UFC – Que choisir : « Pour que la fibre décolle, il semble nécessaire de tuer le cuivre »

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Interview d’Edouard Barreiro, chargé de mission TIC à l’UFC Que-Choisir, sur la fibre et la montée en débit. L’association de défense des consommateurs veut faire des propositions « Internet haut débit pour tous ».

Alors que la montée en débit traîne des pieds, l’UFC Que-Choisir prend position pour encourager le développement du haut débit pour chaque citoyen.

Tout en prenant position sur le déploiement de la fibre jusqu’à l’abonné (Fiber-to-the-Home ou FTTH).

L’association de défense des consommateurs souhaite que chaque Français puisse bénéficier d’un accès Internet haut débit, peu importe sa situation géographique et sociale.

D’un point de vue technique, entre 450 000 et 600 000 lignes seraient toujours en zones blanches (impossibilité de bénéficier d’un accès haut débit par les lignes cuivres).

Interview d’Édouard Barreiro, le chargé de mission en charge des questions TIC pour le compte d’UFC-Que Choisir. (réalisée le 08/06/2010)

ITespresso.fr : En matière de haut débit pour tous, considérez-vous que les objectifs et actions du gouvernement sont insatisfaisantes ?
Edouard Barreiro : Dans un premier temps, nous souhaitons que l’accès haut débit soit inscrit comme un service universel mais à terme, ce droit doit être étendu au très haut débit, notamment le support fibre. Mais à ce jour, il faut s’attaquer à l’existant et comprendre que 450 000 lignes restent toujours privées d’accès haut débit. Parmi les mesures pour corriger cette inégalité, je citerais l’exemple de la Finlande dont le décret n°732/2009 entré en vigueur le 15 octobre 2009, contraint les opérateurs à proposer aux 5,3 millions de citoyens finlandais un accès à une connexion de 1 Mbit/s minimum. Cette obligation entrera en vigueur à partir de juillet 2010, et sera étendue au très haut débit dès 2015. Chaque consommateur pourrait alors exiger une connexion à 100 Mbit/s minimum. Nos voisins espagnols ont suivi un chemin similaire (sans toutefois prendre en compte l’évolution vers le très haut débit) et l’Angleterre également par le biais d’un « Universel Broadband commitment » (un engagement de service « haut débit universel »). L’UFC demande pour sa part au gouvernement que tous les consommateurs aient le droit de bénéficier d’un accès à Internet, avec un débit minimum fixé à 2 Mbit/s à l’horizon 2012.

ITespresso.fr : Nicolas Sarkozy veut généraliser le très haut débit d’ici 2025… Pensez-vous que cet objectif soit réaliste sans recréer de fracture numérique entre les territoires ?
Edouard Barreiro : Le risque de recréer une fracture numérique existe et nous devons à tout prix éviter cela. Le fait d’imposer un débit minimum dès aujourd’hui sur une technologie haut débit ne doit pas créer les conditions d’une nouvelle fracture numérique dans le futur. C’est pour cette raison que nous demandons à ce que la montée en débit soit intégrée dans un programme plus large qui prévoit à terme (2020?) que le débit minimum exigible soit représentatif du très haut débit, tout comme l’a fait la Finlande. De plus, les technologies utilisées aujourd’hui pour la montée en débit doivent être évolutives pour une progression vers le très haut débit. C’est pour cela, par exemple, que la fibre doit être privilégiée chaque fois que cela est possible, même s’il s’agit juste de tirer un câble entre un répartiteur et un sous-répartiteur.

ITespresso.fr : Les conditions de déploiement fixées par l’ARCEP sont-elles cohérentes ?
Edouard Barreiro : Il semble absolument nécessaire de discuter en profondeur des modalités du déploiement de la fibre dans les zones 2 [d’une densité géographique moyennement dense, ndlr] et 3 [zones rurales]. Voire dans certains points de la zone 1 [les plus grandes villes dont Paris] où les densités de population sont manifestement insuffisantes pour le schéma de l’ARCEP (mutualisation en pied d’immeuble et multi-fibres). Dans les zones 2 et 3, nous pourrions envisager un seul réseau ouvert à tous les opérateurs, ce qui serait plus judicieux que de multiples infrastructures dont les conditions d’ouverture à la concurrence restent à évaluer. Et dans la zone 1 où la densité de la population est insuffisante (voire dans certaines villes de la zone 2), une mutualisation en amont du réseau – et pourquoi pas dans certains cas dans un nœud de raccordement optique NRO) – doit être sérieusement envisagée.

Lire la fin de l’interview page 2