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J. Cowie (Renesys) : « Internet s’adapte mieux face aux risques de coupures de câbles sous-marins »

ITespresso.fr : Comment combler rapidement les lacunes dans l’interconnexion « physique » de la planète ?
James Cowie : Après les coupures de câbles qui sont survenues en 2007 et 2008, nous avons observé que des entreprises situées dans des zones parmi les plus touchées (comme le Pakistan) ont travaillé pour bénéficier de la redondance des chemins. Nous travaillons pour eux, de façon à minimiser les impacts de chaque incident de câble. Ainsi, selon nos données et notre expérience, les entreprises situées dans des endroits géographiques vulnérables (et sur des marchés critiques comme la finance) prennent au sérieux les préoccupations soulevées par l’étude Rogucci.
Beaucoup de firmes ayant une envergure internationale prennent désormais en compte l’évaluation des risques liés à la connectivité Internet comme une partie de leur stratégie et planifient des opérations de sécurité régulièrement pour permettre un maintien de l’activité en condition opérationnelle. Ces entreprises savent qu’elles doivent poser des questions pointues à leur fournisseur d’accès Internet à propos de la diversité des interconnexions, trouver comment leurs « chemins » sont protégés, l’écrire dans des contrats, etc… Leurs yeux sont désormais ouverts. On peut dire merci à la rupture de divers câbles et des études comme le projet ROGUCCI.

ITespresso.fr : Quelles autorités pourraient remédier à ce problème d’engorgement ou de protection de câbles ?
James Cowie : Les gouvernements ont un rôle à jouer dans la protection des câbles lorsqu’ils sortent du plus profond des eaux internationales et viennent à terre. Ils pourraient aussi prendre des mesures pour faciliter l’obtention des permis et autorisations requises pour que les navires de réparation effectuent des travaux d’urgence dans les eaux territoriales. Mais, globalement, Internet n’est pas géré par des autorités gouvernementales mais par des dizaines de milliers d’infrastructures indépendantes et des entreprises de diffusion de contenus. Tous essayant de satisfaire les besoins de milliards d’utilisateurs finaux qui payent leurs abonnements. Ce maillage économique dense rend Internet nettement plus résistant qu’on ne voudrait le faire croire. Même en laissant Internet croître « naturellement », le réseau des réseaux a des capacités de résilience à la plupart des événements susceptibles de l’endommager.

TeleGeography : les capacités techniques sous-marins vont être décuplées
Selon Tim Stronge de TeleGeography (division recherche du groupe PriMetrica, études sur les trafics backbones),« l’industrie mondiale des télécommunications est déjà bien équipée pour réparer les dommages causés aux câbles sous-marins ». Notre interlocuteur avoue toutefois que « le risque zéro n’existe pas ». Autre remarque notable, les fournisseurs de services de télécommunications sont déjà incités (économiquement) à assurer la diversité des réseaux. En effet, « ils perdent de l’argent chaque fois qu’ils subissent une panne de réseau, donc il est dans leur intérêt de construire un système robuste et diversifié de câbles sous-marins et ils n’ont pas besoin les gouvernements pour leur dire de le faire ». Enfin, Tim Stronge confirme que les capacités techniques sous-marines vont décupler : « à titre d’exemple, le nombre de câbles entre l’Égypte et l’Europe passera de 3 à 8 cette année ». TeleGeography a d’ailleurs publié une contribution récente à ce sujet : Mediterranean cable cut disrupts Middle East internet (again).

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