Tetris aide à comprendre la mémoire

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Une étude sur le fonctionnement de la mémoire humaine, publiée dans la prestigieuse revue Science, s’appuie sur des travaux menés sur les rêves d’amnésiques ayant joué à Tetris. Ce jeu au succès incontesté trouve des applications insoupçonnées !

Les gros joueurs le savent : il n’est pas rare qu’après des parties effrénées devant son écran, on en rêve la nuit. Partant de cette constatation, Robert Stickgold, chercheur au laboratoire de neurophysiologie de la Harvard medical school, a élaboré une expérience menée sur des patients amnésiques qu’il a fait jouer à Tetris, le célèbre jeu d’assemblage de formes géométriques. Le but était de comprendre comment le cerveau utilise les rêves pour organiser la mémoire. L’étude a donné lieu à une publication dans la revue Science.

Comme dans toute expérience menée scientifiquement, un protocole rigoureux a été observé. Trois groupes ont été constitués : les amnésiques, au nombre de 5, 12 “novices” ne connaissant pas le jeu, et 10 “experts” possédant à leur actif entre 50 et 500 heures de Tetris, mais n’ayant pas joué depuis plusieurs années. Les patients amnésiques souffraient tous d’une lésion de l’hippocampe, une région du cerveau.

Durant 3 jours, tous les “cobayes” jouaient deux heures dans la journée, une le matin, une le soir. Comme on pouvait s’y attendre, le score des personnes souffrant d’amnésie ne s’est pas beaucoup amélioré au fil des parties, partant d’une moyenne de 537 points par partie à 884 à la fin. Ceci alors que les “novices” passaient de plus de 750 de moyenne à près de 4 000. Les parties des “experts” affichaient de leur côté 3 500 points au départ pour atteindre près de 4 500 au final.

Mais le plus intéressant survient dans la suite de l’étude. Trois des cinq amnésiques se sont souvenus avoir visualisé des images de Tetris chacun au total 8 fois sur les trois nuits, ce qui correspond aux résultats des autres groupes. “J’étais juste en train d’imaginer ces formes et d’essayer de les aligner”, raconte un des amnésiques. Le deuxième rapporte avoir “pensé à des petits carrés descendant sur un écran et essayé de les mettre à leur place,” tandis que le dernier dit avoir vu “des images sur le côté, je ne sais pas d’où elles venaient, j’aimerais m’en souvenir, mais elles ressemblaient à des blocs.”

Aucun d’entre eux n’a été capable de faire le rapprochement entre ces images et le Tetris. Le matin, ils ne se souvenaient pas avoir joué la veille, mais décrivaient des rêves incohérents. “Un amnésique peut vous dire ce qu’il désire manger au petit déjeuner, en revanche il est incapable de vous dire ensuite ce qu’il a mangé”, explique le docteur Stickgold.

Le chercheur a aussi demandé aux trois groupes de lui rapporter des pensées relatives à Tetris intervenues pendant le sommeil. Les “novices” et les “experts” avaient un score comparable, tandis que les amnésiques ne se souvenaient quasiment d’aucune évocation du jeu.

Une donnée importante de l’étude provient des “experts”. Deux des cinq qui disent avoir vu des images de Tetris affirment que certaines provenaient d’anciennes versions du jeu auxquelles ils n’avaient pas joué depuis un an pour l’un et cinq pour l’autre.

Robert Stickgold estime que le rêve est un moyen pour le corps d’ordonner la mémoire, de classer les événements des jours précédents. Les rêves étranges décrits par les amnésiques pourraient selon lui être dus à l’incapacité pour le cerveau de croiser la mémoire récente avec celle plus ancienne, absente dans leur cas. Ce qui l’amène, dans les conclusions de son étude, à affirmer que ces résultats confirment un peu plus l’existence de deux régions distinctes du cerveau jouant des rôle différents dans la mémoire. Après ça, on ne jouera plus jamais à Tetris comme avant !

Pour en savoir plus  :

* Le résumé et les références de la publication

* Les thèmes de recherche de Robert Stickgold


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