Vente liée : il n’est “pas opportun de légiférer sur le sujet” selon Luc Chatel

Mobilité

Le secrétaire d’Etat chargé de la Consommation et du Tourisme s’oppose à l’amendement 240 du projet de loi “Consommation” sur ce point.

Arrivée sur le devant de la scène dans le projet de loi “Consommation” que les députés examinent depuis le 21 novembre, la question de la vente liée dans le domaine de l’informatique ne cesse de faire des remous.

Interrogé par Jean-Yves Le Déaut, député (PS) de Meurthe-et-Moselle, sur cette pratique, qui consiste à vendre ensemble le matériel et les logiciels, Luc Chatel, secrétaire d’Etat chargé de la Consommation et du Tourisme, indiquait le 21 novembre que “Beaucoup de fabricants proposent déjà des ordinateurs nus, ou fonctionnant sous le système d’exploitation gratuit Linux”, suscitant l’étonnement des défenseurs du libre.

Lundi 26 novembre, lors d’une nouvelle séance, le représentant du gouvernement a affirmé qu’il n’est “pas opportun de légiférer sur le sujet”, amenant ses opposants à critiquer ce qu’ils perçoivent comme un changement d’avis de sa part sur la vente liée.

Mission d’expertise confiée à la DGCCRF

Commençons par le débat sur l’amendement 240 (qui traite de la vente liée). Martine Billard, députée Verts de la 1ère circonscription de Paris, interpelle Luc Chatel : “Monsieur le secrétaire d’État, vous avez affirmé, lors de la discussion générale, qu’il était aujourd’hui possible d’acheter un ordinateur sans logiciel. Or, c’est impossible dans les établissements de la grande distribution, où le consommateur n’est pas en mesure de comparer les prix entre un ordinateur équipé et un autre qui ne le serait pas”.

La même poursuit : “La vente de logiciels pré-installés est une vente forcée, où la transparence des prix fait complètement défaut. En outre, si un logiciel d’exploitation est certes utile, d’autres logiciels le sont beaucoup moins, sans que le client sache combien il paie pour des outils dont il ne se servira peut-être jamais. [… ] Quand le consommateur pourra-t-il enfin acheter des ordinateurs non équipés sans avoir à passer par les magasins spécialisés ou Internet ?”.

Réponse du secrétaire d’Etat : “Le recours abusif aux accords d’exclusivité est déjà sanctionné ; la jurisprudence prend notamment en considération la situation de dépendance qui peut en résulter. Il n’est donc pas opportun de légiférer sur le sujet”.

Luc Chatel ajoute que “L’article 122-1 du code de la consommation interdit déjà la vente liée. Cette disposition n’est certes pas strictement appliquée par le juge, qui considère que le bon fonctionnement de l’ordinateur est primordial. Le Gouvernement a donc confié à la DGCCRF* une mission d’expertise, qui est suspendue mais reprendra lorsque seront connus les résultats de l’action intentée par une association de consommateurs [Ndlr : l’UFC Que Choisir] – soit au début de l’année prochaine. Nous verrons alors si la jurisprudence évolue.”

Revirement de position

Et Jean-Yves Le Déaut de s’étonner : “M. Chatel n’avait pas la même position lorsqu’il était député, puisque, comme un certain nombre d’entre nous, il avait alors posé une question écrite dans laquelle il demandait la lisibilité des prix du secteur informatique”.

En effet, le 15 mars 2005, l’actuel secrétaire d’Etat a posé une question à François Loos, le ministre délégué à l’industrie de l’époque, “sur la lisibilité des prix affichés dans les cas de ventes liées pour le matériel informatique”. Il estimait alors que “le prix [d’un] logiciel préinstallé (qui peut être théoriquement refusé par l’acheteur) n’est pas indiqué, ce qui laisse à croire que c’est une offre gratuite alors que l’on peut estimer le coût de ces logiciel à près de 25 % du coût total de l’achat.”

Luc Chatel demandait ensuite“s’il ne serait pas plus pertinent d’imposer un affichage qui distinguerait le prix de l’ordinateur et celui des logiciels préinstallés, ce qui permettrait une meilleure information du consommateur, qui pourrait dès lors choisir plus librement d’acquérir ces logiciels ou non.”

Deux années ont passé et le contexte est différent. N’empêche, selon une source associative, “l’action du secrétaire d’Etat Chatel n’a plus grand chose à voir avec celle du député Chatel. […] Les lobbies de la grande distribution ont fait leur travail”. Contacté par Vnunet.fr, le service de presse du secrétaire d’Etat chargé de la Consommation et du Tourisme n’a pas pu nous apporter une réponse avant la publication de cet article.

* Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes


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