Terminaux mobiles et antennes-relais : quels risques pour la santé ? (volet 1)

Mobilité

A l’occasion d’une table ronde à l’Assemblée nationale, un panel d’experts de divers horizons a fait le point sur ce sujet très polémique.

Incertitude, précaution, prudence, vigilance… Ces termes reviennent souvent dans la bouche des experts qui étudient les impacts potentiels de la téléphonie mobile sur la santé. Une table ronde organisée le 8 novembre dans le cadre des troisièmes Rencontres parlementaires “Santé et environnement” a permis de faire le point sur ce sujet qui suscite de nombreuses polémiques entre experts, associations de consommateurs et opérateurs mobiles.

“Prudence, sagesse et gestion des risques”

Daniel Raoul, qui a présidé cette table ronde, se préoccupe de ce sujet depuis plusieurs années déjà. En 2002, ce sénateur (PS) de Maine-et-Loire a été le rapporteur d’une étude intitulée “L’incidence éventuelle de la téléphonie mobile sur la santé”.

Il en a rappelé les principales conclusions : il faut avoir recours “à une attitude de prudence et de sagesse plutôt qu’au principe de précaution tel qu’il est défini par la Commission européenne”. “Les mesures de prudence doivent en tout état de cause être conformes aux principes généraux de bonne gestion des risques”, a-t-il rappelé en guise d’introduction au débat.

Création de la Fondation Santé et Radiofréquences

Des efforts de communication et de recherche scientifique ? en France et dans le monde – ont été fournis pour tenter d’apporter des réponses à ces questions. La dernière initiative recensée dans l’Hexagone remonte au début de l’année 2005 avec la création de la Fondation Santé et Radiofréquences.

Selon son président Pierre-Noël Favennec (un ancien ingénieur du CNET, devenu France Télécom R&D), il s’agit d’une “structure indépendante de soutien à la recherche”, dotée d’un conseil d’administration et d’un conseil scientifique (médecins, biologistes, sociologues?). Celui-ci élabore les grandes orientations des recherches dans le domaine, lance les appels à projets et définit les programmes de diffusion des travaux dans un but pédagogique.

Les premiers appels à projets vont débuter entre mars et avril 2006. Elément intéressant  outre la téléphonie mobile, la fondation devrait également s’intéresser aux impacts sur la santé des nouvelles technologies sans fil qui s’ancrent dans notre vie quotidienne (notamment le Wi-Fi et bientôt le WiMax).

Des doutes sur l’indépendance des travaux

La fondation dispose d’un budget de 4,8 millions d’euros sur cinq ans. Son financement est assuré à parts égales par l’Etat et les groupes industriels. La participation de ces derniers n’a pas manqué de soulever des interrogations sur l’indépendance de la Fondation. Pierre-Noël Favennec a balayé ces critiques en s’engageant à diffuser une “information fiable et compréhensible”.

En qualité de représentante de la communauté scientifique, Martine Hours, chargée des recherches à l’INRETS (1), a établi une synthèse des dernières études dans le domaine de la santé et des radiofréquences. L’experte est qualifiée puisqu’elle est la présidente du groupe scientifique ayant rendu un rapport de l’AFSSET (2) sur le thème “Téléphonie mobile et santé” en février 2005.

Martine Hours a indiqué que les études épidémiologiques portant sur le lien entre tumeurs au cerveau et usage de la téléphonie mobile sont “très peu nombreuses”. Et celles qui ont été publiées se sont révélées “négatives”, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas pu prouver un lien de cause à effet. “Il reste toutefois des problèmes de questions méthodologiques sur la puissance statistique, les indicateurs d’expertises et le manque de recul”, tempère la chargée de recherches.

Attente du rapport international Interphone

Des études récentes scandinaves ont montré “quelques risques relatifs significativement augmentés” sur les neurinomes (3) et les gliomes (4). Parallèlement, la grande majorité des études expérimentales, “généralement de bonne qualité” ne montrent pas d’effets sur la santé. Tout juste “quelques effets sur l’activité cérébrale mais sans traductions pathologiques”, précise Martine Hours. Elle remarque également que des études sur les barrières hématoencéphaliques donnent des “résultats contradictoires”.

La communauté scientifique attend beaucoup de la prochaine publication du rapport Interphone sur le sujet de la radiofréquence et de la santé. Treize pays ont participé à l’élaboration de cette étude épidémiologique, ce qui devrait permettre de dégager des grandes tendances plus affinées.

Des pistes non explorées

En attendant, Martine Hours rappelle qu’il existe des domaines encore inexplorés sur les effets des champs électromagnétiques et des radiofréquences. Quid de la sensibilité des enfants sur une durée d’exposition plus longue ? Quel est l’impact sur les maladies neuro-dégénératives ? Le stress au travail est-il un facteur de risque ?

En guise de recommandations, Martine Hours estime, que fautes de données fiables, il n’y a pas lieu à interdire l’usage du portable. Pour les piétons, elle préconise toutefois l’usage des kits mains libres. Elle rappelle un fait avéré en ce qui concerne les automobilistes : l’usage du mobile au volant – une pratique interdite par la loi avec ou sans kit – entraîne une baisse de la vigilance du conducteur.

Publication de la deuxième partie de l’enquête dans l’édition de Vnunet.fr en date du 12 décembre 2005 : les points de vue des associations de défense des consommateurs et des opérateurs mobiles

(1) Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité

(2) Agence de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail

(3) Tumeur bénigne des nerfs périphériques, crâniens et rachidiens (Source: Futura-sciences.com)

(4) Tumeur provenant des cellules de soutien du cerveau (Source: Futura-sciences.com)


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