BPM, des projets à retour sur investissement rapide

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De nombreux éditeurs provenant d’horizons divers se retrouvent sur le terrain du BPM, le business process management. L’intérêt de ce domaine applicatif est de permettre aux directions informatiques de mieux s’approprier le système d’information. L’idée commence à faire son chemin dans les entreprises, en France un peu plus lentement qu’ailleurs…

En 2002, l’éditeur britannique Staffware, spécialiste du BPM (business process management), a réalisé un chiffre d’affaires de 59,8 millions d’euros, contre 58,6 millions en 2001. A noter une forte progression des ventes au quatrième trimestre, + 16 %. Quant au résultat net avant impôts, il est passé d’une perte de 5,1 millions d’euros l’an dernier à un bénéfice de près de 4 millions en 2002. Dans un contexte économique plutôt défavorable aux entreprises informatiques, Staffware semble donc avoir traversé sans trop d’encombres l’année 2002. En outre, les chiffres du dernier trimestre laissent augurer de belles performances en 2003. Faut-il en déduire que le secteur du BPM, dans son ensemble, s’inscrit dans une dynamique aussi favorable ?

Ce qu’il y a de certain, en tout cas, c’est que de nombreux acteurs mettent en avant leur compétence en la matière, ce qui tend à prouver l’existence d’un marché à fort potentiel. Ce sont les éditeurs de plates-formes d’EAI et B to B, les acteurs du workflow d’entreprise ainsi que des spécialistes du business process modeling tels l’allemand IDS Scheer ou Mega International.

BPM = modélisation + exécution + évaluation

Une précision sémantique s’impose car l’acronyme BPM recouvre plusieurs significations : business process modeling et business process management, sans oublier le business performance process, ce dernier concept étant une sorte de prolongement de la business intelligence (voir édition du 20 janvier 2003). Laissons-le de côté et cherchons à définir les deux premiers BPM. Le business process modeling, dont IDS Scheer ou Mega International sont les spécialistes, cherche à définir et à analyser les processus des entreprises. Le business process management est, quant à lui, un terme générique désignant à la fois la modélisation et la traduction, à l’aide d’un “moteur”, des processus modélisés dans la réalité de l’entreprise. A cela s’ajoute, bien évidemment, des outils ? indicateurs, tableaux de bord… – de suivi de l’exécution des processus et d’évaluation de leur performance. C’est ce qu’on appelle, nouvel acronyme, le BAM pour business activity monitoring. Le business process management comporte donc trois composantes : modélisation, exécution, évaluation, cette dernière amenant, le cas échéant, à reconsidérer la modélisation et l’exécution, selon une démarche itérative.

Au niveau de l’exécution, le moteur doit comporter idéalement trois types de fonctionnalités. Tout d’abord, des fonctionnalités dites “people to people” : typiquement, il s’agit d’un worflow qui met en relation les diverses personnes impliquées dans l’exécution d’un processus. Ensuite, des fonctionnalités “people to application” : là, non seulement le processus est traduit dans un workflow mais des interactions sont également établies avec des applications du système informatique ; le processus est ainsi informatisé. Et enfin des fonctionnalités “application to application” : dans ce cas, le processus est exécuté par des connexions entre plusieurs applications informatiques ; il est alors automatisé.

Cette définition du BPM étant donnée, on comprend mieux le rôle joué par les différents acteurs présents sur ce marché. Les EAI interviennent, via leur panoplie de connecteurs applicatifs, au niveau des couches basses du BPM, dans l’informatisation et l’automatisation des processus. Et les éditeurs de moteurs de workflow ? Staffware vient de ce domaine applicatif – apporte les fonctionnalités people to people. Bien sûr, chacun tente de renforcer son offre afin de couvrir tous les aspects du BPM. Dans le cas de Staffware, des partenariats ont été conclus avec Mega International pour la modélisation, avec IDS Scheer pour la partie BAM ainsi qu’avec plusieurs éditeurs de plates-formes EAI (Webmethods, Seebeyond…) et de serveurs d’applicatiosn (BEA Systems…).

Les entreprises françaises à la traîneTout cela est intéressant mais n’explique pas l’intérêt que les entreprises, pourtant frileuses dans leurs investissements informatiques ces temps-ci, paraissent manifester pour le BPM. D’autant que certaines d’entre elles se sont déjà lancées, il y a une quinzaine d’années, dans des projets appelés alors BPR, pour business process reenginering, sans en avoir, semble-t-il, tiré profit.

D’après Gilles Laurent, directeur général de la filiale française de Staffware, le contexte actuel plaide, au contraire, en faveur du BPM : “Le premier objectif de tels projets est d’optimiser les processus, améliorant par conséquent la productivité des entreprises. Ce sont donc des projets à retour sur investissement rapide. Or ce sont ces types de projet qui ont la faveur des entreprises actuellement. Par ailleurs, contrairement aux EAI, le BPM ne remet pas en cause le système d’information mais le complète en apportant une vision process. En cela, le BPM répond aux préoccupations des maîtres d’ouvrage. Prenons l’exemple d’une banque qui constate que le processus gestion des prêts immobiliers est moins rentable que celui de ses concurrents. Une approche BPM lui permettra d’étudier le processus problématique et de l’optimiser. En revanche, le BPM ne trouve pas toujours un accueil favorable auprès des DSI qui sont plus enclins à se lancer dans des projets EAI. C’est sans doute ce qui explique qu’en France, les entreprises sont moins avancées dans le BPM que dans les pays anglo-saxons car les DSI français ont beaucoup de pouvoir. Mais, compétition mondiale aidant, les entreprises sont amenées à se comparer à leurs concurrents ou à leurs partenaires étrangers et seront conduites à adopter les bonnes pratiques. Un autre facteur devrait contribuer à l’explosion du marché : la standardisation en cours du BPM, notamment autour de l’initiative menée conjointement par IBM et Microsoft.”

Sur ce dernier point, il est permis d’être un peu moins optimiste que Gilles Laurent. On a vu il y a peu que la belle unanimité qui a prévalu lors de l’élaboration des premiers standards des services Web (SOAP, WSDL) commence à fléchir, au fur et à mesure que la standardisation aborde des domaines fonctionnels plus complexes que les couches basses de l’intégration comme ceux couverts par SOAP ou WSDL.


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