Alcatel-Lucent : Ben Verwaayen pousse au retour à la rentabilité

Mobilité

Stratégie, ligne de produits et rationalisation passant par la suppression d’un millier de postes de managers… Le nouveau DG veut marquer les esprits.

C’était un grand jour pour Ben Verwaayen. Jusqu’ici, le nouveau directeur général d’Alcatel-Lucent s’était montré relativement discret depuis sa prise de fonctions survenue début septembre. Mais, le 12 décembre, l’ex-CEO de BT a dévoilé un plan stratégique pour le groupe français d’équipements télécoms comprenant des mesures drastiques.

Cette présentation intervient dans une période de conjoncture difficile et, de surcroît, au sein d’un groupe déjà en crise. L’enjeu numéro un consiste donc à fixer une stratégie claire et rassurer les marchés et, si possible, les collaborateurs. Pas évident de gagner sur tous les fronts.

Alcatel-Lucent compte donc “ré-orienter” ses activités sous trois angles : fournitures de services, équipements réseaux télécoms pour les entreprises et “certains marchés verticaux”, et accentuation des domaines d’investissements (IP, optique, haut débit fixe et mobile et les “applications enablement*”).

Technologies : LTE gagnant, WiMax perdant

Le portefeuille de produits va faire l’objet d’une refonte. L’équipementier va mettre l’accent sur les plates-formes de nouvelle génération : IP, optique, haut débit, coeur de réseau IMS ou la technologie 3G de type CDMA EV-DO (Enhanced Voice – Data Only).

Les investissements vont se concentrer sur des technos prometteuses comme la vision 4G sous la norme Long Term Evolution (LTE). Les centres mondiaux R&D du groupe feront l’objet d’une “consolidation” en vue d’une meilleure efficacité.

Dans la catégorie des “technos perdantes” figurent le WiMax, les équipements grand public (CPE) et le coeur de réseau traditionnel.

Social : trop de managers, estime la direction

Pour rassurer les marchés sur ses intentions de rationaliser les processus, Ben Verwaayen lance “un ensemble d’actions” visant à réduire les dépenses d’un milliard d’euros par an dans la période 2009-2010. Après cette cure d’amaigrissement au nom du “retour à la rentabilité”, Alcatel-Lucent veut afficher une marge brute comprise entre 35% et 39% et une marge d’exploitation comprise entre 5% et 9% en 2011.

La nouvelle équipe dirigeante donne deux signes forts : suppressions d’un millier de postes occupés par des managers et arrêt de la collaboration avec 5000 sous-traitants (soit 1 sur deux touché).

Sur le volet social, le bilan va donc s’alourdir : en 2007, le nouvel ensemble Alcatel-Lucent issu de la fusion avait lancé un programme de suppression de 12 500 postes dans le monde (dont 1468 emplois disparus dans l’Hexagone). En février dernier, la direction française de l’équipementier télécoms avait présenté un “plan de départs volontaires” en complément.

De l’Arcep à Alcatel-Lucent

Pour réaliser ce nouveau plan stratégique, Ben Verwaayen a renouvelé en profondeur l’équipe de top management. Ainsi, début décembre, un nouveau directeur financier est arrivé au sein d’Alcatel-Lucent (Paul Tufano).

Plus surprenant, Gabrielle Gauthey est nommé directrice des relations institutionnelles. Elle rejoindra le groupe le 1er janvier 2009 après avoir achevé son mandant en tant que membre du collège de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes française (Arcep)

*Ensemble d’interfaces (API, protocoles, services Web) destinées à personnaliser les fonctionnalités des solutions de communication Alcatel pour des tiers (développeurs d’applications, distributeurs de logiciels, partenaires commerciaux, intégrateurs systèmes)

Nortel au bord de la faillite ?
La période est vraiment plus difficile pour certains équipementiers télécoms. Ainsi, en début de semaine dernière, le Wall Street Journal indiquait que le canadien Nortel pourrait envisager une procédure de mise en faillite. Des conseillers juridiques ont été embauchés pour étudier ce schéma. Le chiffre d’affaires du troisième trimestre 2008 a atteint 2,32 milliards de dollars US, en baisse de 14% par rapport à la même période l’année précédente. Le groupe a accentué ses pertes à 3,2 milliards de dollars, contre un bénéfice de 27 millions de dollars l’année précédente, à trimestre comparable. Un plan de restructuration a été annoncé en novembre : 1300 postes seront supprimés, soit 5% environ des effectifs.

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