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Orange – TF1 : entre optimisme affiché et pression syndicale

Le premier se dit « optimiste » ; le second, « pas du tout inquiet ».

Stéphane Richard et Martin Bouygues veulent croire en la capacité d’Orange et de TF1 à trouver un terrain d’entente.

Le groupe audiovisuel veut faire payer la diffusion de ses chaînes au second, qui ne l’entend pas de cette oreille.

Les discussions dans ce sens avaient démarré au printemps 2016, en prévision de l’échéance, en fin d’année, des accords de distribution qui liaient TF1 aux différents fournisseurs d’accès.

TF1 a mis en place une offre groupée qui inclut, outre ses chaînes en clair et son service de replay, des fonctionnalités de type « start over » (reprise d’un programme au début), avant-premières et qualité HD.

Face à une contribution annuelle estimée à plus de 20 millions d’euros, Orange a refusé de renouveler son contrat.

Passé le 31 janvier 2018 (date jusqu’à laquelle ledit contrat avait été prolongé dans le cadre des négociations), TF1 a suspendu la fourniture de son service de replay et a sommé Orange – avec une assignation en justice – de stopper la diffusion de ses chaînes en clair.

L’argument Lada

Mercredi, lors de la présentation des résultats annuels du groupe télécoms, Stéphane Richard avait martelé, en anglais dans le texte : « On nous demande de payer une chose pour laquelle nous estimons ne pas avoir de raison de payer ».

« Nous ne sommes pas en position de faiblesse dans ces négociations », avait affirmé le dirigeant, en rappelant qu’Orange représentait 25 % de l’audience de TF1 en France. « Pour une société qui se repose sur les revenus publicitaires, voir son audience [ainsi] réduite pourrait être problématique », avait-il déclaré.

Du côté de Martin Bouygues, on a assuré, jeudi parallèlement à l’annonce des résultats 2017 du groupe, que les négociations avaient « raisonnablement des chances d’aboutir ».

« Ce sont des discussions normales entre un client et son fournisseur sur un produit nouveau et cela avance bien. Je ne suis pas du tout inquiet sur la fin des négociations », avait-il résumé, tout en ajoutant, en référence aux demandes d’Orange : « Si vous souhaitez acheter une voiture de luxe au prix d’une Lada, forcément, cela peut poser problème ».

Intérêt syndical

La CFE-CGC s’est immiscée dans le débat la semaine passée en écrivant à Bruno Le Maire (ministre de l’Économie et des Finances), Françoise Nyssen (Culture) et Mounir Mahjoubi (secrétaire d’État au numérique) afin de les inviter à « prendre les mesures nécessaires pour faire cesser ce trouble ».

Soulignant que 6,4 millions de foyers reçoivent le signal de TF1 via une box Orange, le syndicat rappelle que le groupe audiovisuel, « en tant que bénéficiaire à titre gracieux de fréquences hertziennes terrestres, […] dispose d’une délégation de service public et, de fait, d’une mission d’intérêt général ».

Ainsi appelle-t-il le gouvernement à « établir sans ambiguïté que tout bénéficiaire d’une autorisation de diffusion gratuite sur la TNT doit mettre gratuitement son signal à disposition de tout diffuseur national, dès lors qu’il n’est pas porté atteinte à la qualité du signal ».

La CFE-CGC constate que TF1 rémunère TDF pour sa diffusion hertzienne, mais ne verse rien à Orange, qui « consacre plusieurs millions d’euros, en capacités réseaux et en équipements, pour accroître l’audience nationale de [la chaîne] », dont la publicité représente plus de 70 % du chiffre d’affaires.

Autre mesure suggérée : rétablir un « concurrence loyale sur le marché de la publicité, en imposant une fiscalité et des obligations aux GAFA ». Le syndicat estime qu’une telle démarche permettrait au modèle économique des diffuseurs de contenus gratuits de « fonctionner dans des conditions potentiellement plus viables ».