e-book : l’élitisme culturel selon Cytale

Mobilité

Malgré son nom à consonance anglo-saxonne, le Cybook est le premier livre électronique français. Il sera disponible le 22 janvier prochain, pour près de 6 000 francs. De quoi réserver la nouvelle lecture à une élite ?

On serait tenté de dire “enfin !”, tellement l’attente fut longue. Mais cette fois, ça y est, le livre électronique à la française est prêt. Les ventes du Cybook, de la société Cytale, débuteront en tout début d’année prochaine, le 22 janvier très précisément. Comme prévu, le Cybook est un peu plus petit qu’une feuille A4 (21 cm sur 16) et équipé d’un port PC Card et d’un modem interne pour surfer sur le Web et, bien sûr, télécharger des livres. Ceux-ci sont alors stockés dans la mémoire de 16 Mo de l’appareil qui, selon Cytale, est capable de conserver 15 000 pages, soit environ 30 livres. Mais on pourra également s’en servir pour lire des journaux par exemple, et même y faire des mots croisés, grâce à l’écran tactile en couleur. Le Cybook pèse environ 900 grammes.

Beaucoup d’avantages, mais si cher…

Le prix de la bête ? Presque 6 000 francs, et c’est là que le bât blesse. Dépenser une telle somme pour lire des livres, voilà certainement une idée qui ne traversera pas l’idée de beaucoup de lecteurs… D’après les derniers chiffres publiés par le ministère de la Culture, il s’est vendu 333 millions de livres en 1999, dont 30 % de livres de poche. Ce qui correspond donc à 5,5 livres par habitant, sur une base de 60 millions de français. Même à 100 francs le livre, il faudrait plus de dix ans pour rentabiliser l’objet… Bien sûr ce (trop) rapide calcul est loin de tenir compte des multiples caractéristiques de l’e-book, qui en font bien plus qu’un livre dans beaucoup de domaines : un poids toujours identique quel que soit le nombre d’ouvrages qu’il contient, des capacités de recherche en texte intégral, le volume de la bibliothèque réduit à celui de son PC dans la plupart des cas ou tout simplement à celui de l’e-book puisqu’il contient un modem…

Curieusement, le marché du livre électronique, s’il déchaîne les passions, n’évolue que très lentement. On connaît les projets et les modèles des fabricants, comme les intentions des éditeurs depuis longtemps (voir le dossier “Le livre électronique est né” de septembre 1999). Depuis ce dossier, les deux sociétés Rocket et SoftBook ont été rachetées par Gemstar, un géant des programmes télé américain. Ce dernier s’est également offert le site français 00h00.com (prononcez “zéro heure”), pionnier de la distribution de livres en format numérique. Mais finalement, les acteurs sont les mêmes, et la promesse du livre sans papier reste plutôt vaporeuse. D’autant que les éditeurs ne semblent toujours pas prêts à parier sur l’objet…

Une bataille de formats

Autre problème de taille, le format de fichiers utilisé. Malheureusement pour nous, pauvres lecteurs, les éditeurs (littéraires et informatiques) ne se sont pas mis d’accord. Il faut dire que celui qui remportera le marché du livre électronique touchera la cagnotte. Résultat, Adobe pousse son PDF, tandis qu’un consortium, largement initié par Microsoft, a créé le format Open eBook (celui choisi par Cytale pour son Cybook). Et si ce n’était pas suffisant, Microsoft utilise encore un autre format pour son Reader (voir édition du 29 août 2000). Difficile donc pour le grand public de choisir un e-book s’il n’est pas assuré que le livre qu’il voudra lire sera disponible au bon format…

Pour en savoir plus : Cytale


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