S. Enderle (ASP Serveur): “Nous voulons construire notre propre data center”

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L’hébergeur, basé à Marseille, justifie ce choix “pour mieux répondre à ses clients”. Discussion à bâtons rompus avec son directeur commercial.

Lors du dernier forum Datacenter Dynamics – Paris (27 mai), bon nombre de décideurs ont pu trouver de précieux contacts pour accélérer la mise en oeuvre de leur projets. C’est notamment le cas de l’hébergeur marseillais “ASP Serveur”, spécialisé dans l’hébergement à base de technologies Microsoft. Preuve que le marché de l’hébergement en province commence à prendre de l’ampleur, selon les dirigeants de ce prestataire, la clientèle professionnelle délaisse peu à peu les hébergeurs bas de gamme pour aller vers des structures à taille humaine. Avec un chiffre d’affaires 2008 qui devrait avoisiner les deux millions d’euros, la société souhaite passer à la vitesse supérieure en construisant son propre data center, non sans risques. Pour en savoir plus sur ce cas d’école, Vnunet.fr a rencontré Sébastien Enderle, directeur commercial d’ASP Serveur. (Interview réalisée le 2 juin 2008)

Vnunet.fr: Pouvez-vous nous présenter votre société ?
S. Enderle: La structure juridique a été créé en 2004 mais, en réalité, le site et les services existent depuis 1998 car nous avons racheté l’actif de notre ancienne structure en 2004. L’objectif étant de nous recentrer sur l’activité d’hébergement Internet haut de gamme. Nous sommes basés à Marseille et privilégions la qualité de service et les architectures hébergées professionnelles complexes plutôt que l’exploitation d’un marché de masse. Nous nous situons donc à l’opposé des hébergeurs “low cost”. Pour cette raison, nous mettons en avant la compétence et la disponibilité de nos collaborateurs plutôt que leur nombre. L’équipe est aujourd’hui composée de neuf personnes hautement qualifiées (deux ingénieurs certifiés Cisco, Master II, Master I et BTS informatique et réseau). La création d’un ou deux postes supplémentaires est prévue cette année. Nous servons environ 5000 clients et disposons d’un millier de serveurs (Dell) avec une forte concentration de serveurs haut de gamme (Blade Bi-Xeon Quad Core, disques SAS … ). Enfin, notre data center est situé sur Marseille, ce qui constitue un choix stratégique vis-à-vis des capacités d’approvisionnement EDF et des pannes que nous avons rencontré sur Paris notamment lorsque nous étions passé chez Redbus. Nous exploitons actuellement 90 m² utiles pour nos baies soit une cinquantaine de baies 42 unités de marque Dell.

Vnunet.fr: Lors de DatacenterDynamics, vous avez exprimé votre volonté de construire votre propre centre de données. Pourquoi ?
S. Enderle: Nous travaillons effectivement sur la construction de notre propre data center et il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord la rapidité de notre progression en termes d’occupation d’espace informatique est incompatible avec la disponibilité des salles dans le data center de Neuf Cegetel que nous exploitons. Nous avons demandé une salle de 160 m² et elle ne pourrait nous être livrée que dans un an ! Nous refusons donc actuellement des clients et notamment les clients baies (housing). De plus, les data centers traditionnels ne disposent que d’une puissance de 2000 watts maximum par baie et les technologies que nous utilisons, qui sont les technologies d’avenir puisque IDC prévoit que 25% des serveurs en 2008 seront des Blades, nécessitent jusqu’à 16 000 watts par baie et la dissipation thermique qui va avec. Nous avons donc décidé de faire construire notre propre datacenter avec la volonté de créer le plus moderne d’Europe.

Vnunet.fr: Comment allez-vous intégrer la dimension “green IT” ?
S. Enderle: Le cahier des charges est orienté vers l’écologie et les économies d’énergie. Pour ce faire, nous avons étudié toutes les solutions et avons retenu celles qui nous semblent les meilleures, mais aussi hélas les plus chères. Nous utiliserons un système de climatisation par confinement allées chaudes/allées froides au plus près des baies et dotés de capteurs de température, ce qui permet d’économiser jusqu’à 40% d’énergie sur ce poste dans certains cas mais aussi de refroidir jusqu’à 22 000 watts par baie. Les groupes froids utiliseront le “vrai” principe du free cooling, c’est-à-dire l’utilisation de l’air froid extérieur pour aider les groupes froids et non pas, comme l’a déclaré notre confrère Ikoula dans le magazine “L’informaticien” du mois de mai en parlant du free cooling : “Nous ouvrons les fenêtres quand le temps le permet”, phrase qui ferait bondir n’importe quel thermicien.

Vnunet.fr : Sur quelles autres dimensions “green IT” planchez-vous ?
S. Enderle : Nous remplacerons les onduleurs traditionnels par un “No-Break”, un système de volant d’inertie couplé à un groupe électrogène. Ce système en plus d’être hautement écologique (pas de batteries donc pas de plomb), économise les 20% d’énergie nécessaires au filtrage des harmoniques électrique dans un système Onduleur/Batteries et il est aussi beaucoup plus fiable pour plusieurs raisons. En premier lieu parce qu’en cas de coupures multiples y comprit réseau EDF, les batteries peuvent ne pas avoir le temps de se recharger auquel cas c’est la panne absolue. De plus, l’inertie du volant qui est couplé à l’arbre de transmission du moteur diesel du groupe électrogène, permet de démarrer à coup sur le générateur ce qui n’est pas le cas des groupes traditionnels qui peuvent-être victimes d’une simple panne de leurs propres batteries.

Vnunet.fr: Est ce difficile de trouver un bâtiment adapté pour ce type de projet ?
S. Enderle: Notre projet se base sur un bâtiment industriel existant d’environ 2000 m² utilisables qui résulte d’un accord avec une municipalité dont je ne peux dévoiler le nom actuellement. Tout ce que je peux indiquer concernant la localisation, c’est qu’il sera idéalement situé à 15 minutes des gares TGV de Marseille et d’Aix-en-Provence, les grandes entreprises ayant tendance à “délocaliser” en région PACA car la main d’oeuvre y est moins chère qu’à Paris. Nous comptons aussi sur des aides environnementales (Ademe, Europe, EDF … ) puisque nous équiperons le toit de panneaux solaires et que notre data center devrait représenter une économie d’énergie proche de 60% vis-à-vis d’un structure traditionnelle.

(lire la fin de l’interview page suivante)


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