Interview Groupe Gorgé : nos atouts dans l’impression 3D, la robotique et les drones

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Forum Enternext : rencontre avec Raphaël Gorgé, DG du Groupe Gorgé, qui aborde les priorités dans trois domaines porteurs en ayant le soutien de Bpifrance.

A l’occasion du Forum Enternext d’Euronext qui s’est déroulé hier à Paris, Raphaël Gorgé, Directeur général du Groupe Gorgé, a exposé à ITespresso.fr les développements dans ces domaines de prédilection.

(Interview réalisée le 8 décembre 2015)

ITespresso.fr : Comment avez-vous progressez sur le segment de l’impression 3D ?

Raphaël Gorgé : Nous avons lancé cette activité en 2013. Au début, c’était anecdotique en termes de volume. Maintenant, le taux de croissance est spectaculaire. Nous sommes passés d’un chiffre d’affaires d’un million d’euros en 2013 à 5 millions l’année suivante. On devrait faire pour 2015 entre 18 et 20 millions en ordre de grandeur.

Nous concevons des machines d’impression. Nous sommes le seul à le faire en France. Nous disposons de la matière nécessaire pour imprimer et réalisons l’impression de pièces.

L’an passé, on a imprimé plus de 500 000 pièces en utilisant tous types de technologies. Je ne peux pas vous donner le nom de nos clients dans l’impression 3D car le fait de disposer d’une machine d’impression 3D est perçue comme un avantage concurrentiel important.

Nous avons une dizaine de très grands groupes qui font plus de 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans des secteurs comme l’aéronautique.

Le prototypage rapide représente encore 50% du marché de l’impression 3D. Mais on peut citer également la bijouterie ou les applications médicales (prothèses auditives, dentaires…).

ITespresso.fr : Comment êtes-vous monté en puissance ?

Raphaël Gorgé : Après le rachat de Prodways Group qui a servi de socle pour démarrer dans l’impression 3D, nous avons procédé à d’autres acquisitions comme la start-up britannique Norge Systems (frittage laser de poudres plastiques) et la société Initial qui demeure le plus important fabricant en France de pièces en 3D.

Auparavant, nous avons racheté l’allemand DeltaMed qui développe des matières liquides pour l’impression 3D. Et on vient de réaliser fin novembre de l’acquisition de la société française ExcelTec (poudres plastiques pour l’impression 3D).

ITespresso.fr : L’impression 3D n’est pas une nouvelle technologie. Qu’est-ce qui a changé dans ce secteur alors ?

Raphaël Gorgé : Nous sommes arrivés au stade de la personnalisation de masse via l’impression 3D. Je ne parle pas de marché de masse où l’on croyait il y a un an et demi que tous les foyers allaient s’équiper d’une imprimante 3D. Nous avons toujours été très réservés là-dessus.

ITespresso.fr : Quelle est votre taille sur le marché de l’impression 3D ?

Raphaël Gorgé : On avance entre croissance organique et croissance externe. Ce qui nous permet d’avoir des ambitions très importantes au niveau mondial.

Début 2015, nous avons mis en œuvre une stratégie plus ambitieuse pour devenir le troisième acteur mondial à offrir l’ensemble des technologies et des services 3D. Et aujourd’hui, nous y sommes arrivés derrière deux Américains : 3D Systems et Stratasys.

On a renforcé notre expertise technologique il y a quelques semaines : on n’utilise plus de résine liquide mais des poudres plastiques et on sortira sans doute du métal l’année prochaine.

ITespresso.fr : Vous affichez de grandes ambitions également dans le secteur de la robotique. Est-ce naturel pour un groupe français ?

Raphaël Gorgé : Tout d’abord, on se concentre sur la robotique mobile et non la robotique industrielle. Nous réussisons bien dans ce domaine et ce n’est pas nouveau. A travers notre filiale ECA Group, nous développons des robots depuis plusieurs dizaines d’années.

Nous réalisons également plusieurs dizaines de millions d’euros dans ce domaine chaque année. Nous sommes déjà dans une activité importante et profitable qui est très largement réalisée à l’international.

Là encore, c’est une  fierté : nous sommes la seule société dans le monde à disposer de robots pour tous les environnements : aérien avec les drones, terrestres, marins (des navires sans pilotes) et sous-marins (robots sous-marins autonomes).

Ce qui devient intéressant, c’est que les robots vont collaborer entre eux. Nous vendons des solutions de sécurisation et de contrôles (de frontières ou de zones maritimes par exemple) dans ce sens. C’est cela l’avenir.

raphael-gorge-encartITespresso.fr : Vous avancez également dans la robotique humanoïde. Notamment à travers une co-entreprise avec Wandercraft dans le domaine de la sécurité et de la défense.

Raphaël Gorgé : Tout d’abord, nous accompagnons la société Wandercraft pour ses applications civile dans le secteur médical [conception d’exosquelette dynamique pour les personnes paraplégiques et myopathes, NDLR] et leurs travaux nous intéressent beaucoup.

