Interview Gilles Babinet : la CNIL suscite la défiance vis-à-vis de l’innovation

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Parallèlement à la remise du rapport Montaigne sur le “new deal” numérique, Gilles Babinet s’est exprimé à titre individuel. La CNIL doit se réformer ou disparaître.

Serial Net-Entrepreneur (co-dirigeant de Captain Dash actuellement), business angel, premier Président du Conseil national du Numérique et désormais Digital Champion (représentant Innovation pour la France devant la Commission européenne)…

Gilles Babinet peut endosser de multiples casquettes dans la Net-économie française.

Dernière contribution : son rapport pour un “New deal” numérique a été publié au nom de l’Institut Montaigne.

Mais, à titre individuel, il a pris une position forte sur la question de la protection des données.

En remettant en cause l’existence même de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).

Précision sur ce clash de la part d’une personnalité IT que l’on a connue plus raisonnable dans ses prises de position.

(Entretien réalisé le 26 février 2013)

ITespresso.fr : Dans L’Usine Nouvelle, tu déclares qu’il faut fermer la CNIL. “Avec sa régulation excessive, c’est un ennemi de la Nation.” Confirmes-tu ces propos ?

Gilles Babinet : D’abord, je tiens à préciser que c’est un avis personnel. Ce n’est pas dans le rapport Montaigne. En fait, c’était une boutade pour évoquer le niveau de transformation institutionnelle souhaité.

L’idée, c’est soit être capable de faire évoluer profondément les institutions comme la CNIL soit se poser la question de leur existence

ITespresso.fr : La CNIL ne serait pas pertinente pour la protection des données à tes yeux ?

Gilles Babinet : La loi l’est ! La CNIL, comme je l’évoquais récemment dans La Tribune, devrait soit se réformer profondément soit disparaître. On doit choisir entre la société de la défiance à l’égard du progrès et la société de l’innovation.

Or, la CNIL – et elle n’est pas seule – nous habitue à penser que le progrès est dangereux et que les données personnelles vont être exploitées contre nous. Or c’est exactement le contraire que doit faire la modernité dans une société démocratique. Elle doit utiliser nos données au maximum pour nous aider à nous épanouir.

Par exemple, si les données liés au développement éducatif personnel étaient disponibles (il y a aussi et avant tout des enjeux technologiques), on pourrait détecter de façon précoce les élèves qui décrochent du système scolaire. Mais la logique de la CNIL, c’est plus d’empêcher tout cela ou de le freiner remarquablement en amont.

Ce qu’il faut sanctionner, ce sont les abus a posteriori.

Je ne suis pas un libertarien [ libéraux radicaux, opposés à l’État dans sa forme contemporaine, ndlr], mais un peu plus de contrat et un peu moins de régulation SUR CE SUJET est nécessaire.

ITespresso.fr : C’est donc une refonte de l’exploitation des données nominatives que tu préconises à titre individuel (si j’ai bien compris) ?

Gilles Babinet : De l’approche oui. D’une façon générale, on habitue les Français à avoir peur du progrès. On arrête les recherches sur les OGM, le gaz de schiste !

Je ne dis pas que c’est bien. Je dis qu’arrêter la recherche, c’est accepter de se réfugier dans le fantasme. C’est la même chose à l’égard de la CNIL.

Faire peur aux gens avec l’utilisation abusive de leurs données personnelles, c’est repousser d’autant le DMP [Dossier médical personnel], la carte d’identité électronique, etc. Autant de sujets extraordinaires de création de services pour le citoyen.

ITespresso.fr : Quid du G29, l’organe consultatif des CNIL pour l’Union européenne ? C’est un comité désuet à ton avis ?

Gilles Babinet : Je n’en pense pas le plus grand bien. C’est emmené par des gens qui ont une vision très proche de celle de la CNIL.

Quiz : Maîtrisez-vous vos données personnelles sur Internet ?

 

 

 

 

 


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