Apple victime de son manque de transparence

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Alors que la grand-messe du Mac s’ouvre à San Francisco, trois grandes sociétés d’édition helvétiques annoncent qu’elles passent au PC. Leur grief envers Apple : son manque de communication.

Perdu ! Les trois majors de l’édition suisse vont switcher… mais dans le mauvais sens pour Apple. Les firmes Ringier, TA-Media et NZZ, les trois plus grands éditeurs helvétiques, ont jeté l’éponge : elles passent sur PC sous Windows avec armes et bagages, nous apprend le SonntagsZeitung. Motif de cette désaffection ? L’inexistence d’une feuille de route explicite sur la stratégie prépresse d’Apple. Sans parler de la facilité de migration sur la plate-forme Windows, grâce à l’existence des mêmes logiciels ou de solutions similaires. Un coup dur pour la firme de Cupertino. La filiale suisse n’est pas parvenue à retenir les déserteurs du fait de l’inertie de son quartier général américain, enferré dans sa stratégie de communication par le vide. Encore faut-il se demander si l’édition numérique, dont Apple a bien inventé le concept au milieu des années 80, est toujours un secteur de croissance pour l’entreprise. Le doute est permis : la plupart des grands éditeurs de logiciels dans ce domaine, s’ils n’ont pas annoncé l’abandon de la plate-forme d’Apple, ne réservent plus la primeur de leurs logiciels au Mac, comme ce fut le cas pendant longtemps. Et alors qu’il s’agissait il y a peu encore du coeur de cible d’Apple, la pression et la disponibilité de solutions tournant sous Windows dans ces secteurs fragilisent chaque jour sa position dominante. Depuis le lancement de Final Cut Pro, la Pomme semble désormais miser avant tout sur la vidéo numérique.

La réflexion des entreprises d’édition suisses fait état une nouvelle fois du manque de communication d’Apple. Un problème qui pourrait bien devenir crucial pour l’entreprise, qui s’est tournée vers les entreprises depuis 2002. Son manque de transparence à l’égard de ces dernières a déjà été à l’origine du succès du PC au début des années 80, choisi pour sa plus grande pérennité. Les responsables informatiques des entreprises de l’époque expliquaient qu’il n’était pas possible de se faire renvoyer pour avoir acheté des produits IBM. Si Apple a aujourd’hui près de trente ans, elle n’a véritablement affiché une stratégie d’entreprise qu’au milieu des années 90, à l’aide d’une roadmap, un plan de développement intitulé Mac OS Pocket Reference Card. Dans le même temps, ses concurrents, Microsoft, Intel et AMD annoncent leurs produits trois ans à l’avance et IBM est capable de dévoiler ses investissements de recherche et développement pour les cinq années à venir.

Une culture du secret

Le besoin de communication d’Apple est d’autant plus important que les analystes s’attendent à une relance de ses ventes pour son premier trimestre 2004, terminé au 31 décembre dernier. Une hausse portée par le G5 et l’iPod, tout autant que par les portables de la firme. “C’est remarquable. Si vous regardez la position d’Apple il y a quelques années et celle qu’elle tient aujourd’hui, c’est tout bonnement phénoménal”, a indiqué l’un des ténors de l’analyse, Michael Gartenberg du cabinet Jupiter Research, à nos confrères du New York Post. Mais jusqu’à présent, l’histoire se répète pour Apple. Bien qu’elle fût la première sur nombre de marchés, la firme s’est toujours fait ravir la vedette : ordinateur personnel à interface graphique, assistant personnel, lecteur multimédia… Si elle dispose bien d’une culture de lancement de produits innovants, elle flanche quand il s’agit de mener ces projets à maturité. Un défaut qui a bien souvent détourné la clientèle à l’arrivée de concurrents moins chers. La culture du secret de l’entreprise, qui s’explique pour la phase innovante, est un véritable frein quand il s’agit de prendre des parts de marché : la clientèle a souvent besoin de voir au-delà d’un seul trimestre. Les entreprises ne peuvent faire reposer leurs investissements sur des produits dont la pérennité et la compatibilité ne sont pas garanties. La firme à la Pomme se trouve donc à la croisée des chemins en 2004 : pour donner un effet de levier à ses parts de marché, elle se doit d’expliquer où elle va. En commençant par éditer, pourquoi pas, un nouveau plan de développement, comparable à celui qu’elle avait dévoilé voilà presque dix ans ! Mais le fera-t-elle ?


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