Apple où il devient “chargé de mission”.

Dissenssions au sein de l’IETF

Le groupe “Zero Configuration Networking” identifie immédiatement quatre nécessités pour la mise en réseau sans configuration : tous les périphériques doivent avoir une adresse IP, les utilisateurs doivent pouvoir se référer à leurs hôtes selon leur nom et pas selon leur adresse, les utilisateurs doivent être en mesure de naviguer pour trouver des services sur le réseau et, enfin, les applications à venir doivent être capables de détecter et renseigner des adresses multiples. Zeroconf n’est autre qu’une spécification expliquant comment des machines ou des périphériques peuvent obtenir des adresses locales de leur propre initiative. Ces spécifications et les solutions adoptées par le groupe permettent d’espérer une amélioration importante de la facilité d’utilisation des réseaux locaux. Mais tous les participants de l’IETF ne sont pas d’accord aujourd’hui sur tous les aspects de Zeroconf. Il faut dire que cet organe réunit des ingénieurs travaillant surtout pour des sociétés fournissant des solutions aux grandes entreprises de télécommunication. Les travaux de l’IETF vont de l’amélioration des routeurs aux serveurs DHCP ou aux serveurs DNS. Les entreprises participantes ne voient pas forcément d’un bon oeil l’arrivée d’un protocole permettant de détecter des machines sans l’aide desdits serveurs et routeurs ! Surtout quand ce protocole peut servir à connecter n’importe quoi…

Qu’à cela ne tienne, Apple a quand même décidé d’embarquer Rendezvous, son appellation de Zeroconf, dans Mac OS X (voir édition du 7 mai 2002), quitte à l’améliorer au fur et à mesure. La firme l’a même ouvert aux développeurs (voir édition du 2 septembre 2002) pour aider à son adoption.

Vers la communication universelle ?

Mais le but de Stuart Cheshire, aujourd’hui encore chargé de la destinée de Zeroconf, est plus vaste : faire que dans un futur proche, un ordinateur n’ait besoin que d’une seule technologie de communication : “Mon but à long terme, avant même d’être entré à Apple, est d’éliminer le besoin de technologies disparates et incompatibles sur un ordinateur. Aujourd’hui, un ordinateur peut avoir la technologie SCSI, série, IrDA, Bluetooth, USB, Firewire, Ethernet ou encore Airport. Autant de technologies qui fonctionnent de manière différente. Mon espoir, c’est qu’à l’avenir, un ordinateur n’ait besoin que d’une seule technologie de câblage. Elle fournira l’énergie par le connecteur, comme USB ou Firewire, pour pouvoir alimenter de petits appareils. Elle utilisera des paquets IP comme Ethernet (…) mais aussi Zeroconf IP pour que la connexion à des périphériques locaux soit aussi simple qu’aujourd’hui”, a-t-il indiqué au site gaeldesign.com. “On me demande souvent si je suggère sérieusement que le clavier et la souris puissent utiliser le même connecteur qu’une connexion Internet. Et c’est effectivement ce que je suggère. Il n’y a pas de raison fondamentale pour qu’une puce Ethernet 10 Mbits/s coûte plus cher qu’une puce USB. Il ne s’agit pas d’une question de coût, il s’agit de l’absence d’énergie sur le connecteur Ethernet et (jusqu’à maintenant), le manque d’auto-configuration”. Rendezvous se présente donc comme la première version d’un plan plus vaste : faire converger les ports des ordinateurs pour qu’un seul les remplace tous. Certains constructeurs pourraient bien y mettre un veto pour préserver leurs parts de marché. Mais tendre vers la simplification des technologies numériques est aussi une fin en soi, afin de faciliter leur adoption. Une vocation pour Rendezvous et Zeroconf ?


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