Stuart Collingwood (Sling Media) : “TMP : la norme DVB-H a de nombreuses limites”

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Réaction du fabricant britannique des boîtiers Sling Box (distribution de vidéos multi-supports : télé, PC, mobile) sur la relance du projet de la télévision mobile personnelle sous la houlette de TDF et de Virgin Mobile.

Le retour de la télévision mobile personnelle (TMP) en France, avec le projet commun TDF – Virgin Mobile, provoque un débat, y compris en dehors du territoire national. Ainsi, Stuart Collingwood, en qualité de vice-président Europe-Moyen Orient -Afrique de Sling Media, intervient sur l’inadéquation de la TMP via la norme DVB-H.

Sling Media est une société britannique, qui commercialise des boîtiers Sling Box pour distribuer les vidéos sur divers supports (télé, PC, mobile). Ils permettent donc de regarder la télévision en direct ou en différé par le biais d’Internet. Son représentant considère que la norme DVB-H n’est plus appropriée aux besoins des consommateurs français. Une analyse de marché qui n’est pas sans arrière-pensée commerciale…

(Interview réalisée par mail – 05/05/10)

ITespresso.fr : Pourquoi pensez-vous que la TMP via DVB-H est inadaptée ?
Stuart Collingwood : SlingMedia ne pense pas que la norme DVB-H est inadaptée en tant que telle. C’est une plate-forme de diffusion et elle permet des économies d’échelle quand de très nombreuses personnes utilisent le service pour recevoir la télévision. Toutefois, cette norme a de nombreuses limites:
– un opérateur qui choisirait le DVB-H doit construire un réseau dédié qui est inévitablement onéreux;
– les clients ont besoin d’appareils spécifiques qui embarquent des tuners (et on ne les trouve pas dans les smartphones actuellement à la mode);
– il y a forcément un choix restreint de chaînes, puisque leur nombre dépend de la quantité de spectre disponible;
– cette norme ne permet pas d’accéder aux émissions enregistrées;
– les clients sont réticents à l’idée de payer deux fois pour bénéficier du  contenu – une fois à la maison sur leur décodeur et de nouveau sur leur téléphone.

La Slingbox et le SlingPlayer Mobile permettent aux clients de regarder les contenus auxquels ils sont déjà abonnés, sans avoir à payer à deux reprises, sur les smartphones de dernière génération. Les utilisateurs peuvent également accéder au contenu enregistré sur le disque dur interne de leur box (hard disk set top box ou DVR).

ITespresso.fr : Pourtant, la norme DVB-H a reçu le soutien de la Commission européenne. Considérez-vous qu’il y a une inadaptation au marché ?
Stuart Collingwood : La Commission européenne privilégie clairement un standard unique à adopter sur l’ensemble de son territoire. Ce qui est tout à fait cohérent dans une perspective réglementaire. Cependant, la technologie est souvent en avance sur la réglementation et les intérêts commerciaux divergent souvent de ceux des législateurs.

Il n’y a pas que le DVB-H qui soit mis en avant : Qualcomm favorise sa norme MediaFLO et il existe d’autres formats concurrents tels que le DMB qui sont fortement supportés par les sociétés qui les ont créées. Quoiqu’il en soit, avec l’augmentation d’équipements disposant de connexions IP et d’infrastructures à large bande partout en Europe (à la fois sans fil et fixe), Sling est convaincu qu’il est logique d’adopter une solution reposant sur le protocole IP et qui permette aux utilisateurs d’accéder à leurs contenus favoris sur une gamme étendue d’équipements. Ces pré-requis ne sont, à notre avis, satisfaits par aucune des normes de diffusion promues par d’autres sociétés.

ITespresso.fr : Quel est le défi de la TMP pour Sling Media ?
Stuart Collingwood : Sling, comme je l’ai dit précédemment, a développé des technologies de pointe – à la fois en termes de streaming vidéo et d’applications pour équipements mobiles- afin que les utilisateurs puissent mettre facilement en place un moyen de regarder la télévision qu’ils ont déjà à la maison.

Tout ce dont ils ont besoin, c’est une Slingbox et la version du Sling Player Mobile adaptée à leur smartphone, et bien sûr d’une connexion données. Le principal défi pour Sling Media est de sensibiliser les consommateurs au concept de “place-shifting” [voir encadré en bas de l’article, ndlr] et ce que cela signifie pour eux. C’est un concept relativement nouveau : cela demande un peu de temps pour qu’il fasse son chemin et influe sur la vie des gens.

ITespresso.fr : Vous vivez à Londres. Quelle est l’offre de la TMP au Royaume-Uni actuellement ?
Stuart Collingwood : Le Royaume-Uni dispose de bouquets de télévision auxquels vous pouvez souscrire auprès d’éditeurs de télévision ou d’opérateurs mobiles – mais aucun n’est disponible sur une plate-forme de diffusion. Le DBV-H n’est pas parvenu à générer de l’intérêt au Royaume-Uni. Mais bien sûr il y est possible d’utiliser une SlingBox et notre logiciel pour mobiles de façon à regarder votre propre télévision. De très nombreuses personnes le font d’ailleurs au quotidien.

Time shifting : explication de texte
La notion de “place-shifting” est à rapprocher de celle de “time shifting” (possibilité de regarder “plus tard” un contenu enregistré par exemple).

Le “place-shifting”, correspond plutôt au fait de regarder et de contrôler (en live ou pas, mais de manière instantanée) un contenu distant, que ce soit par Internet ou une connexion 3G.

Typiquement, la SlingBox Pro permet de connecter jusqu’à quatre équipements qu’il est possible ensuite de contrôler via un émetteur infra-rouge piloté à distance depuis la télécommande virtuelle disponible via un navigateur (Firefox ou Internet Explorer), ou la télécommande du Sling Player (mobile ou non).


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