UFC – Que choisir : « Pour que la fibre décolle, il semble nécessaire de tuer le cuivre »

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Interview d’Edouard Barreiro, chargé de mission TIC à l’UFC Que-Choisir, sur la fibre et la montée en débit. L’association de défense des consommateurs veut faire des propositions « Internet haut débit pour tous ».

ITespresso.fr : Le cuivre pourrait-il financer la fibre ?
Edouard Barreiro : Le cuivre, parce qu’il est très rentable pour tout le monde (via les offres ADSL), est un frein au développement de la fibre. De plus, Orange tire une rente exceptionnelle de la location de sa boucle de cuivre (ce qui est anormal puisqu’il s’agit d’une facilité essentielle, ce qui signifie que son prix doit converger vers son coût). Par conséquent, pour quelles raisons l’opérateur historique renoncerait à cette manne qui tombe du ciel sans le moindre effort ? Pour quelles raisons les alternatifs s’épuiseraient-ils dans une course à la fibre si le leader Orange ne se donne pas cette peine? Dès lors, pour que la fibre décolle enfin, il semble nécessaire de tuer le cuivre tout en s’assurant de faire converger les incitations des différents acteurs.

ITespresso.fr : Que faire pour que la fibre supplante le cuivre dans ce cas ?
Edouard Barreiro : Si le prix du cuivre baisse, il devient nettement moins intéressant pour Orange mais la rentabilité de l’ADSL pour les alternatifs augmente mécaniquement (le coût du dégroupage baisse) de manière significative. Orange sera peut être plus incité à investir dans la fibre mais les autres opérateurs freineraient des quatre fers. Par conséquent la solution est la suivante : maintenir un prix facial du cuivre à son prix actuel, mais ne verser dans les caisses d’Orange qu’une partie de la somme collectée (représentative des vrais coûts d’Orange). Le différentiel est injecté dans le financement de la montée en débit, pour que cette dernière soit possible. La boucle cuivre est aujourd’hui facturé 9 euros mais certains éléments nous permettent de penser que son coût ne dépasse pas 7 euros, et certains experts du secteur estiment même qu’il n’excède pas 5 euros. Ce qui signifie que l’on pourrait dégager chaque année entre 800 millions et 1,6 milliard pour financer la montée en débit et le très haut débit! Par conséquent, une telle mécanique créerait les meilleures conditions possibles pour parvenir à la montée en débit mais aussi pour un déploiement effectif de la fibre. D’ailleurs, l’Angleterre réfléchit à quelque chose de similaire, puisqu’il est question dans le plan Digital Britain de prélever 50 pens par ligne pour financer la fibre. Les montants ne sont pas les mêmes, mais la rente de l’opérateur historique français le justifie!

ITespresso.fr : Que pensez-vous de la solution NRA-ZO proposée par France Telecom pour « la montée en débit » ?
Edouard Barreiro : C’est une rustine, qui plus est financée par les collectivités. Nous préfèrerions que l’argent public soit plutôt investi dans des projets qui privilégient le long terme. De plus, il n’est pas certain que ce soit la meilleure situation pour le consommateur dans la mesure où ces infrastructures ne sont pas ouvertes, n’assurent pas une qualité minimale équivalente à tous les consommateurs et ne préservent pas la concurrence.

ITespresso.fr : Quelles sont vos propositions pour favoriser l’accès Internet pour chaque citoyen ?
Edouard Barreiro : Nous allons militer pour un service Internet universel, intégrant un minimum « social » à prix planché, c’est à dire une connexion avec le débit maximum techniquement possible (mais avec au moins 2 Mbit/s) et des appels illimités en France. De plus, pour les consommateurs les plus démunis, cet abonnement minimal pourra faire l’objet d’un subventionnement comme c’est le cas aujourd’hui pour l’abonnement téléphonie fixe (le service universel télécoms). Internet est devenu indispensable et nous pensons que le prix ne doit pas être un frein pour accéder à ce réseau qui offre comme vous le savez une infinité de contenus et autres services dont nous pouvons avoir besoin dans notre quotidien. Un demandeur d’emploi qui a de très faibles moyens doit pouvoir diffuser son CV, recevoir des offres ou répondre à ses courriers électroniques et passer des appels depuis son domicile sans nécessairement se rendre dans une agence pôle emploi. Ce même demandeur d’emploi a peut être aussi envie de créer son auto-entreprise. L’UFC-que Choisir travaille sur ce sujet et dispose de propositions concrètes pour le droit à l’accès Internet qui seront présentées prochainement.