Heetch se rabat sur les VTC dans le brouillard du covoiturage

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Déplorant le flou que les administrations laissent subsister, Heetch suspend, en France, son offre de transport entre particuliers présentée comme du covoiturage.

« Faut-il qu’une start-up soit traduite en justice pour que son modèle économique soit ou non validé au regard de du [sic] droit ? ».

Heetch pose la question dans un communiqué qui atteste, entre autres, de la « mise entre parenthèse [sic] » de l’offre dite « la Base » et présentée comme du covoiturage courte distance entre particuliers.

Le ton est plus relâché dans l’e-mail envoyé ce jour aux utilisateurs du service pour faire état de cette même décision.

Y expliquant que « malgré toutes les précautions prises pour respecter le cadre du covoiturage », ses conducteurs « continuent de subir des contrôles de police », Heetch poursuit : « Le hic, c’est qu’on a beau solliciter le Président [sic] de la République, et toute la clique étatique, pour comprendre ce qui ne va pas avec cette offre, personne ne sait ou ne veut se mouiller. »

Face au « silence de certaines administrations », « l’absence de réponse claire » et à « l’ouverture évidente d’une nouvelle enquête par le parquet », l’exploitation de « la Base » est suspendue en France… mais pas sur les autres marchés (Bruxelles, Milan, Stockholm), « où le dialogue et l’ouverture sont davantage possible [sic] ».

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Au souvenir d’uberPOP

Dans l’Hexagone, Heetch ne propose donc désormais plus, jusqu’à nouvel ordre, que des trajets avec des chauffeurs professionnels. Mais en 24/24 désormais, alors que le service avait jusqu’alors toujours été exploité entre 20 h et 6 h.

L’enquête à laquelle la start-up fait référence avait abouti à un procès, sous l’impulsion de l’intersyndicale des taxis.

Cette dernière avait porté plainte au nom d’un arrêté « portant réglementation particulière de l’activité de transport routier de personnes effectuée à titre onéreux avec des véhicules de moins de dix places dans certaines communes de la région d’Île-de-France ».

La préfecture de police de Paris avait signé le texte en juin 2015, lors de la mobilisation nationale des taxis. Elle avait précisé qu’il ne visait pas qu’uberPOP, alors au cœur des débats, mais aussi des services concurrents… comme Heetch.

Mathieu Jacob et Teddy Pellerin, respectivement président et directeur général de Heetch, avaient comparu les 8 et 9 décembre 2016, poursuivis pour « complicité d’exercice illégal de la profession de taxi » et « pratique commerciale trompeuse » avec leur app de transport qui, à l’époque, assurait exclusivement la mise en relation entre passagers et chauffeurs non professionnels disposant d’un véhicule.

Face à l’intersyndicale des taxis, qui s’était engouffrée dans la brèche, Heetch avait tenté de faire classer son service sur le même plan que le covoiturage, non concerné par les dispositif de « l’arrêté uberPOP ».

Appels à clarification

La condamnation était tombée début mars, Mathieu Jacob et Teddy Pellerin s’étant, selon la justice, « délibérément affranchis des principes légaux au nom de la création d’une nouvelle économie ». De partage, en l’occurrence.

À la mi-mars, l’exploitation avait repris, mais uniquement avec des chauffeurs professionnels. Évoquant un enjeu de « survie », Heetch avait appelé les candidats à l’élection présidentielle à prendre position pour « définir un cadre clair et non soumis à interprétation ».

Il avait fallu attendre mai pour la réintroduction du transport entre particuliers, à travers l’offre « la Base ». Par rapport au service sanctionné par la justice, c’est le chauffeur et non le passager qui est à l’initiative des trajets.

À cette occasion, Heetch avait affirmé avoir « bon espoir que […] l’encadrement de l’économie collaborative, et plus particulièrement celui de la mobilité partagée, se clarifie, permettant enfin le déploiement d’initiatives privées répondant à des besoins d’utilité publique ».

Au mois de septembre, le redémarrage s’était confirmé avec une levée de fonds de 10 millions d’euros emmenée par Felix Capital, fonds créé au Royaume-Uni par le Français Frédéric Court et qui a déjà investi dans l’économie « collaborative » avec Deliveroo, Frichti ou encore La Ruche qui dit Oui.

Parallèlement à cet investissement destiné à accompagner une expansion à l’international avec Londres en première ligne, Heetch en appelait, une fois encore, à une évolution du cadre législatif, pour ne pas permettre uniquement « l’essor du covoiturage longue distance avec des trajets planifiés à l’avance ».

Crédit photo : compte Instagram @lucille_grfn


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