SCO place son opposition à Linux sur le terrain politique

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Désormais, SCO Group fait du lobbying auprès des parlementaires américains afin de les rallier à ses vues. Selon l’éditeur, Linux menace l’économie et la sécurité américaines.

Subrepticement, SCO Group tente de donner une coloration politique à sa croisade anti-Linux. C’est ce que révèle une organisation américaine de défense du mouvement open source – The Open Source & Industry Alliance (OSAIA) ? qui publie sur son site une lettre envoyée par l’éditeur à tous les membres du Congrès américain. Sous couvert d’éclairer les parlementaires sur les problèmes de contrefaçon posés par Linux, SCO s’emploie en réalité à diaboliser le système d’exploitation libre. Il y explique que Linux et plus généralement les logiciels open source constituent une menace pour la sécurité et l’économie des Etats-Unis, notamment parce qu’ils contournent les règles américaines régulant l’exportation des produits commerciaux. Au chapitre de la sécurité, SCO évoque la possibilité pour les informaticiens appartenant à des Etats voyous comme la Corée du Nord de télécharger Linux, lequel contient du code source abusivement copié d’Unix, et de créer des supercalculateurs, en reliant de simples PC… Cela conduit SCO à exhorter les membres du Congrès à mieux encadrer l’usage de Linux. La stigmatisation de Linux et des logiciels libres en les présentant comme anti-américains n’est pas sans rappeler les thèses développées par Microsoft il y a deux ans, lorsque Steve Ballmer comparait la mouvance open source à un cancer, avant de décider il y a peu de combattre Linux sur le terrain de ses avantages supposés (voir édition du 7 janvier 2004). Cette convergence de vues entre les deux éditeurs amène l’OSAIA à voir en SCO Group l’allié objectif de Microsoft, et même son allié tout court, sachant que le second a payé l’an dernier au premier plusieurs millions de dollars de licences.

Microsoft, une croissance inentamée

D’autre part, estime l’OSAIA, si SCO se lance désormais dans des actions de lobbying auprès du pouvoir politique, c’est le signe qu’il ne croit plus guère à la possibilité de faire reconnaître par la justice ses droits sur Linux. Car s’il estimait avoir de bonnes chances de convaincre un tribunal, son intérêt serait non pas de faire pression sur les parlementaires pour qu’ils limitent l’usage de Linux mais plutôt que celui-ci soit le plus largement diffusé, afin de réclamer des royalties à ses utilisateurs. Enfin, la thèse selon laquelle l’Open source menace l’industrie américaine de l’édition logicielle ne se vérifie pas au vu des résultats financiers de ses acteurs. Microsoft, par exemple, qui vient de publier les siens pour son deuxième trimestre fiscal, fait état d’un chiffre d’affaires record de 10,15 milliards de dollars, là où les analystes financiers tablaient sur 9,74 milliards de dollars. Sur un an, la croissance s’établit à 19 %. Et elle est due pour une bonne part à son système d’exploitation Windows XP et à sa suite bureautique Office. Les observateurs notent cependant que Microsoft n’a pas réussi ce trimestre à conclure autant de contrats à long terme qu’il le souhaitait. Or, ce sont ces contrats que la politique commerciale de Microsoft tente d’imposer, afin d’accroître la part récurrente de ses revenus et de fidéliser ses clients. Pour l’éditeur, c’est la meilleure arme face à la montée de Linux. Les analystes ont évalué le manque à gagner à 395 millions de dollars. Mais cela n’empêche pas Microsoft de revoir ses prévisions à la hausse. Pour l’ensemble de l’exercice (clos fin juin), il table désormais sur un chiffre d’affaires compris entre 35,6 et 35,9 milliards de dollars, contre une précédente fourchette allant de 34,8 à 35,3 milliards de dollars.


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