Uber s’engage à parler de ses tarifs avec les chauffeurs

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Uber convie les organisations représentatives de ses partenaires chauffeurs à une réunion le 15 mars prochain. Sa politique tarifaire sera au menu.

« Il faut différencier une négociation et une simple invitation à boire du thé. »

Ainsi le Syndicat des Chauffeurs Privés-VTC avait-il accueilli la proposition qu’Uber France lui avait faite, la semaine passée, de participer, ce mercredi 22 février 2017, à une commission pour « aborder le sujet des partenaires chauffeurs en difficulté ».

Dénonçant un ordre du jour défini de manière latérale afin d’élider la question des tarifs si prégnante chez les conducteurs partenaires, l’organisation rattachée à l’Unsa avait déploré une « carence de réponse » face à sa « volonté d’élaboration d’un dialogue constructif ».

Elle a tout de même pris part à la réunion, qui s’est tenue à la date indiquée, dans un hôtel du 19e arrondissement de Paris.

La direction d’Uber France s’y est, d’après l’AFP, engagée à aborder ladite question des tarifs à l’occasion d’un rendez-vous ultérieur ; en l’occurrence, le 15 mars.

Uber fait ses commissions

En présence d’un « conciliateur » envoyé par le ministère des Transports, les discussions avec les cinq associations représentatives des chauffeurs (Actif-VTC, CAPA VTC, CFDT, UDCF et le SCP-VTC) ont notamment porté sur les conditions de déconnexion de la plate-forme.

Jacques Rapoport a évoqué cette problématique dans le rapport publié à l’issue de sa mission de médiation commandée par le gouvernement. Il a constaté « un écart entre les pratiques présentées par les plates-formes et la perception qu’en ont les chauffeurs ».

Face à ce que le médiateur qualifie d’« épée de Damoclès », la branche française d’Uber propose de subordonner toute décision de déconnecter un chauffeur à un examen préalable, sauf pour les « cas graves ». Elle se dit prête à intégrer, au sein du « panel d’appels » qui procéderait à cet examen, les associations représentatives.

Autre point abordé ce mercredi : le fameux « dispositif financier, technique et humain d’envergure » qu’Uber compte établir pour remédier aux problèmes des chauffeurs en difficulté. Sa mise en œuvre serait amorcée « dès la semaine prochaine », à destination des partenaires qui n’atteignent pas, conformément aux conclusions du médiateur, un niveau de rentabilité suffisant.

Les chauffeurs concernés seraient ceux dont le chiffre d’affaires horaire brut est en deçà de 21 euros – sachant qu’Uber affirme qu’il y a « une petite marge de manœuvre ». Il s’agira d’accompagner leur professionnalisation et de leur apporter un complément financier temporaire.

Allô l’État ?

Du côté de Jacques Rapoport, on suggère que la chaque situation individuelle soit examinée par une commission consultative composée, entre autres, de chauffeurs actifs sur la plate-forme et désignés par les organisations représentatives – les cinq sus-évoquées et Alternative Mobilité Transport.

Aux dernières nouvelles, Uber n’est pas tout à fait sur la même ligne, privilégiant des chauffeurs tirés au sort et qui, d’après le SCP-VTC, seraient « obligatoirement en activité quasi exclusive [avec la plate-forme] depuis 12 mois ». La commission n’aborderait par ailleurs que les cas des chauffeurs connectés au moins 50 heures par semaine* et régulièrement actif sur les 6 mois écoulés.

Justifiant l’augmentation de sa commission pour frais de service (passée, en décembre dernier, de 20 % à 25 %, catalysant la fronde des chauffeurs) par les « énormes dépenses » consenties dans sa plate-forme qui a « permis à un grand nombre de consommateur qui n’avaient pas accès au transport particulier d’en bénéficier », Uber impute les difficultés des chauffeurs aux charges auxquelles ils font face.

Son porte-parole Grégoire Kopp l’expliquait la semaine passée à Libération, dans le cadre d’une interview croisée avec Sayah Baaroun, secrétaire général du SCP-VTC. À cette occasion, il appelait les pouvoirs publics à étendre les droits sociaux liés au statut d’indépendant, auxquelles les chauffeurs Uber seraient « très attachés ».

L’article 60 de la loi Travail ouvre une voie en mettant à la charge des plates-formes numériques des obligations de financement en matière de formation et de couverture des accidents du travail.

* D’après les calculs de Jacques Rapoport, un chauffeur peut dégager un revenu net mensuel d’environ 1 700 euros. Mais il doit pour cela être placé sous le statut d’indépendant, travailler 60 heures par semaine « à l’instar de ce qui prévaut pour nombre de taxis parisiens », n’être ni malade ni accidenté, ne pas prendre de congés annuels et utiliser plusieurs plates-formes VTC.

Crédit photo : page Facebook Uber France


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