UberPOP : la mobilisation musclée des taxis résonne jusqu’à Matignon

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Manuel Valls s’apprête à recevoir les syndicats de taxis après l’appel de Bernard Cazeneuve à faire interdire sans délai l’application UberPOP en France.

C’est l’effervescence sur les réseaux sociaux autour des hashtags #Uber et #UberPOP.

Une agitation à la hauteur des événements : plusieurs milliers de taxis (2800 selon une source policière) sont mobilisés ce jeudi dans toute la France pour dénoncer la « concurrence déloyale » de l’application UberPOP, qui met en relation des passagers et des conducteurs non professionnels assurant le transport avec leur propre véhicule.

Pneus crevés à Nice, pierres lancées sur des voitures de particuliers à Paris, véhicules renversés à Marseille, chauffeurs de taxis qui « se sont fait rouler dessus » par des VTC et vice versa… Les incidents se sont multipliés depuis l’ouverture officielle de la mobilisation, ce matin à 6 h. Les forces de l’ordre ont d’ailleurs dû procéder à plusieurs arrestations, d’après les témoignages remontant sur Twitter.

De Lyon à Bordeaux en passant par Nantes, Toulouse, Lille ou Strasbourg, de nombreuses villes sont le théâtre d’opérations escargot. Le trafic y est fortement perturbé, sur des portions d’autoroutes, dans les centres-villes ou encore aux abords des gares et des aéroports.

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La twittosphère est globalement plus favorable à Uber.

En première ligne, Orly et Roissy (situés en Ile-de-France, où se trouve le coeur du mouvement). Les taxis y ont dressé des barrages qui filtrent les accès à la recherche de chauffeurs Uber.

Mais les blocages s’étendent bien au-delà des aérogares : vers 8 h 30, Bison Futé recensait 210 km de bouchons cumulés dans la région. Si bien que ceux qui avaient un avion à prendre ont souvent terminé le trajet à pied, avec leurs valises.

Dès 7 h, le périphérique parisien avait été fermé dans les deux sens sur sa partie ouest – entre les portes Dauphine et de Champerret – pour permettre aux CRS d’intervenir sur les barrages mis en place par les taxis… dont la colère a été tournée en dérision sur Twitter.

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La qualité de service ressort souvent dans les tweets pro-Uber.

Uber grand gagnant ?

La demande n’a pas tardé à se reporter sur Uber, aussi bien pour l’offre « classique » de VTC que pour la déclinaison UberPOP. Jusqu’à dépasser l’offre. L’entreprise californienne aurait profité de cet élan pour encourager, selon Les Échos, ses chauffeurs professionnels à basculer vers UberPOP, principalement pour se protéger contre toute décision de justice qui interdirait le recours aux chauffeurs amateurs.

Utilisé par près de 400 000 personnes en France selon les derniers chiffres officiels, UberPOP n’est toujours pas interdit en France, malgré les irrégularités dénoncées par les taxis et les exploitants de VTC concurrents au regard de la loi Thévenoud du 1er octobre 2014. La cour d’appel de Paris, qui devait se prononcer fin mars, a finalement reporté sa décision au mois de septembre.

Pour Yann Ricordel, « Il faut faire respecter les lois de la République » et suspendre UberPOP. Sur LCI, le directeur général de la société Les Taxis Bleus en appelle « à la responsabilité des dirigeants d’Uber pour que le service soit gelé en attente de la décision finale du tribunal ».

Mais qu’incriminent exactement les taxis ? Le fait que les chauffeurs UberPOP ne paient ni cotisations sociales, ni impôts, ne soient pas assurés professionnellement et n’aient aucun agrément. Assez, selon Abdel Ghalfi, représentant CFDT, pour justifier la « radicalité » du mouvement d’aujourd’hui.

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Certains interpellent les taxis sur la question du paiement par CB.

Même son de cloche chez son confrère de la CGT René Pierre-Jean, qui confie au Figaro : « UberPOP est illégale. C’est la loi et il faut la faire respecter. Nous n’avons pas l’impression que le gouvernement est volontaire en la matière ».

Sur France 2, Marine Le Pen ne se montre pas plus tendre à l’égard de l’exécutif. La présidente du Front national « comprend la colère des chauffeurs de taxis » et pointe du doigt la « lourde responsabilité du gouvernement », qui « laisse depuis des mois pourrir la situation ».

Elle ajoute : « Vous imaginez des gens qui ont acheté une licence 240 000 euros pour pouvoir travailler […] et on les met, d’un coup d’un seul, en concurrence avec des gens qui n’ont aucune norme à respecter, qui n’ont jamais acheté aucune licence ? ».

Et de conclure : « En Italie, ils ont réglé le problème en accordant aux chauffeurs de taxis une deuxième licence gratuite pour leur permettre de démultiplier leur outil de travail ».

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Des débordements dans la mobilisation…

De la responsabilité

Claude Bartolone est tout aussi catégorique. Sur BFMTV, le président (PS) de l’Assemblée nationale explique : « Même si c’est une profession qui évolué, ça ne peut pas être la loi de la jungle ».

Il est secondé par Christian Estrosi. Pour le maire de Nice, « même si nous savons tous que la profession de taxi a besoin […] d’être restructurée, nous ne pouvons pas la laisser déstabiliser par une concurrence tout à fait déloyale ».

Du côté du parti Les Républicains, on dit comprendre la colère et la mobilisation des taxis, « mais pas leur violence », comme le résume sur iTELE la porte-parole Lydia Guirous.

Invité sur RTL, le député de Paris et ex-ministre UMP François Fillon déclare : « C’est la chienlit aujourd’hui. […] On avait fini la prise en otage par les syndicats – en général de gauche – des systèmes de transport public. Ce serait tout à fait scandaleux que ce soient les taxis qui prennent la suite de la CGT ».

Dans le même temps, Thomas Thévenoud, député PS de Saône-et-Loire et à l’origine de la loi destinée à réguler l’équilibre concurrentiel entre taxis et VTC, appelle sur France Info « au calme et à la responsabilité des taxis ».

il poursuit : « UberPOP, c’est du taxi clandestin. Il y a un article 12 dans la loi qui porte mon nom qui interdit explicitement UberPOP. Ce n’est pas qu’un problème franco-français : UberPOP a été interdit dans de nombreuses villes partout dans le monde [dernièrement, Rome et New Delhi, ndlr] ».

Face aux tensions palpables dans la capitale, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a demandé au préfet de police de Paris de prendre un arrêté interdisant l’activité d’UberPOP. Les syndicats de taxis seront reçus cet après-midi à Matignon.

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La position du gouvernement n’est pas appréciée de tous.

Crédit photo : Ilona Ignatova – Shutterstock.com


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