L’armée entre de plain-pied dans l’ère des réseaux

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La direction générale pour l’armement (DGA), dont le premier rôle est d’acheter du matériel pour l’ensemble des forces armées françaises, connaît un véritable chamboulement dans ses procédures d’achats. Le premier acheteur de France avec un budget d’environ 70 milliards de francs entre dans l’ère d’Internet. A côté de la mise en place d’un portail Internet, ixarm.com, la DGA souhaite intégrer pour la première fois des échanges de données informatisées (EDI) à la fois sur Internet et sur des réseaux spécialisés. Coup de projecteur sur une société classée top secret qui s’ouvre sur l’extérieur, avec Bertrand Jourlin, responsable du portail de la DGA.

VNUnet : La DGA vit actuellement une réelle restructuration dans ses échanges avec ses fournisseurs. Elle entre pour la première fois dans l’ère du réseau…

Bertrand Jourlin :C’est vrai qu’avec la création d’un portail Internet, nous franchissons une étape importante. Non seulement cela dépasse le simple stade de l’outil, mais surtout, le réseau nous oblige à revoir totalement notre procédure d’achats et d’échanges avec nos fournisseurs. Toutefois, nous n’étions tout de même pas hermétiques au réseau, puisque nous utilisons un intranet depuis 1997 et que nous bénéficions aussi des sites Internet du gouvernement. Mais c’est sûr, avec la mise en place d’ixarm.com depuis le 19 décembre dernier, nous dépassons le stade de la simple vitrine pour une plate-forme d’échanges.

VNUnet : Quels sont les objectifs du portail Internet de la DGA ?

Bertrand Jourlin :En premier lieu, nous voulons simplifier les méthodes d’achats aussi bien sur les procédures que sur les délais des commandes en cherchant à simplifier nos relations avec nos fournisseurs, surtout à l’intention des petites sociétés.

En clair, nous cherchons avant tout à utiliser le réseau pour améliorer l’efficacité de la DGA et être plus accessibles pour l’ensemble des PME qui ne lisent pas toujours les bulletins officiels. Pour réaliser ce programme, le site se décompose en plusieurs espaces. Le premier, intitulé “Marketing”, est un salon virtuel pour les industriels de l’armement afin qu’ils puissent présenter leurs produits et se faire connaître. Le deuxième espace, désigné sous le terme d'”Acquisition”, sera consacré aux appels d’offres et permettra d’acquérir en ligne des fournitures, mais aussi d’avoir accès à toutes les normes administratives pour réaliser des échanges avec la DGA. Les procédés d’échanges sont souvent complexes et requierent certains types de documents ou d’informations… Enfin, le portail a pour vocation d’être aussi une vitrine de l’armement français et de promouvoir ainsi l’exportation de nos technologies. A ce titre une version anglaise est prévue pour le 15 janvier.

VNUnet : Un des axes essentiels d’ixarm est la mise en place d’un extranet. Quels seront ses objectifs ?

Bertrand Jourlin :L’extranet sera effectivement notre troisième espace sur le site et devrait contribuer à l’émergence d’un véritable site B-to-B. L’extranet, qui sera en phase de test durant l’année 2001, devrait avoir une double fonction. Il devrait permettre de procéder à des échanges de données techniques entre différents partenaires. Autrement dit, il devrait jouer le rôle d’un forum, pour aider au travail collaboratif. Aucune donnée classée “top secret” n’y sera véhiculée, mais comme pour toute entreprise classique, ces données seront tout de même sensibles. Enfin, le deuxième rôle, peut être le plus important, est la mise en place d’un EDI sur Internet. Cela aura pour effet de dématérialiser la chaîne des achats. Internet permet aujourd’hui d’envisager un EDI plus léger, tout en gardant les spécificités propres à l’EDI. Par ailleurs, nous envisageons aussi de déployer pour la première fois un EDI sous réseau privé.

VNUnet : On a du mal à imaginer que le premier acheteur de France avec un budget de 70 milliards de francs n’utilisait pas l’EDI avec ses fournisseurs. Quelles en sont les raisons ?

Bertrand Jourlin :Le monde de l’armement, et pas seulement en France, est particulier dans le sens qu’il s’entoure de beaucoup de protections et de prudence. L’EDI ne semblait pas convenir à ce type de marché. Nous procédions alors à des commandes papiers, ce qui ralentissait la procédure. Aujourd’hui, nous nous adaptons. Certes, le papier sera encore présent. Ce qui constituera vraisemblablement un surcoût car il faudra tout de même coupler les échanges EDI avec l’envoi des commandes en papier. Du moins jusqu’à ce que le papier ne soit plus la référence ultime. Dans l’avenir, cela devrait s’arranger surtout après 2004 où il ne sera plus possible de refuser une commande électronique et que la signature électronique aura tous ses droits.

VNUnet : Quels retours avez-vous du côté de vos fournisseurs ?

Bertrand Jourlin :Favorables. Pour nos petits fournisseurs, il est quasiment impossible de travailler avec nous, car les démarches sont lourdes et lentes. La mise en place de solutions EDI ou Web-EDI leur paraît une bonne chose dans le sens où cela devrait réduire considérablement les délais. Certes, cela leur imposera aussi quelques investissements, mais dans l’ensemble il seront gagnants.

VNUnet : En tant que société dite sensible, allez-vous vous doter de moyens de sécurisation particuliers, et allez-vous imposer des mesures spéciales à vos fournisseurs ?

Bertrand Jourlin :Nous allons effectivement nous assurer de toute la protection nécessaire, mais de la même manière que ferait Renault avec ses fournisseurs. Du côté de ces derniers, il y a aura des mesures à prendre et nous les auditerons pour nous assurer que tout est en ordre. Mais ce sont des dispositions tout a fait classiques.

VNUnet : Le portail, et à travers lui l’EDI, permet de réduire les délais, mais en quoi est-ce si important pour la DGA ?

Bertrand Jourlin :Une fois que nous avons la certitude que les délais entre la commande et la livraison sont courts, nous pouvons alors nous permettre de réduire notre stock. Nous estimons que notre stock de réapprovisionnement représente un coût de 8 à 15 milliards par an. L’utilisation du réseau devrait nous permettre d’économiser 30 % de cette somme. Ainsi le coût de notre passage à l’ère e-business, qui s’élève à 100 millions de francs, devrait être amorti en 4 années d’exercice.


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