Hacking Team : un piratage qui en dit long

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Les 400 Go de données volées à la firme italienne Hacking Team (outils de surveillance) font la lumière sur des contrats signés avec des régimes autoritaires.

Aux côtés de Gamma (Royaume-Uni), Trovicor (Allemagne), Blue Coat (États-Unis) et Amesys (filiale du Français Bull), elle est considérée par Reporters sans frontières comme l’un des cinq « mercenaires de l’ère digitale » contribuant à l’espionnage d’État par voie électronique : l’entreprise italienne Hacking Team est sous le feu des projecteurs après avoir subi… une attaque informatique.

L’assaut n’a pas été revendiqué, mais les pirates ont récupéré quelque 400 Go de données, dont des e-mails et des listes de clients qui confirment la collaboration de Hacking Team avec plusieurs régimes autoritaires. Et donc sa participation indirecte à la traque, voire à la répression de citoyens, via des solutions de surveillance des réseaux légitimes à l’origine, mais exploitées à des fins douteuses lorsqu’elles tombent dans les mains des gouvernements.

Le principal outil développé par Hacking Team se nomme DaVinci. Aussi appelé Galileo, ce cheval de Troie présenté comme un RCS (« Remote Communication System ») est capable d’intercepter du trafic Web, des SMS et des communications – y compris chiffrées – sur les messageries instantanées. Il peut aussi activer à distance microphones et webcams.

On trouve, chez Amesys, un dispositif similaire baptisé Eagle et qui aurait permis l’arrestation de milliers d’opposants, notamment en Libye, sous le régime du colonel Kadhafi.

On ne trouve pas trace de la Syrie dans le fichier clients de Hacking Team. Mais la liste est bien remplie : rien qu’en Europe figurent l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne, la Hongrie, le Luxembourg, la Suisse, Chypre, la République tchèque et l’Azerbaïdjan.

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L’outil DaVinci personnalisé en fonction des clients… (capture d’écran : compte Twitter @SnyAckPwn)

Des clients « sensibles »

Une partie de 4,3 millions d’euros d’encours de contrats à date proviennent du continent américain, avec la Chili, la Colombie, l’Équateur, le Honduras, le Mexique, le Panama et les États-Unis.

L’Australie, la Corée du Sud, Singapour, la Thaïlande, le Vietnam, l’Ouzbékistan, la Mongolie, le Kazakhstan et la Russie sont aussi dans la boucle… au même titre que des pays avec lesquels Hacking Team avait assuré ne pas avoir de relations commerciales. En tête de gondole, le Soudan et l’Éthiopie, qui ont respectivement débloqué des enveloppes de 480 000 euros et 1 million d’euros.

Le piratage s’est déroulé à un moment stratégique : les équipes de Hacking Team ont constaté les dégâts à leur réveil ce lundi, plusieurs heures après l’assaut. Entretemps, le compte Twitter de la société avait été détourné pour poster un tweet « Puisque nous n’avons rien à cacher, nous publions tous nos e-mails, nos fichiers et notre code source ». Le tout accompagné de deux liens pointant vers les 400 Go d’archives hébergées sur Mega et également disponibles en Torrent.

Plusieurs ingénieurs de la firme ont été touchés, plus ou moins directement. Comme l’explique le site spécialisé CSO Online, certains ont vu tous leurs mots de passe exfiltrés, y compris pour des services critiques comme la banque en ligne.

Du côté de Hacking Team, l’heure est à l’enquête « en collaboration avec les autorités ». Mais c’est le silence complet sur le contenu des documents révélés au public. Y compris sur ces contrats avec des pays inscrits sur la liste noire d’organisations internationales comme l’ONU. Illustration avec l’Arabie Saoudite, souvent pointée du doigt pour son non-respect des droits de l’homme et seule à s’opposer aujourd’hui encore à la Déclaration universelle de 1948.

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Le plus gros contrat pour le Chili : 2,85 millions de dollars (capture d’écran : compte Twitter de Christopher Soghoian)

Crédit photo : phoelix – Shutterstock.com


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