Une bonne campagne de pub pour réduire la fracture numérique

Mobilité

A travers une campagne visant à promouvoir Internet, le gouvernement espère séduire les derniers réticents : les indifférents et les revenus modestes. La réduction de la fracture numérique est-elle vraiment en marche ?

“Internet, c’est le moment de vous y mettre !” Comme annoncé fin octobre, le gouvernement a lancé sa campagne de promotion de l’Internet, lundi 1er décembre 2003. Intitulée “Internet déclaré d’utilité tout public”, cette campagne orchestrée sous l’égide des ministères de l’Industrie et de la Recherche vise à “promouvoir l’intérêt et les usages de la micro-informatique et de l’Internet, auprès des Français peu ou pas équipés, principalement, les seniors, les femmes, les ménages à revenus modestes et les moins diplômés”. Les personnes âgées, la gente féminine et les ignorants sauront apprécier l’intérêt que leur porte le gouvernement juste avant les fêtes.

Pas moins de sept spots radio diffusés en 145 passages sur une quinzaine de jours, cinq millions de brochures distribuées dans les lieux publics, administrations, bureaux de poste ainsi que dans certaines enseignes spécialisées dans les produits d’électroménager et d’informatique et 40 000 affiches (sans oublier les CD audio fournis à 800 radios locales) ont été déployés pour convaincre du bien-fondé de s’équiper en ordinateur. Car si la France compte 21 millions d’internautes pour 10 millions de foyers équipés de machines, “une partie de la population française reste encore à l’écart de ce média dont l’importance ne cesse de croître”. Et, aux yeux du gouvernement, c’est bien dommage car “l’accroissement rapide de la population d’internautes en France conduit à une profonde modification des profils types de consommateur du Web”. Il ne faudrait pas qu’une partie de cette population ne puisse pas consommer comme l’autre.

Moins de 760 euros par mois

Au delà des catégories socioprofessionnelles évoquées précédemment, les études évoquent deux grands types de réfractaires au Net et à la micro-informatique en général : ceux qui y sont définitivement indifférents et ceux qui, gagnant moins de 760 euros pas mois, n’ont pas les moyens de s’équiper. C’est cette population que la campagne vise à convaincre de l’intérêt qu’Internet présente comme “média de masse”. S’il est encore possible de séduire les plus réticents ou méfiants (et encore, il n’y a pire sourd…), il faudra cependant que le gouvernement nous explique comment il compte convaincre une famille qui touche moins de 800 euros par mois d’investir au minimum 900 euros rien que dans une machine, sans compter le coût des connexions, sauf à la pousser à s’endetter. Peut-être que des mesures d’aides ou des incitations fiscales auraient été plus judicieuses.

A se demander surtout dans quelle mesure cette stratégie de communication qui “constitue une initiative forte et originale pour engager très concrètement la réduction de la fracture numérique dans ses dimensions sociale et géographique” ne profitera pas avant tout à la quarantaine d’acteurs privés (constructeurs, éditeurs, fournisseurs d’accès…) partenaires de l’opération. Après tout, c’est bientôt Noël et eux aussi ont droit à leur cadeau.


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