La musique numérique fait peur à Virgin

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Les professionnels du disque commencent vraiment à mesurer l’impact des supports numériques et d’Internet. Certains, comme les magasins Virgin, envisagent même d’arrêter la vente de disques si des dispositions ne sont pas prises rapidement pour réguler la mise en ligne et la distribution de la musique.

Dans une interview accordée à nos confrères du Financial Times, Simon Wright, le directeur général (Chief Operating Officer) de Virgin, qui distribue des produits culturels dans ses magasins Megastore, a indiqué que sa société pourrait se retirer du marché de la distribution de disques dans les années à venir ! Il attribue ce désengagement possible à l’émergence de l’Internet et des nouveaux supports numériques et aux conséquences que ces évolutions techniques induisent sur les ventes de CD et de cassettes. Autre fait important pour lui, les alliances entre géants de l’Internet et les grandes compagnies de disques risquent de mettre sur la touche les circuits de distribution traditionnels. Il fait bien entendu référence au récent rapprochement d’AOL et de Time Warner (voir édition du 10 janvier 2000), suivi de près par la fusion d’EMI avec Warner Music. D’après Simon Wright, les majors pourraient choisir de ne pas fournir certaines boutiques pour privilégier la vente en ligne. Même si celle-ci ne correspond qu’à la portion congrue de l’ensemble pour le moment (moins de 1 % du volume des ventes sur le marché américain). Au niveau mondial, d’après certains analystes, la vente de musique en ligne représenterait un marché de 1,1 milliard de dollars en 2003 et un dixième des ventes totales de disques en 2005.En France aussi, les distributeurs de disques commencent à s’inquiéter. La FNAC, premier distributeur de musique de l’hexagone, nous a indiqué par la voix de Thierry Hidoux, son directeur des produits disques, que “hormis la forme clairement provocatrice, la position de Simon Wright est justifiée”. En effet, le distributeur français s’inquiète aussi des fusions entre éditeurs de musique et prestataires Internet. Car, si la vente en ligne représente aujourd’hui un pourcentage minime du volume total distribué par la FNAC, la généralisation des connexions haut-débit, d’appareils permettant de se connecter beaucoup plus simplement au Web et l’avènement de grands groupes de communications contrôlant “tuyaux” et programmes risquent fort de changer la donne. La FNAC craint en effet que les majors ne fassent de la discrimination et ne donnent pas aux détaillants les moyens d’assurer des marges confortables. Et on sait à quel point la FNAC a toujours été jalouse de ses marges. Le distributeur a toutefois devancé l’appel puisque l’on trouve la quasi totalité de son catalogue en ligne sur son site Fnac.com.En réponse aux maisons de disque, les distributeurs aussi pourraient engager un processus de concentration, l’union faisant la force à l’époque de la mondialisation. Thierry Hidoux constate aussi que le mouvement de dématérialisation de la distribution ne concerne pas pour l’instant d’autre support. Pour ce qui est des livres, l’aspect tactile et l’attachement quasi sentimental à certains titres ne pourra pas être reproduit en téléchargement. Pour la vidéo, le problème est différent. Les seules restrictions à une diffusion massive par Internet restent celles imposées par les moyens techniques (compression et débit des connexions) qui ne sont pas encore parfaitement suffisants pour une distribution à grande échelle. Mais on sait à quelle vitesse les techniques évoluent.Du côté des maisons de disque, on prône l’apaisement. Les deux marchés sont pour l’instant distincts et la convergence, si elle s’opère à grand pas, ne débouchera pas demain sur la disparition du commerce de détail des disques. Il n’empêche, les distributeurs ont raison de s’inquiéter, ce discours de laisser faire ayant déjà été entendu au moment de la transition du disque vinyle vers le CD. Avec les résultats que l’on connaît… les disques noirs ont disparu en 5 ans. De plus, le mouvement de concentration n’en est qu’à son commencement, des rumeurs annonçant déjà la fusion de BMG avec Sony ou Universal. Même en Europe, l’alliance Vodafone/Vivendi va aussi donner naissance à un groupe contrôlant à la fois les moyens de distribution (câble, satellite, téléphonie portable) et le contenu diffusé (programmes télévisées, jeux vidéo, portail Internet). A terme, c’est tout le mode de distribution de la culture qui s’en trouvera bouleversé.


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