Bras de fer entre Apple et Adobe

Mobilité

L’absence d’Adobe à MacWorld pourrait n’être qu’un épisode d’une querelle sur la qualité du code de Mac OS X et la concurrence d’Apple avec certains des logiciels de l’éditeur de Première. Adobe aurait mis sa présence dans la balance pour faire plier la firme de Cupertino. Apple aurait fini par proposer de payer les dépenses d’une présence d’Adobe au salon.

La nouvelle fait peur si elle s’avère : Adobe se serait engagé dans une phase de chantage au développement logiciel avec Apple (voir édition du 6 juillet 2001). Rapportée par MacUser, l’information paraît sortir d’un autre âge tant l’éditeur est réputé pour sa fidélité au monde Mac et son professionnalisme. Son principal reproche à Apple : que le code de Mac OS X ne soit pas suffisamment stable pour permettre à ses applications de tourner correctement. La firme a bien pris le train du nouveau logiciel système en marche, mais semble être en retard sur quelques-uns de ses concurrents. Le fait qu’Apple n’allait pas annoncer de mise à jour majeure aurait jeté de l’huile sur le feu. A MacWorld, sa présence n’a été visible que sur scène quand un des vice-présidents de la firme, Shantanu Narayen, est venu présenter les logiciels en cours de portage (voir édition du 25 juin 2001). Pour marquer le coup, il a d’ailleurs bien fait remarquer qu’il loupait l’anniversaire de son fils, mais que celui-ci ne lui en tiendrait pas rigueur parce qu’il connaissait la valeur des applications qu’il allait présenter à l’assistance ! Joliment tourné pour dire : “Je me demande ce que je viens faire ici !” D’habitude, c’est Bruce Chizen, le PDG d’Adobe, qui parle lors de ces grand-messes !

Conflits d’intérêts

Mais le retard d’Apple n’est pas le seul grief : Adobe serait aussi très colère en raison du développement d’un nouveau logiciel, qui pourrait être le très attendu iPhoto destiné à faciliter la vie des utilisateurs d’appareils numériques. La démonstration de Jobs sur la facilité de récupération de clichés dans Mac OS X s’est déroulée difficilement, amenant celui-ci à demander de l’aide à un assistant de manière assez nerveuse voire presque violente, en jetant l’appareil numérique à ses pieds parce qu’il ne fonctionnait pas. Mais la concurrence entre les deux firmes ne s’en tient pas là, puisque Apple dispose aussi du gros oeuvre : Final Cut Pro, le logiciel de montage vidéo numérique, réputé dans le secteur cinématographique et télévisuel. De quoi directement concurrencer Première ! Un coup de Jarnac dont Adobe se serait bien passé.

Cet éditeur ne serait cependant pas le seul à avoir mis sa présence à MacWorld dans la balance, bien qu’il s’en défende et qu’aucune des deux firmes ne fasse de commentaires sur ces rumeurs : Macromedia aurait aussi menacé Apple de son absence. La firme de Cupertino, dans un mouvement de la dernière chance, aurait proposé aux deux éditeurs de prendre à sa charge les dépenses occasionnées par leur déplacement à New York. Si Adobe a refusé l’offre, Macromedia l’aurait accepté. Ces tractations de firmes, en coulisses de l’exposition, n’auront toutefois pas affecté la progression du nombre des visiteurs : 5 % de plus que l’année dernière, avec plus de 64 000 personnes ayant fait le déplacement. Reste que la réaction d’Adobe est assez inquiétante pour l’industrie et la firme en particulier. Celle-ci ne s’avère pas en mesure de relever actuellement le gant du portage de ses produits sur Mac OS X. Coincée entre une part de marché du Mac qui s’étiole dans ses revenus et une concurrence exacerbée sur certains de ses produits rentables, la firme n’a pas d’autre possibilité que de passer à X. Le président de Quark, l’éditeur d’Xpress, a résumé le dilemme en faisant remarquer pendant MacWorld qu’il était dommage de n’avoir vu à la keynote de Steve Jobs que des versions bêta des logiciels d’Adobe (Illustrator, Golive et InDesign), alors que le produit de sa firme était prêt, lui…


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