Warner et Microsoft s’unissent contre le piratage

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Pour faire face à la baisse des ventes de disques, Warner France tente une expérience à travers un CD-Rom promotionnel du nouvel album de MC Solaar. L’occasion de tester la fiabilité des systèmes de protection numérique de Microsoft.

Mardi 25 novembre 2003, Warner Music France commencera la distribution de 300 000 CD-Rom promotionnels du nouvel album de MC Solaar, Mach 6, dont la sortie est attendue le 1er décembre 2003. Un CD-Rom multimédia en lieu et place d’un CD audio pour promouvoir un chanteur ? Et pourtant, ce sont bien des chansons que l’on retrouvera sur la galette argentée : un titre complet (La vie est belle) et six larges extraits de plus d’une minute. Mais ces fichiers, au format Windows Media Audio (WMA), comportent quelques restrictions de taille. D’abord, l’accès aux chansons est limité au 30 novembre 2003 à minuit. Ensuite, seules quatorze écoutes sont autorisées, au choix (soit deux écoutes par titre, quatorze d’un même morceau, etc.). Une fois le crédit épuisé, on peut renouveler la licence en se connectant sur les serveurs de MPO Online, filiale en ligne homonyme du fabricant de CD, qui délivrera jusqu’à deux nouvelles autorisations d’écoute. Pourquoi deux ? Pour mieux mesurer l’intérêt que porte le détenteur du CD-Rom envers l’artiste. Pour obtenir les licences supplémentaires, il faudra notamment saisir une adresse e-mail qui sera détruite, selon Warner France, une fois l’opération terminée. Mais, dans l’avenir, ce type d’opération pourrait tout à fait exploiter les données recueillies à des fins publicitaires.

Deux technologies de protection

Cette galette promotionnelle préfigure peut-être l’avenir de la musique sur support matériel. Confrontée à une baisse drastique des ventes (- 13 % en France sur les neuf premiers mois de 2003), l’industrie musicale se doit de réagir ou plutôt d’évoluer face à la dématérialisation des contenus audio (certaines études prévoient d’ici quelques années la disparition du support physique CD audio) et surtout face au piratage (même s’il n’explique pas à lui seul la baisse de consommation). A ce titre, le CD-Rom promotionnel de MC Solaar peut être considéré comme une expérience pilote. Deux technologies assurent la protection des morceaux musicaux : d’une part la gestion des droits numériques (DRM) opérée en amont par Microsoft avec sa technologie WMA, et d’autre part la protection Private Audio de MPO Online qui gère les licences et les droits associés en ligne à partir d’un identifiant unique présent sur le support. Ce qui devrait garantir la promotion de l’artiste sans que son oeuvre ne se retrouve sur les logiciels d’échanges avant même la sortie de l’album, tout en permettant au public de découvrir le produit avant de l’acheter. A condition toutefois de maîtriser les fuites “qui proviennent parfois indirectement de l’artiste lui-même”, reconnaît Eric Daugan, responsable des nouveaux médias chez Warner France et initiateur de l’expérience. D’ailleurs, chaque utilisateur pourra assurer lui-même la promotion de l’oeuvre en partageant le contenu du CD-Rom par e-mail ou sur les canaux P2P (ce qui, au passage, permettra de noyer les versions protégées parmi les copies illégales selon la technique du spoofing). Les autorisations d’écoute s’obtenant ensuite après demandee d’une licence auprès des serveurs de MPO Online.

Mais au-delà de l’expérience promotionnelle, laquelle s’adresse pour l’heure exclusivement à un public équipé d’un ordinateur sous environnement Windows (98, ME, 2000 et XP) avec le lecteur Windows Media Player (7.1 et plus), il n’est pas impensable d’imaginer que ces technologies de protection seront un jour appliquées à tous les CD audio. Lesquels, partagés en deux sessions, pourront contenir d’une part les fichiers audio au format habituel (.CDA) protégés contre la copie numérique mais lisibles sur un lecteur de salon, et d’autre part les fichiers compressés en WMA et protégés par les techniques de DRM pour être lus sur ordinateur. Stratégie envisagée depuis quelque temps par Microsoft et MPO (voir édition du 20 janvier 2003).) et récemment mise en application par Sony Music avec un disque pilote récemment lancé en Allemagne. “L’industrie musicale doit proposer une autre expérience de la musique à travers le développement d’offres innovantes”, estime Eric Daugan. Tout est donc envisageable pour assurer l’avenir de l’industrie musicale face à l’évolution imposée par les environnements numériques.

En attendant la loi sur le droit d’auteur…

En attendant, l’album Mach 6 sortira, lui, sans protection particulière. “Private Audio ne sera pas généralisé avant 2004”, prévient Philippe Thorel, président de MPO Online France. D’autant que cette technologie basée sur un identifiant unique par CD est difficile à mettre en oeuvre à l’échelle industrielle. Mais, surtout, les acteurs de la musique attendent le vote, en France, de la loi sur la protection des droits numériques prévue pour le printemps 2004 (projet de loi relatif au “droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information”, voir édition du 13 novembre 2003). Celle-ci devrait autoriser les éditeurs à placer des protections contre la copie sur les CD audio tout en respectant le droit à la copie privée, un paradoxe auquel la solution de la double session (fichiers audio et fichiers multimédias avec DRM) pourrait apporter une solution concrète. D’où l’expérience menée sur la promotion du dernier album de MC Solaar, artiste résolument tourné vers les nouvelles technologies. Son précédent album, Cinquième As, proposait de consulter, à partir du CD audio, des pages “privées” en ligne grâce à la technologie OpenDisc, mise en oeuvre par MPO Online. Enfin, le CD-Rom promotionnel de l’artiste permettra avant tout de tester l’efficacité du système de protection ainsi que la réaction du public.


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