Mais nous nous intéressons aussi beaucoup aux robots à pattes – bipèdes comme les robots humanoïdes ou multipèdes – pour des applications de défense et l’accompagnement de fantassins sur le terrain.

On ne communique pas sur le montant consenti dans la JV avec Wandercraft.

ITespresso.fr : Mais ce type de développement demande un financement important en termes de R&D…

Raphaël Gorgé : Notre entreprise est profitable. C’est déjà un bon point. Nous pouvons nous appuyer sur l’auto-financement, tout en étant beaucoup plus sélectif sur les projets pour aboutir à des vraies applications et donc des ventes. Nous pourrions solliciter la Direction générale de l’armement [DGA] pour financer ce type de projets.

Pour le lancement sur le marché de notre premier robot humanoïde, tout dépendra de l’appétit de la DGA vis-à-vis de ce type de projet. Mais on ne s’y lancera pas en solo si on ne trouve pas les financements en adéquation.

ITespresso.fr : Nous avons tous en tête l’image des robots de Boston Dynamics acquis en 2013 par Google…Sommes-nous en retard ?

Raphaël Gorgé : Honnêtement, je ne pense pas que l’on ait vraiment du retard par rapport à ce que l’on sait des avancements des travaux de Boston Dynamics. Certes, la capacité de financement est spectaculaire. Le fait de déverser des centaines de millions de dollars en employant des ingénieurs brillants, cela crée des effets.

Sur les robots bipèdes ou multipèdes, ils ont une largeur d’avance. Mais, en matière de robotique, nos produits sont tout à fait compétitifs. Nous sommes même parfois meilleurs que les Américains dans certains domaines.

ITespresso.fr : Considérez-vous que la filière robotique est bien organisée en France ?

Raphaël Gorgé : C’est un sujet qui revient sur le devant de la scène depuis deux ou trois ans. Mais il faut garder en vue qu’avant de développer le robot dont tout le monde rêve dans 15 ans, il faut concevoir le robot dont le marché a besoin dans un an. C’est la différence entre une approche ETI et une approche de start-up.

ITespresso.fr : Quelle est la vocation des drones que vous développez ?

Raphaël Gorgé : 70% des drones que nous développons sont orientés vers la défense et 30% ont des vocations civiles (surveillance de sites, cartographie de sites miniers ou des carrières…). C’est le résultat d’une acquisition réalisée il y a deux ans d’une société qui s’appelait Infotron.

Pour les prochaines étapes, on déclinera des versions thermiques et électriques de ces drones et on intègrera de nouveaux capteurs pour définir de nouvelles missions.

ITespresso.fr : Les drones qui livrent des colis par les airs façon Amazon Prime Air, cela vous intéresse ?

Raphaël Gorgé : Techniquement, cela marche. Notre drone qui peut se déplacer jusqu’à 80 kilomètres à l’heure est en mesure de déposer notre robot terrestre qui pèse cinq kilos à un endroit donné (voir vidéo ci-dessous). Les fonctions de delivery dans un cadre de défense, on sait faire.

Le marché du e-commerce ne nous intéresse pas. Le problème n’est pas technologique, c’est la règlementation : qu’un drone ait l’autorisation de voler au-dessus de zones habitées, cela demandera encore du temps.

ITespresso.fr : Cela fait dix ans que vous avez pris la direction du groupe. Quels domaines fascinants encore mais non explorés au sein du groupe Gorgé pourriez-vous investir ?

Raphaël Gorgé : Il faut rester raisonnable. On a pris des orientations qui n’étaient pas dans le cœur du groupe. Nous avons déjà beaucoup à faire dans nos secteurs de prédilection.

Récemment, le patron de Samsung a énuméré trois secteurs prioritaires à moyen terme qu’il scrutait : robotique, drones, impression 3D. J’en conclus que l’on est plutôt bien positionné.

Bpifrance dans le capital de Groupe Gorgé depuis 2012
Créé en 1990, Groupe Gorgé est un groupe industriel français présent dans divers segments de marché : « Systèmes Intelligents de Sûreté », « Protection en milieux nucléaires », « Projets & services industriels ».

La jonction avec ECA Group (fournisseur de « solutions technologiques pour la sécurité des hommes et des biens ») s’est réalisée en 1992. En 2014, il a réalisé un chiffre d’affaires de 223,3 millions d’euros.

Le résultat opérationnel courant se situe autour de 15,8 millions d’euros. Un montant de 4,2 millions d’euros est consenti à la R&D. Groupe Gorgé  dispose d’un effectif de 1370 collaborateurs et assure une présence dans 10 pays environ.

Groupe Gorgé est accompagné par Bpifrance depuis 2012. La banque publique d’investissement détient une part de 8,3% du capital de l’ETI familiale. La famille Gorgé détient la majorité (58%). Le reste (33,7%) est coté en Bourse sur Euronext.

Vidéo YouTube : Demonstration of ECA’s UAV at Eurosatory 2014


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