Spécial N+I : La voix sur IP n’est pas un gage d’économie

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Techniquement, la téléphonie sur IP est possible. Aujourd’hui, quelques entreprises (peu nombreuses) ne possèdent plus qu’un seul réseau pour l’échange de documents et pour les communications vocales. L’IP n’entraînerait pas dans tous les cas une forte diminution de la facture téléphonique. Au contraire. l’investissement est lourd et seul l’apport de services à valeur ajoutée pourrait faire décoller ce marché.

Si aujourd’hui, l’IP apparaît comme le protocole naturel pour les flux de données, il est encore marginal quant il s’agit de faire passer également la voix. Pourtant, nombre d’opérateurs sont persuadés que le marché de la voix sur IP (VoIP) sera en pleine croissance dans les années à venir. Selon Datamonitor, 2003 devrait marquer l’arrivée en force de la VoIP dans les entreprises. Cette technologie, qui consiste à faire passer des communications téléphoniques numérisées dans des paquets IP, rend possible la transmission simultanée de la parole, des images et des données sur un même réseau. On a coutume de dire que la téléphonie sur IP permet des communications réseau jusqu’à dix fois moins chères que des communications téléphoniques classiques. Dès lors, on imagine aisément ce que pourrait gagner une entreprise équipée de téléphones IP, surtout à l’heure où les communications téléphoniques sont omniprésentes. Pourtant, dans les faits, les entreprises qui ont déployé en interne une solution de téléphonie IP sont encore peu nombreuses.

De lourds investissements à prévoir “Beaucoup de prospects s’attendent à ce que la téléphonie sur IP fasse baisser de 20 % le total de leur facture téléphonique”, déclare Véronique Guibert, chef de produit opérationnel chez France Télécom. “Pourtant, dans les faits, ce n’est pas si simple. Certes, la facture peut baisser, mais cela dépend surtout du profil de la société. Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est l’investissement que nécessite une telle migration”, poursuit-elle. Et d’énumérer des investissements dans un PABX dédié à la VoIP, de routeurs, de contrôleurs d’accès (gatekeepers), de passerelles entre Internet et le réseau classique et enfin de terminaux IP. Des dépenses qui, selon les cas, ne peuvent être amorties avant deux ou trois ans. C’est pour cela qu’une grande majorité des sociétés qui se sont déjà tournées vers la téléphonie IP sont des grands groupes. Non seulement ils peuvent assumer de tels frais, mais surtout, ils sont présents à l’international. Et la téléphonie sur IP est surtout avantageuse pour les appels à l’étranger et nettement moins pour les appels locaux.

Mais la VoIP risque bien de se démocratiser. En effet, une société qui a fait le choix de la téléphonie sur IP ne peut se passer de téléphoner ou de recevoir des appels sur le réseau classique. Et lorsque cette société appelle sur une ligne téléphonique traditionnelle, elle paie alors à la minute, hors forfait, ce qui lui revient extrêmement cher. Par conséquent, ces grandes sociétés vont procéder de la même façon qu’avec l’EDI : elles vont demander à leurs fournisseurs d’adopter leur système et donc de migrer vers la VoIP, après avoir construit un réseau privé virtuel entre le fournisseur et eux. Techniquement, il est possible de faire de la téléphonie sur IP via Internet, mais il n’y aucun moyen d’assurer une bonne qualité de transmission comme le permet le VPN. En outre, la VoIP franchit mal les firewalls situés dans les extranets ou intranets des entreprises.

Des avantages au-delà des économies

Pour autant, la téléphonie sur IP n’est pas forcément vue comme un moyen de réaliser des économies. Du moins, ce n’est pas le langage commercial que tient France Télécom auprès de ses clients. L’opérateur semble plutôt délaisser cet aspect économique pour présenter aux entreprises tous les avantages à ne plus gérer qu’un seul réseau, à n’avoir de ce fait qu’un seul interlocuteur et surtout à accéder à de nouvelles applications comme les annuaires et les messageries unifiées, ou encore à disposer d’outils de visioconférence et de gestion de la relation client. “Aujourd’hui, la téléphonie sur IP seule n’est pas suffisante. Elle doit être accompagnée de solutions applicatives pour s’imposer en entreprise. Malheureusement, au niveau couche applicative, nous en sommes encore tous au stade embryonnaire”, explique Véronique Guibert.

L’absence d’applications simples et efficaces peut effectivement dissuader les entreprises de faire migrer leurs communications téléphoniques sur l’IP. Car au-delà d’un possible retour sur investissements, l’entreprise cherche avant tout un outil de travail fonctionnel, efficace et répondant à certains impératifs, comme le nomadisme. La technique seule ne suffit pas à convaincre. Seul l’apport de services à valeur ajoutée forcera les entreprises à franchir le pas du tout-IP.


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