Roaming : de l’eau au moulin de la Commission européenne

OpérateursRégulationsRéseaux
roaming-commission-europeenne

Illustrée dans le dernier baromètre du marché des télécoms, la circonspection dont les mobinautes européens font preuve lorsqu’il s’agit d’utiliser leur téléphone à l’étranger conforte Bruxelles dans son objectif d’abolir, d’ici 2016, les frais d’itinérance.

Avec l’objectif de relancer la croissance et l’emploi, Bruxelles adoptait, fin 2013, un ensemble de mesures destinées à réformer et harmoniser le marché européen des télécommunications.

Ce paquet législatif relatif à la création d’un “continent connecté” est une priorité pour Neelie Kroes, dont le mandat se terminera en mai 2014. La vice-présidente de la Commission européenne chargée de l’agenda numérique compte notamment abolir la notion de roaming.

Pour encadrer, dans un premier temps, ces frais d’itinérance facturés par les opérateurs mobiles aux clients qui passent la frontière, Parlement, Commission et Etats membres ont convenu d’une tarification dégressive sur les terminaisons d’appels, dont le coût maximal en Europe sera rabaissé à 19 centimes HT au 1er juillet 2014, contre 24 centimes HT actuellement. Même tendance pour les appels reçus, qui seront plafonnés à 6 centimes l’été prochain, contre 9 centimes depuis le 1er juillet 2013. Le rabais se porte surtout sur la data, passée de 0,70 à 0,45 euro la Mo l’année dernière, et qui atteindra, d’ici quelques mois, les 0,20 euro du mégaoctet, toujours hors taxes.

Cette baisse graduelle des tarifs déplaît fortement aux dirigeants des principaux opérateurs du continent, qui estiment que la fin des frais d’itinérance leur coûterait cher et freinerait l’investissement dans les réseaux de nouvelle génération (4G, fibre optique). D’après le lobby européen des télécoms ETNO (European Telecommunications Network Operators’ Association), l’abolition du roaming coûterait aux opérateurs 7 milliards d’euros d’ici 2020.

Engagée sur ce chantier depuis plusieurs années, Neelie Kroes a constaté à plusieurs reprises que “les consommateurs se restreignent de manière draconienne dans l’utilisation de leur téléphone [..], ce qui ne fait pas non plus l’affaire des opérateurs”. Une étude (document PDF, 43 pages) réalisée par le consortium TNS opinion & social apporte un peu plus d’eau à son moulin.

94% des 28 000 Européens de 15 ans et plus sondés dans les 28 Etats membres entre le 18 et le 27 janvier 2014 déclarent restreindre leurs usages mobiles lorsqu’ils se déplacent à l’étranger. 30% ne passent pas d’appels vocaux et 29% refusent les communications entrantes. 26% n’envoient pas de SMS ; 25% n’en reçoivent pas. Près de la moitié (47%) n’utilisent jamais l’Internet mobile. Seulement 9% lisent régulièrement leurs mails et 6% ont un usage aussi soutenu des réseaux sociaux.

28% éteignent même systématiquement leur mobile dès qu’ils passent la frontière. 25% le laissent allumé, mais désactivent l’option d’itinérance dans le système d’exploitation. 18% activent un service spécial proposé par leur opérateur de réseau. 16% des répondants tentent de compenser en se connectant à des réseaux Wi-Fi. 10% achètent une carte SIM sur place.

Les Français (1057 interrogés par TNS Sofres) sont encore plus prudents : 41% n’allument pas leur mobile. 40% ne se passent des appels vocaux ; 33%, des SMS. “Atterrée” par ces chiffres, Neelie Kroes souligne la nécessité d’établir un marché unique des télécoms. Elle cite pour exemple le cas de la France, où la lutte entre les opérateurs s’est recentrée sur le roaming.

—— A voir aussi ——
Quiz ITespresso.fr : la 4G, vous connaissez ?


Lire la biographie de l´auteur  Masquer la biographie de l´auteur