L’Adami s’oppose à la campagne du Snep

Mobilité

Epaulée de représentants d’artistes et de consommateurs, l’association des artistes interprètes affiche son désaccord avec la stratégie répressive des producteurs et du gouvernement.

“Nous sommes contre une logique purement répressive qui ne peut que détériorer durablement les relations entre les artistes et leur public.” L’Adami, l’association des artistes interprètes, en partenariat avec la Spedidam ainsi que des associations de consommateurs (UFC Que-Choisir, CLCV, Unaf, Ligue de l’enseignement), s’élève contre le mouvement de répression souhaité tant par les producteurs (via le Snep, voir édition du 4 mai 2004) que par le gouvernement (voir édition du 21 mai 2004) à l’égard des internautes qui partagent illégalement de la musique en ligne. La campagne du Snep serait-elle en porte-à-faux avec ceux qu’elle est censée défendre ? “Nous avons reçu des appels d’artistes qui ne souhaitent pas attaquer leur public et affichent leur désaccord avec la stratégie du Snep”, souligne Emmanuel Bourcet, du service communication de l’Adami.

“Nous sommes contre une vision archaïque de l’Internet qui prétend éradiquer les échanges de fichiers (peer-to-peer) alors que ce mode de diffusion en plein développement peut être une source de progrès et de diversité pour le public mais aussi pour les artistes”, justifie l’Adami dans son communiqué. “Ce que nous reprochons aux majors, c’est de ne pas s’adapter et de rester ancrées sur le modèle de distribution physique du CD”, explique le porte-parole. “Interdire le P2P est impossible, c’est un moyen d’échange formidable qu’il faut s’approprier.” Des solutions alternatives innovantes

L’Adami ne défend pas pour autant la musique gratuite et reste attachée au principe du droit d’auteur et droits voisins. Mais les réseaux d’échanges P2P s’affichent comme une réalité avec laquelle le groupe formé autour de l’association a décidé de composer. “Nous sommes pour des solutions innovantes, qui soient acceptables par tous, favorisant l’émergence de nouveaux modèles économiques qui se substitueront à la gratuité des échanges”, précise le communiqué. La solution préconisée par la société d’artistes reste la licence légale sur les téléchargements. “Nous allons proposer un système de P2P légal et organisé où seuls les internautes qui y souscriront paieront la licence”, précise Emmanuel Bourcet. Voilà qui devrait rassurer les internautes effrayés par l’idée d’une nouvelle taxe.

Déjà évoquée en novembre 2003, puis de nouveau en janvier 2004 au Midem de Cannes, cette proposition de licence légale n’avait pas franchement enthousiasmé les acteurs du secteur. “Ce sont surtout les producteurs qui rejettent cette idée”, rappelle le porte-parole de l’Adami, “je pense que les fournisseurs d’accès préfèreront mettre en place un système qui va générer du trafic et de l’économie plutôt que d’avoir à livrer les identités de leurs abonnés.” Ces propositions “concrètes et réalistes” seront dévoilées le 16 juin 2004, à l’occasion d’un colloque intitulé “Le peer-to-peer : un autre modèle économique”. L’idée circule qu’un abonnement de l’ordre de 6 euros par mois pour un nombre illimité de téléchargements pourrait compenser les pertes subies par l’industrie musicale.

Non à la répression

L’Adami demande par ailleurs, “l’arrêt immédiat des pressions et menaces fondées sur des poursuites judiciaires à l’encontre des internautes tant qu’un vrai débat n’aura pas eu lieu et que des solutions innovantes n’auront pas été proposées”. Entre l’adoption de la loi sur la confiance dans l’économie numérique (voir édition du 14 mai 2004) et les projets en préparation – lois sur les traitements des données personnelles (voir édition du 14 avril 2004) et sur les droits d’auteurs et droits voisins (voir édition du 9 mai 2003) – cette voie ne semble pas être celle choisie par le gouvernement. “On fait tout pour ne pas arriver à des procès en France car ce n’est pas cela qui va faire remonter les ventes de disques”, confie Emmanuel Bourcet. “Nous allons proposer des amendements, vu la qualité des organisations présentes, on peut espérer faire bouger les choses au niveau politique.” Avec la Spedidam, l’Adami représente environ 80 000 artistes en France. Un poids que ni le Snep ni le gouvernement n’auraient intérêt à négliger.


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