L’usage du smartphone en traversant la rue : une distraction dangereuse

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Selon une étude Dekra, 17% des piétons dans six capitales d’Europe traversent la rue en étant distraits par leurs smartphones. Un manque de vigilance périlleux.

On parle beaucoup des dangers de l’usage du téléphone au volant. Mais le cas du piéton scotché à son écran de smartphones en traversant la route est tout autant préoccupant.

Selon une étude* présentée en avril par DEKRA Accident Research (institut rattaché au groupe allemand spécialisé dans les contrôles techniques pour les véhicules) dans 6 capitales européennes (dont Paris), près de 17% du panel de piétons qui a servi pour l’étude (14 000 personnes) ont des comportements dangereux avec leur téléphone en se déplaçant dans la rue en pleine circulation.

8% d’entre eux envoient des SMS (ou communiquent par messagerie instantané, peut-on imaginer comme scénario alternatif) en traversant la rue. 2,6% passent un appel et 1,4% font les deux simultanément.

Autre enseignement : environ 5% d’entre eux ont mis un casque ou des oreillettes sur leurs têtes et marchent sans parler (ce qui suggère qu’ils écoutent de la musique).

Les usages sont différents en fonction des tranches d’âges et du sexe : le smartphone activé bien en main concerne surtout les 25-35 ans, selon DEKRA Accident Research. Si les femmes préfèrent les SMS en traversant, les hommes privilégient plutôt la musique.

Peut-on observer des grandes différences entre les capitales ? Pas vraiment, estime l’institut. En moyenne, 8,2% des piétons sont plongés dans leurs smartphones en traversant la route à Amsterdam. Les Romains restent aussi en retrait (10,6%) in Rome.

Mais, à Bruxelles, Paris et Berlin, on approche la barre des 15%. Seules les personnes se déplaçant à pied à Stockholm se distinguent vraiment avec un taux de 23,55% de distraction par smartphone.

Quitte à négliger les dangers de la route…Pourtant, toute personne en milieu urbain devrait se montrer plus raisonnable avec la « smartphone-mania ».

Car un accident de route sur 10 est lié au comportement inapproprié d’un passant. L’étude ne précise pas l’ensemble des causes des troubles de la circulation qui peuvent dépasser l’usage inadéquat du smartphone.

Vous voulez une statistique qui vous donne encore plus froid dans le dos ? Environ 22% des personnes qui décèdent après un accident automobile dans l’Union européenne est un piéton.

Prévention : La Sécurité Routière peut faire mieux

En 2013, le site ZerosTracas de la MMA avait fait référence à une étude d’un professeur de l’Ohio State University aux Etats-Unis, qui s’était penché sur le même sujet.

En analysant une base de données de services d’urgences des hôpitaux de l’Etat de l’Ohio dans la période 2004 – 2010, il s’était rendu compte que le nombre de piétons blessés en raison de l’utilisation de leur téléphone ne cesse d’augmenter : 1500 en 2010, 1055 en 2008 et 256 en 2004.

En 2015, une autre étude du constructeur Ford auprès de 10 000 piétons à travers toute l’Europe semblait démontrer qu’en France, plus d’un piéton sur deux utilisent leur smartphone au moment de traverser ! (via le Blog LegiPermis)

Bref, il vaut mieux prendre du recul sur des perceptions légères du phénomène. Mais il ne s’agit pas de le négliger car il existe vraiment.

Que fait la Sécurité Routière en France pour sensibiliser à ce problème ? Alors qu’en 2012, 482 piétons ont été tués et 12 000 blessés sur la voie publique pour des raisons diverses.

Dans un dépliant datant de 2013, la Sécurité Routière demande de « rester attentif » : « L’usage du téléphone portable est une source de déconcentration pour les piétons. Évitez de téléphoner en traversant », suggère-t-elle.

Autre consigne : « L’usage des baladeurs musicaux doit se faire à un volume qui permette d’entendre les véhicules, notamment dans la traversée de la chaussée. »

Mais, les risques pourraient s’accentuer avec l’essor des voitures électriques silencieuses d’un côté et l’usage renforcé des casques pour smartphones par les piétons de l’autre.

Faute de repères sonores et en s’isolant davantage pour se concentrer sur ses usages par terminaux mobiles, le piéton risque de faire encore moins attention à l’environnement urbain.

—– Méthodologie étude Dekra ————-

*Enquête menée par le département de recherche en accidentologie du groupe DEKRA (Stuttgart). L’observation a été réalisée auprès de 13 822 piétons du 30/06/2014 au 03/07/2014. Elle est loin d’être scientifique.

Plutôt basée sur des séries de constats effectués sur le terrain pour chaque capitale (Amsterdam, Berlin, Bruxelles, Paris, Rome et Stockholm).

Trois endroits différents par capitale ont fait l’objet d’une enquête d’identification du comportement des piétons vis-à-vis des smartphones.

Une équipe de 2 personnes, à chaque fois, a enquêté exclusivement à la lumière du jour (entre 9h et 19h) dans des lieux à proximité du centre-ville ville où les niveaux de densité de piétons sont les plus élevés (arrêts de bus, stations de métro ou gares). (Source méthodologie : Dekra)


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